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Actualités - Reportage

LITTÉRATURE Eraste Fandorine, samouraï et gentleman, héros de la nouvelle Russie

Débats à la radio, série télévisée, T-shirts, site Internet : le détective Eraste Fandorine, à la fois samouraï et gentleman, est devenu le héros de la nouvelle Russie grâce à son créateur, l’écrivain Boris Akounine, qui a réussi son pari d’une littérature populaire. «La Russie a beaucoup changé dans les années 90. Une classe moyenne est apparue qui n’avait pas de culture et de littérature propres. Il était clair que la lecture des ouvrages qui lui étaient destinés devait être facile mais l’écriture soignée», raconte Boris Akounine, responsable d’une revue de littérature étrangère à l’époque soviétique. Akounine, qui se réclame de la même veine littéraire que l’Italien Umberto Eco et l’Allemand Patrick Suskind, a décidé de se lancer dans l’aventure après avoir en vain encouragé ses collègues, finalement «trop paresseux», à écrire un roman policier. Azazel, premier roman de la série des Fandorine dont l’action se déroule en 1876, paraîtra en 1998. Dix aventures du détective plus tard, les romans d’Akounine se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires, et la chaîne publique ORT a consacré une soirée entière début mars à une adaptation d’Azazel de plus de trois heures. Ce succès exceptionnel peut s’expliquer par plusieurs raisons. «Fandorine est pour moi le héros russe idéal. Celui qui incarne le rêve d’une nation. C’est un mélange de deux cultures : d’un côté un gentleman britannique, de l’autre un samouraï japonais. La Russie est un pays eurasiatique, entre l’Orient et l’Occident. J’ai choisi deux points extrêmes, mais c’est en fonction de ces coordonnées que la Russie existe puisqu’elle se trouve au milieu», explique l’écrivain, ancien traducteur de japonais. «Fandorine est un superman triste, ce n’est pas James Bond. Il ne triomphe pas toujours», ajoute Boris Akounine qui serait heureux d’avoir créé le premier héros russe auquel pourraient jouer les enfants. Cet ancien historien de formation a aussi choisi de faire évoluer son héros à l’époque des réformes du tsar Alexandre II. «Je suis, comme beaucoup de gens, nostalgique de cette période. Il y avait une foi naïve dans la toute-puissance de l’intellect, et la conviction que le progrès était la clef de tout. Un paradis perdu en quelque sorte», confie l’écrivain. Akounine écrit tous les jours mais dès que l’ennui le gagne, il joue au billard ou sur son ordinateur. «Je ne suis pas un vrai écrivain. Je n’écris pas avec mon sang mais avec ma tête. Le jour où on n’achètera plus mes livres j’arrêterai immédiatement d’écrire», confie-t-il. C’est pourquoi Akounine ne parle pas de son œuvre mais de son «projet» : outre les aventures de Fandorine, il écrit parallèlement celles de la religieuse-détective Pélagie qui se déroulent également à la fin du XIXe siècle et des romans d’aventure moderne dont il vient de terminer deux volumes avec une parution prévue mi-mai. Le tirage prévu est de 300 000 exemplaires, un record pour la Russie. Il compte aussi écrire à quatre mains, une série qu’il a baptisée «tandem» avec ses consœurs, Tatiana Tolstaïa et Lioudmila Oulitskaïa, et bien sûr proposer les prochaines aventures de Fandorine en ligne sur l’Internet. Il est en ce moment très occupé par les négociations avec le réalisateur Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall, Basic Instinct) qui veut porter Azazel à l’écran. «Verhoeven est l’un des trois cinéastes auxquels je pouvais confier Fandorine avec Roman Polanski ou Milos Forman. De par leurs origines, ils comprennent la littérature européenne». Les négociations n’en sont pas moins difficiles. «Ce qui m’importe énormément c’est le respect de l’authenticité russe. La façon dont Hollywood traite les autres cultures a le don de m’énerver. Il suffit de se souvenir du “Docteur Jivago”, confiait récemment l’écrivain au quotidien Gazeta.
Débats à la radio, série télévisée, T-shirts, site Internet : le détective Eraste Fandorine, à la fois samouraï et gentleman, est devenu le héros de la nouvelle Russie grâce à son créateur, l’écrivain Boris Akounine, qui a réussi son pari d’une littérature populaire. «La Russie a beaucoup changé dans les années 90. Une classe moyenne est apparue qui n’avait pas de culture et de littérature propres. Il était clair que la lecture des ouvrages qui lui étaient destinés devait être facile mais l’écriture soignée», raconte Boris Akounine, responsable d’une revue de littérature étrangère à l’époque soviétique. Akounine, qui se réclame de la même veine littéraire que l’Italien Umberto Eco et l’Allemand Patrick Suskind, a décidé de se lancer dans l’aventure après avoir en vain encouragé...