Il est dit que cette semaine on ne saura pas où donner du masque ! Entre le carnaval qui autorise, sous le loup, les derniers excès avant la longue abstinence du carême, et Saint-Valentin qui prépare sa nuit rouge, les prochains jours s’annoncent débridés. La coïncidence est heureuse qui fait cohabiter ces deux manifestations sous la même phase lunaire, cette année : a-t-on jamais imaginé un carnaval à Venise sans l’ombre tutélaire de Don Juan ? L’amour s’avance masqué. C’est sa délicatesse. Sa façon de faire le troisième dans un couple, l’air de rien : «Il y a toi, il y a l’amour, il y a moi», chantait Brel. Et dans cette valse là, le rythme absolu des relations humaines : pas en avant, pas en arrière, chassés-croisés, rupture, harmonie, enlacements, ruptures, lassitudes, regains et le masque, jamais loin dans ce jeu dangereux où l’on risque rien moins que sa propre identité. Qu’il tombe et la bête se révèle, indifférente à l’autre, incivile, amorale, insensée. C’était notre couplet philosophie de poche, inspiré de la chair : celle du dernier jour où les chrétiens peuvent en manger, et celle de la journée mondiale où tout ce qui bouge est rouge et invite à s’y planter. La nouveauté, cette année, côté cœur, c’est la TVA. Produit d’importation, ayant nécessité une élaboration industrielle, ne faisant pas partie du panier de la ménagère : tout pour plaire au percepteur. Les cœurs qui nous arrivent de Chine, de Malaisie, de Maurice ou de Colombo, le plus souvent via les USA, ne sont pas de première fraîcheur. Ils ont déjà fait le tour en conteneurs de tous les ports de la planète. Vendus à la criée, sous cellophane : «Qui veut du cœur ?». Cœurs de mousse, antistress, cœurs de résine, presse-papiers (tout ce qui ne sert à rien s’appelle : presse-papiers), cœurs en papier, tiens, délavés. Cœurs de verre, parfois fêlés, cœurs qui disent : «I love you», sans savoir à qui, cœurs qui neigent des paillettes quand on les secoue un peu. Cœurs qui jouent Dr Jivago : Schlaft-schlafti-schlaft, tadadada-tada… ou qui pleurent sur l’air de Love Story. Cœurs qui font en sourdine : Shtapouf-shtapouf avec une petite lumière à chaque bruit. Vendus à one dollar chez One-Dollar. Les mêmes à dix-plus-TVA chez Pas-de-prix (faut compter l’emballage). Mais oui, qui veut du cœur ? Des cartes, toujours en anglais – je n’accuse personne –, bouteilles à la mer qui supplient : «Be my Valentine» ou déclarent, embarrassées : «You’re my Valentine». Qu’on se le dise : cela va mieux en le disant. Je t’aime, c’est pourtant simple. Trois mots en fin de course, déjà épuisés par tant de négligence. Les dire avec sa propre voix. Si ça ne fait pas vibrer l’autre, ça fait au moins vibrer soi-même. Mais les acheter au rabais, à moins de le faire pour servir la République… pardon ! Fifi ABOUDIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il est dit que cette semaine on ne saura pas où donner du masque ! Entre le carnaval qui autorise, sous le loup, les derniers excès avant la longue abstinence du carême, et Saint-Valentin qui prépare sa nuit rouge, les prochains jours s’annoncent débridés. La coïncidence est heureuse qui fait cohabiter ces deux manifestations sous la même phase lunaire, cette année : a-t-on jamais imaginé un carnaval à Venise sans l’ombre tutélaire de Don Juan ? L’amour s’avance masqué. C’est sa délicatesse. Sa façon de faire le troisième dans un couple, l’air de rien : «Il y a toi, il y a l’amour, il y a moi», chantait Brel. Et dans cette valse là, le rythme absolu des relations humaines : pas en avant, pas en arrière, chassés-croisés, rupture, harmonie, enlacements, ruptures, lassitudes, regains et le masque, jamais...