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Le sort des prisonniers à Guantanamo embarrasse Tony Blair

Le sort des prisonniers talibans, parmi lesquels plusieurs Britanniques, détenus dans des conditions controversées à Guantanamo (Cuba) embarrasse Tony Blair, partagé entre le devoir de protection de ses concitoyens et sa solidarité avec l’allié américain. Une bonne partie de la classe politique britannique met également en garde M. Blair contre un péril plus général : le traitement sommaire réservé aux 80 détenus de la base navale américaine, dont au moins trois Britanniques, est en train de miner le crédit moral de Washington pour la suite de sa guerre antiterroriste. Pour la deuxième fois en une semaine, le Premier ministre britannique a été vivement interpellé mercredi devant la Chambre des communes sur les conditions de détention des membres présumés des talibans et du réseau islamiste el-Qaëda. Et le chef de l’opposition libérale-démocrate Charles Kennedy est revenu à la charge hier. «Nous ne devons pas, après les terribles événements du 11 septembre, faire cette erreur : gagner la guerre mais perdre la paix», a déclaré M. Kennedy, en s’inquiétant du «signal au reste du monde» que représente le traitement des prisonniers de Guantanamo. Bien qu’il ait fait de son pays l’allié le plus fidèle des États-Unis depuis les attentats du 11 septembre, Tony Blair ne serait pas insensible à ces inquiétudes. Son gouvernement souhaiterait notamment que les Britanniques détenus à Guantanamo soient rapatriés et jugés en Grande-Bretagne, pour éviter qu’ils puissent être condamnés à la peine de mort par les juridictions américaines, a affirmé hier le Financial Times. Downing Street a évoqué «une spéculation prématurée», mais n’a pas formellement démenti. Les diplomates britanniques tentent de leur côté depuis plusieurs jours de rendre visite à leurs concitoyens à Guantanamo. Tony Blair, pour sa part, est contraint à un exercice d’équilibriste à chaque nouvelle déclaration. Il a reconnu mercredi aux États-Unis le droit d’être plus que vigilants à l’égard des détenus, potentiellement «des gens très, très dangereux». Dans le même souffle, le Premier ministre britannique a affirmé que les prisonniers de Guantanamo «devaient être traités humainement conformément aux conventions de Genève (sur les prisonniers) et au droit international». Downing Street estime que c’est le cas à ce jour, même si d’autres ministres sont moins convaincus et ont souligné que Londres avait déjà fait des «observations» à Washington sur le sujet. Le gouvernement américain refuse pour sa part de reconnaître aux prisonniers, parmi lesquels se trouvent selon lui «les pires» membres du réseau el-Qaëda, le statut de prisonnier de guerre défini par la troisième convention de Genève de 1949, et estime avoir affaire à «des combattants illégaux». Le sort des trois prisonniers britanniques est un casse-tête qui risque de durer : les Américains détiendraient vingt autres sujets de Sa Majesté en Afghanistan et au Pakistan, menacés d’être transférés à Guantanamo, croit savoir le Guardian. Ces hommes, sans doute des islamistes partis par conviction combattre en Afghanistan, «ne méritent pas le respect», assène le quotidien populaire The Sun. Mais dans le pays berceau des droits de l’homme, savoir ces ressortissants britanniques détenus dans des minuscules cellules grillagées en plein air, et passibles de la peine de mort, suscite une gêne profonde. D’autant que leur alter ego américain, le fameux «taliban américain» John Walker Lindh, comparaîtra pour sa part devant un tribunal fédéral civil et qu’il ne risquera pas la peine capitale, mais au maximum la prison à perpétuité. «Peut-être le moment est-il venu pour M. Blair, en tant qu’ami sincère des Américains, de leur dire que quand une nation part en guerre en invoquant son bon droit moral, ce bon droit doit être maintenu dans la victoire», concluait jeudi le Daily Mail (droite). Par ailleurs, une délégation du Comité international de la Croix-Rouge devait arriver hier dans la nuit à la base américaine de Guantanamo à Cuba pour rencontrer individuellement les prisonniers d’Afghanistan.
Le sort des prisonniers talibans, parmi lesquels plusieurs Britanniques, détenus dans des conditions controversées à Guantanamo (Cuba) embarrasse Tony Blair, partagé entre le devoir de protection de ses concitoyens et sa solidarité avec l’allié américain. Une bonne partie de la classe politique britannique met également en garde M. Blair contre un péril plus général : le traitement sommaire réservé aux 80 détenus de la base navale américaine, dont au moins trois Britanniques, est en train de miner le crédit moral de Washington pour la suite de sa guerre antiterroriste. Pour la deuxième fois en une semaine, le Premier ministre britannique a été vivement interpellé mercredi devant la Chambre des communes sur les conditions de détention des membres présumés des talibans et du réseau islamiste el-Qaëda. Et le chef...