Radical ou modéré, l’islam a une influence croissante sur le continent africain, comme le montrent le recours à la charia dans le nord du Nigeria et l’importance des traditions islamiques dans des pays moins radicaux. Une progression sensible tant chez les intellectuels que parmi les jeunes de la rue à la recherche de valeurs spirituelles. Sur une population estimée à 770 millions d’habitants, le continent africain compte quelque 310 millions de musulmans, à 90 % sunnites, un nombre à peu près équivalent de chrétiens, les religions animistes traditionnelles, en déclin, composant le reste. Au Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, douze États du Nord ont instauré depuis 2000 une stricte loi islamique – un défi au gouvernement fédéral qui vient de déclarer le recours à la charia contraire à la Constitution – provoquant des affrontements meurtriers entre chrétiens et musulmans. Et lundi, une cour d’appel islamique a acquitté une femme condamnée à mort par lapidation pour adultère, alors qu’une autre femme était condamnée à la même peine dans un État du nord voisin. Ailleurs sur le continent, l’islam continue simplement à faire partie de la vie de tous les jours, modéré et inchangé depuis des siècles. Mais depuis les attentats du 11 septembre aux États-Unis, l’attention se porte davantage sur l’Afrique en tant que foyer de l’islam. Que ce soit dans les réunions clandestines dans les quartiers populaires du Caire ou dans les réunions estudiantines officielles dans les universités d’Afrique de l’Ouest, «il y a un regain d’intérêt pour l’islam sur tout le continent», estime Ibrahim Zakzaky, un radical islamique du nord du Nigeria. «Le christianisme progresse aussi, mais voyez comme l’islam progresse de l’islam du Soudan au Nigeria et à l’Afrique du Sud», ajoute-t-il. Une progression toutefois inégale sur le continent Dans le nord de l’Afrique, où l’islam est implanté depuis des siècles, les gouvernements luttent depuis plus d’une décennie contre l’islamisme radical. En Égypte, dont 90 % des 70 millions d’habitants sont musulmans, le code islamique constitue la base de la plupart des lois. Mais le régime du président Hosni Moubarak mène, surtout depuis une tentative de l’assassiner en 1995, une lutte sans merci contre les mouvements islamiques radicaux. C’est le cas également pour l’Algérie et la Tunisie. L’Algérie, 30 millions d’habitants, dont la religion d’État est l’islam, est le théâtre d’attentats et de tueries attribués aux groupes armés islamistes depuis 1992, qui ont fait plus de 100 000 morts selon un bilan officiel, plus de 150 000 selon la presse. Deux groupes armés opèrent en Algérie : le Groupe armé islamique (GIA), dont le chef Antar Zouabri a été tué par les forces de sécurité le 8 février dernier, et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de Hassan Hattab, créé en septembre 1998 et lié au réseau d’Oussama Ben Laden. Au Soudan, le régime militaire du président Omar al-Béchir applique la loi islamique à tout le pays, également dans les régions à forte population chrétienne ou animiste. Depuis deux ans, le régime a cherché à se montrer sous un jour plus modéré, en annulant les condamnations à mort par lapidation et en plaçant en détention le leader radical islamique Hassan al-Turabi. Les récentes menaces par les États-Unis d’actions militaires contre les États qui abriteraient des réseaux liés à l’organisation terroriste al-Qaëda ont également eu un effet sur d’autres pays. En Somalie, le mouvement al-Itihaad al-Islam (Unité de l’islam), qui a appelé à la création d’un État islamique, est soupçonné par Washington de liens avec el-Qaëda. Et les rumeurs sur d’éventuelles frappes contre le pays ont ravivé un sentiment anti-américain. La mauvaise situation économique et la misère dans laquelle vit un nombre croissant de jeunes africains constituent un terrain de choix pour la propagation des idées radicales. En Afrique du Sud, où l’on compte moins d’un million de musulmans sur 40 millions d’habitants, une minorité radicale est apparue ces dernières années, dont deux mouvements considérés comme terroristes par les États-Unis : Qibla et Pagad (le peuple contre le gangstérisme et la drogue).
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