Le gouvernement argentin a lancé dimanche un plan économique anticrise établissant dès demain un marché unifié des changes et visant à rétablir l’équilibre fiscal et monétaire et à permettre à l’Argentine de retrouver sa crédibilité internationale. Présentant ce plan mis au point par le gouvernement du président Eduardo Duhalde, le ministre de l’Économie Jorge Remes Lenicov a promis des «règles économiques stables» et une «stricte politique monétaire», limitant l’émission annuelle de pesos à 3,5 milliards de pesos. Il a annoncé l’instauration, demain, d’un «seul marché des changes», la «pesification» de l’économie, notamment celle des dettes et des dépôts bancaires, et la levée de la principale restriction aux retraits bancaires, limitant les retraits des Argentins. «Il va y avoir un seul marché des changes (...). Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour le flottement», la Banque centrale disposant de 14 milliards de dollars de réserves, alors qu’est attendu un excédent commercial de 12 milliards de dollars en 2002, a-t-il indiqué. Le gouvernement argentin a abandonné début janvier la convertibilité en vigueur pendant plus de dix ans et reposant sur la parité entre le peso et le dollar. Il a alors institué un double système des changes, fixant la valeur officielle du peso à 1,40 peso pour un dollar pour les exportations, et instaurant un peso libre, qui s’était échangé au taux de 2,10 pesos contre un dollar vendredi, pour les autres échanges. «Nous allons pesifier toute l’économie. Nous voulons avoir notre propre autonomie, notre propre monnaie», a déclaré M. Remes Lenicov, annonçant que toutes les dettes libellées en dollars allaient être converties en pesos au taux de un pour un et que les dépôts bancaires seront «pesifiés» au taux de 1,40 peso pour un dollar, avec un taux d’intérêt tenant compte de l’inflation. Le ministre de l’Économie a ajouté que les banques et les marchés des changes seraient fermés transitoirement hier et aujourd’hui sur décision du gouvernement. Il a également annoncé la levée des restrictions bancaires qui limitaient les retraits des Argentins sur leurs comptes de salaire à un plafond de 1 500 pesos par mois. Cette mesure, particulièrement impopulaire, avait été imposée début décembre afin de lutter contre la fuite des capitaux. Elle avait contribué à la chute du président radical Fernando de la Rua le 20 décembre, puis à celle de son successeur provisoire, le péroniste Adolfo Rodriguez Saa, le 30 décembre. M. Lenicov a par ailleurs annoncé la présentation aujourd’hui au Parlement d’un budget de l’État pour 2002 prévoyant un déficit de 3 milliards de pesos (quelque 1,5 milliards de dollars), contre 10 milliards de pesos de déficit au cours de l’année 2001. «La règle sera celle d’une forte austérité», a-t-il dit, annonçant de «forts ajustements, à l’exception des dépenses sociales». Il a souligné que les secteurs les plus défavorisés de la société seront épargnés et qu’une réforme fiscale sera menée pour corriger les injustices du système actuel. Selon le ministre de l’Économie, la remise en marche de l’appareil productif, la relance de l’emploi et des exportations et la défense des épargnants et du système financier constituent les principales priorités «pour surmonter les quatre ans de décadence» que vient de traverser l’Argentine.
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