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Actualités - Opinion

Bloc-notes Patries

La guerre d’Algérie en était encore à ses débuts. Deux grands écrivains aussi algériens que francophones échangèrent indirectement ce qui devait alimenter une polémique. L’un avait déclaré : «La langue française est ma patrie», tandis que l’autre s’exclamait : «La langue française est mon exil». Il me semble qu’il s’agissait de Dib et de Yacine, en tout cas le cadre était défini d’une problématique qui gagna toutes les élites des pays décolonisés ou en voie de l’être. Au-delà de cette question lexicale en apparence, c’est toute la revendication identitaire qui est en jeu ; elle l’est encore actuellement et nulle part autant que dans le monde de la francophonie officielle d’aujourd’hui. Un exemple m’y fait songer : un groupe de mères libanaises arabophones a demandé à apprendre le français «que leurs filles pratiquent à l’école», pour enrichir l’atmosphère familiale et mieux approcher leurs enfants. À vrai dire, hier, journée électorale pour la France, la Libano-libanaise que je suis, privée des avantages de mes compatriotes franco-libanais qui participaient au scrutin du premier tour de l’élection «présidentielle», j’ai passé un étrange dimanche, abreuvée des commmentaires radiophoniques et de quelques images cherchant à communiquer le rythme du «direct», de la littérature concernant l’abstentionnisme, au point de me faire passer un examen de conscience civique. Mais de quoi je me mêle au juste, comme me l’a demandé hier un ami bienveillant qui me croit vexée d’avoir entendu à Paris un fonctionnaire me rendre une réponse négative et ajouter que la naturalisation n’était pas un droit mais un «privilège» après qu’un Libano pas encore français m’ait expliqué que ce bon Élias Sarkis, en 1976, avait provisoirement mais instamment demandé aux autorités française de freiner sur la pédale. À vrai dire, ma francophilie héréditaire n’allait pas me transformer en paillasson, mais ça, je le raconterai à l’ambassadeur de France au Liban en tête à tête, quand il m’aura fait signe. Mais finie mon aventure dans les locaux de la préfecture de police de Paris, et puis ainsi je pourrai continuer à aimer la France sans arrière-pensée. Et puis l’exil, quand il s’annonce, je me réfugie chez Cioran, enfin chez un de ces métèques qui partagent avec moi la langue française, en toute patrie... Amal NACCACHE
La guerre d’Algérie en était encore à ses débuts. Deux grands écrivains aussi algériens que francophones échangèrent indirectement ce qui devait alimenter une polémique. L’un avait déclaré : «La langue française est ma patrie», tandis que l’autre s’exclamait : «La langue française est mon exil». Il me semble qu’il s’agissait de Dib et de Yacine, en tout cas le cadre était défini d’une problématique qui gagna toutes les élites des pays décolonisés ou en voie de l’être. Au-delà de cette question lexicale en apparence, c’est toute la revendication identitaire qui est en jeu ; elle l’est encore actuellement et nulle part autant que dans le monde de la francophonie officielle d’aujourd’hui. Un exemple m’y fait songer : un groupe de mères libanaises arabophones a demandé à apprendre le...