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Actualités - Opinion

Interrogations sur les effets virtuels du sommet

Chat échaudé craint l’eau froide. «Souviens-toi du vase de Fès en 82 ou de l’amphore de Taëf en 89», dirait un Clovis de chez nous. Nul ou presque n’est aussi bien placé que le Liban pour se méfier de l’irrésolution arabe en matière de résolutions communes. Aussi dans les salons locaux on s’interroge d’avance sur la portée réelle du sommet. En se demandant si les participants vont déployer suffisamment de sens pratique pour adopter des mécanismes précis visant à l’application effective de leurs décisions. Ou du moins d’une partie d’entre elles, et dans la mesure du possible. Selon un ancien responsable chevronné, c’est discuter du sexe des anges que de débattre de l’initiative séoudienne, de la normalisation avec Israël, du retour aux lignes de juin 67 ou des réfugiés palestiniens, tant que rien ne garantit la concrétisation du verbe arabe. Ce qui signifie qu’il faut savoir comment contraindre Israël à l’accepter, par quelles pressions diplomatiques, économiques ou éventuellement militaro-sécuritaires. Autrement dit, sans plan d’action bien arrêté, les résolutions du sommet resteraient lettre morte. Comme la conférence ne dure que deux petits jours, cette personnalité note que les protagonistes ne devraient pas perdre leur temps en discussions sémantiques sur la formulation des différents points de leur communiqué final, comme cela se voit dans presque toutes leurs rencontres. Il leur faudrait contourner le piège des interprétations de texte. Qui a par exemple permis à Israël de se dérober à l’exécution de la résolution numéro 242 du Conseil de sécurité. Sous prétexte qu’une version évoque un retrait partiel de territoires tandis qu’une autre parle de retrait total des Territoires. Pour éviter de retomber dans des différends sur le sens exact de leurs propres propos, les dirigeants arabes seraient donc bien inspirés de les précéder par la mise en place d’un couloir bien tracé d’exécution. En d’autres termes, en sachant comment y aller, on sait où l’on va ! Mais, en réalité, c’est loin d’être aussi simple, l’histoire le prouve. Aux termes des accords de Camp David, Israël avait fait la paix avec l’Égypte, qui s’était détachée alors du camp arabe. En lui rétrocédant le Sinaï. Bien plus tard, c’était au tour de la Jordanie, via le traité de Wadi Arba. Mais les Palestiniens, qui ont voulu suivre à leur tour cette voie des pactes séparés à Oslo, n’ont pas tardé à s’apercevoir que l’État hébreu ne respectait pas ses engagements sur le terrain. Quant à la Syrie, elle n’a pu obtenir la restitution du Golan, Israël refusant de se retirer derrière les lignes du 4 juin 67 et de lui rendre la rive orientale du lac de Tibériade. Tout comme le Liban a pu dégager son Sud par une résistance active, les Palestiniens s’efforcent aujourd’hui d’obtenir leurs droits par l’intifada. Quant à la 194, qui ordonne le retour des réfugiés, Israël refuse de la reconnaître, car elle émane de l’Assemblée générale de l’Onu et non pas du Conseil de sécurité. Dont l’État hébreu traite d’ailleurs avec un même mépris les résolutions, pour exécutoires qu’elles soient. En tout cas, la méthode des Horace adoptée par Israël, qui est parvenu à traiter séparément avec les Arabes pour en affaiblir le camp, a largement porté ses fruits depuis 48. Il est donc temps, estime la personnalité citée, que les Arabes ouvrent les yeux. Et qu’à tout le moins ils ne se disputent pas entre eux. En s’unissant autour de l’initiative saoudienne, sans continuer à pinailler en l’air en lui reprochant de n’évoquer ni la 194 ni la 242 ou la 338. Car ce n’est pas la mention de ces textes qui va mettre un terme à la lutte en cours avec Israël pour qui ils ne signifient pas grand-chose. Il est également néfaste, souligne cette source, de couper les cheveux en quatre, au risque de se brouiller, sur des acceptions comme «normalisation» ou «relations ordinaires» moyennant ce retrait israélien qu’il faut d’abord obtenir. L’essentiel donc, conclut l’ancien responsable, est de ne pas se contenter cette fois de répéter des positions anciennes, mais de travailler à leur donner corps. En voyant comment il faut agir. Pour dire s’il faut soutenir la poursuite de l’intifada, s’il faut également approuver les opérations-suicide comme moyens forts de résistance. S’il faut privilégier la voie diplomatique, en appuyant les Palestiniens comme les Syriens après l’éventuelle reprise des pourparlers. Enfin, si l’on doit accentuer les pressions en rétablissant le boycott économique total et général d’Israël, ce qui impliquerait la rupture des relations que certains entretiennent avec cet État. Émile KHOURY
Chat échaudé craint l’eau froide. «Souviens-toi du vase de Fès en 82 ou de l’amphore de Taëf en 89», dirait un Clovis de chez nous. Nul ou presque n’est aussi bien placé que le Liban pour se méfier de l’irrésolution arabe en matière de résolutions communes. Aussi dans les salons locaux on s’interroge d’avance sur la portée réelle du sommet. En se demandant si les participants vont déployer suffisamment de sens pratique pour adopter des mécanismes précis visant à l’application effective de leurs décisions. Ou du moins d’une partie d’entre elles, et dans la mesure du possible. Selon un ancien responsable chevronné, c’est discuter du sexe des anges que de débattre de l’initiative séoudienne, de la normalisation avec Israël, du retour aux lignes de juin 67 ou des réfugiés palestiniens, tant que...