Une fois par an au moins paraît une nouvelle version de cette Passion. Ce phénomène confirme, s’il en était besoin, la permanence de l’intérêt du public pour le grand oratorio. C’est un enregistrement historique sous plus d’un aspect que Philips nous propose avec cette Passion selon saint Matthieu. La personnalité du chef mérite tout d’abord d’être soulignée. En nous tournant vers sa carrière, nous retombons en effet vers cette fin du XIXe siècle si riche en musiciens considérables, et qui a engendré les plus grands orchestres en activité aujourd’hui. C’est en 1895 que Willem Mengelberg prend la tête du Concertgebouw d’Amsterdam, fondé en 1888. Il en fit l’une des premières formations du monde. Son rôle fut énorme dans l’implantation des œuvres de Mahler, Strauss et Schönberg. Il a eu quelques problèmes politiques à la fin de la dernière guerre. Il est mort en Suisse en 1951. La tradition de l’oratorio, telle qu’un chef de cette envergure la transmet, est donc passionnante à étudier. Au-delà de l’interprétation d’un homme, c’est toute une époque et sa conception de Bach que nous retrouvons. L’enregistrement a été réalisé en 1939, en public, à Amsterdam. La qualité n’est donc pas celle des dernières réalisations. Fanatiques exclusifs de haute fidélité s’abstenir ! Par contre, le bruit du concert donne une vie exceptionnelle à l’exécution. On entend les solistes bouger, les chœurs se lever, le public tousser. Cela contribue à créer l’extraordinaire atmosphère qui baigne tout l’enregistrement. Le plus frappant, en effet, c’est la tension dramatique qui ne cesse guère tout au long du concert. C’est une exécution passionnée, que d’aucuns jugeront trop romantique. Solistes et chœurs n’hésitent devant aucune nuance, devant aucun ralenti. Nous restons bien sûr dans les limites stylistiques requises, mais elles sont poussées aussi loin que possible. L’élévation de la pensée empêche cependant le lyrisme d’être superficiel. On admire la concentration des «pianos», la progression des «forte», la stabilité vocale des solistes et leur sincérité qui touche au pathétique. L’alto Iliona Durigo semble l’une des plus belles voix qui aient abordé cette partie du disque. Malgré l’âge de l’enregistrement, malgré les coupures nombreuses dans la seconde partie, malgré l’évolution du style, cette interprétation est l’une des plus «vraies», des plus émouvantes que le disque ait fixé. Il ne s’agit pas de la présenter comme un modèle d’interprétation des oratorios de Bach en général, ni même de la Passion selon saint Matthieu en particulier. Ne pas l’écouter, c’est pourtant se priver d’une partie du contenu de l’œuvre, renoncer à de beaux moments de musique pure et refuser le témoignage d’un grand des grands chefs du début du XXe siècle. Sa publication ne modifie pas la discographie de l’œuvre (les deux Harnoncourt, Richter, Mauersberger, Jochum, Klemperer ; Karajan Herreweghe...) mais elle en constitue l’un des éléments de base. J.R.L.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une fois par an au moins paraît une nouvelle version de cette Passion. Ce phénomène confirme, s’il en était besoin, la permanence de l’intérêt du public pour le grand oratorio. C’est un enregistrement historique sous plus d’un aspect que Philips nous propose avec cette Passion selon saint Matthieu. La personnalité du chef mérite tout d’abord d’être soulignée. En nous tournant vers sa carrière, nous retombons en effet vers cette fin du XIXe siècle si riche en musiciens considérables, et qui a engendré les plus grands orchestres en activité aujourd’hui. C’est en 1895 que Willem Mengelberg prend la tête du Concertgebouw d’Amsterdam, fondé en 1888. Il en fit l’une des premières formations du monde. Son rôle fut énorme dans l’implantation des œuvres de Mahler, Strauss et Schönberg. Il a eu quelques...