Des enquêtes menées au Canada, en France et en Grande-Bretagne révèlent que les vertus réparatrices du sommeil constituent un bien mal réparti dans le monde contemporain. Il semblerait que les femmes et les personnes âgées sont les plus lésées dans ce partage inique. Par ailleurs, la durée du temps consacré au sommeil est en train de baisser. Dans les pays avancés, la majorité de la population dort moins de sept heures par nuit, bien moins donc qu’aux siècles passés. Il y a quatre ans déjà, des chercheurs et des spécialistes de l’Institut Pinet de Montréal, au Canada, ont voulu explorer à fond ce domaine en étudiant faits, habitudes et problèmes reliés à tous les aspects du sommeil. Il a été noté, en effet, que dans la pratique médicale quotidienne, les patients n’en discutent guère de ces problèmes avec leur médecin, à moins que les troubles acquièrent une dimension pathologique évidente. Douze mille personnes appartenant à trois pays (Canada, Grande-Bretagne et France) ont été interrogées tandis que des enquêtes similaires étaient entreprises en Italie, Espagne, Allemagne et dans les pays scandinaves. Les résultats ont permis de constater une certaine homogénéité entre les pays. Ils ont démontré que si le sommeil est un bien mal partagé entre individus, cette inégalité est commune à toutes les populations de la planète. Est-il nécessaire de rappeler que l’insomnie constitue un problème de santé publique ? Elle affecte la vigilance, devenant ainsi l’origine d’accidents de travail ou de la circulation aux conséquences dramatiques. Pourtant, autant au Liban qu’ailleurs, semble-t-il, 10 % de la population seulement consultent pour ce genre de trouble. Or le manque de sommeil diminue les capacités intellectuelles, altère l’humeur et influence le comportement et la vie sociale, avec des répercussions négatives importantes pour le sujet dans plus d’un cas sur dix. L’originalité de l’étude citée plus haut consiste dans le fait qu’il était demandé aux participants d’évaluer eux-mêmes leur sommeil. Quatre indices étaient proposés au sujet permettant de définir une insomnie : a) difficulté de plus de 30 minutes à s’endormir ; b) fréquents réveils nocturnes ; c) un sommeil d’une durée normale mais non réparateur marqué par des fréquents réveils nocturnes ; d) un sommeil d’une durée normale mais accompagné d’une sensation de lassitude et d’un réveil matinal précoce, avec difficulté de se détendre ou de se rendormir. On s’aperçoit que ces indices ne sont pas en fait adressés à l’insomnie même mais à la qualité du sommeil. Ils ont permis toutefois de conclure que parmi les sujets se plaignant d’insomnie, 21,7 % présentaient ces indicateurs. D’après les enquêteurs, les habitudes de vie interviennent sur les besoins en sommeil. «Les besoins de sommeil, signalent-ils, ne diminuent pas avec l’âge. C’est l’insomnie qui progresse». Mais il est certain, insistent-ils, que la majorité des populations concernées par l’étude ne dorment pas plus de 7 heures par nuit, soit nettement moins qu’il y a un siècle. Fatigue matinale : la même pour tous... La sensation du réveil matinal, accompagnée de fatigue, de mauvaise humeur ou de mécontentement, semble être commune à tous les participants satisfaits ou pas de leur sommeil. Les enquêteurs soupçonnent donc que l’origine est la privation d’une plus longue durée de sommeil. On dort moins que dans le passé et, à la longue, le manque accumulé provoque ce réveil maussade proche de la frustration. Sans oublier, remarquent les enquêteurs, que les mécontents de leur nuit souffrent souvent d’une mauvaise hygiène du sommeil ou d’éléments extérieurs, tels des problèmes personnels (relationnels, économiques, professionnels, etc.). La télévision, fait inattendu, ne semble pas entrer en compte quant à la qualité du sommeil ou du réveil. Par contre, les enquêteurs sont unanimes à désigner trois redoutables ennemis du sommeil : la caféine (plus de cinq tasses de café par 24 heures), le tabac et l’alcool pris avant le coucher. À ne pas confondre toutefois avec l’alcoolisme qui constitue à lui seul une maladie... Un cercle vicieux Le mauvais sommeil s’avère être un cercle vicieux. Le tiers des participants à l’enquête en souffraient depuis plus de cinq ans. Parmi eux 25 % estiment que les hypnotiques, les psychotropes, les calmants sont loin d’être «la» solution, même si une bonne partie d’entre eux, quoique insatisfaits, continuent à en être consommateurs ! D’où le fait que dans tous les pays couverts par l’enquête il existe une égalité dans le recours aux médicaments (hypnotiques, calmants, sédatifs, etc.). Les femmes s’avèrent plus grandes consommatrices que les hommes, surtout après 55 ans. Dernière recommandation en guise de conclusion de l’enquête : ne jamais négliger les problèmes de sommeil, les signalant immanquablement à son médecin. L’insomnie, d’après eux, ne doit pas être prise à la légère. Il faut approfondir la recherche de sa cause et déterminer les remèdes adéquats. En effet, pris au début, ils ont une efficacité certaine et peuvent empêcher la chronicité de ce mal et ses conséquences.
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