Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyses

La guerre aérienne de haute - technologie gagne, mais ne suffira pas

L’Administration Bush, arrivée avec la volonté de moderniser ses forces armées, a engagé l’Amérique dans son premier conflit du XXIe siècle en menant en Afghanistan une guerre aérienne de haute technologie, mais en engageant aussi des troupes au sol en soutien aux forces afghanes antitalibanes. Si la configuration de ce conflit, mené en réponse aux attentats terroristes du 11 septembre, ne se répètera pas nécessairement face à d’autres adversaires plus coriaces, l’opération Liberté immuable, commencée le 7 octobre, a confirmé la suprématie militaire incontestée de l’unique superpuissance. Certes les États-Unis ont, depuis la fin de la Guerre froide, réduit leurs effectifs à 1,4 million d’hommes. Mais le Pentagone a obtenu en décembre un budget en hausse de 343,3 milliards de dollars – des chiffres astronomiques qui ne forment pourtant qu’une portion minime (environ 3 %) du PNB américain, d’après l’analyste Michael O’Hanlon. Lancés d’abord à la recherche d’Oussama Ben Laden – dans une guerre pour extirper le terrorisme qui sera longue et douloureuse, selon le président George W. Bush – les stratèges américains se sont félicités d’avoir, dans la première phase, pu casser rapidement les talibans avec des bombardements de précision et très peu de victimes américaines. «La puissance inimaginable de frappe américaine a fait la différence. On ne voit guère de pays, hors la Russie peut-être, qui puisse résister à une telle domination aérienne», estime un spécialiste occidental sous couvert de l’anonymat. Après une répétition pendant la guerre du Kosovo, qui fit céder la Serbie de Slobodan Milosevic en 1999, la guerre d’Afghanistan a montré un visage hi-tech bien supérieur à la guerre du Golfe dix ans plus tôt. 60 % des bombes larguées en Afghanistan sont des munitions de précision – guidées par satellite ou laser et de plus en plus minutieuses malgré quelques erreurs de tirs meurtrières pour les populations civiles – contre 10 % seulement contre l’Irak en 91, a indiqué le lieutenant-colonel David Lapan, porte-parole militaire. L’importance des drones Le général John Jumper, chef d’état-major de l’US Air Force, s’est notamment félicité de l’importance nouvelle, qui ne fera que croître à l’avenir, des drones : des avions sans pilote capables, tels le Global Hawk, de très longues stations en vol pour communiquer en temps réel les positions de l’ennemi. Mais l’infiltration rapide de centaines de soldats des forces spéciales américaines et de paramilitaires de la CIA, notamment pour glaner des informations, a aussi apporté une contribution déterminante en ciblant les objectifs pour les tirs des avions, par radio et par guidages laser. En fait, notent les experts, la campagne aérienne, partie d’abord de l’armada aéronavale assemblée dans l’océan Indien, n’a été qu’un des éléments du succès. L’envoi de fantassins d’élite – commandos spéciaux, mais aussi quelque 1 300 marines – y a aussi largement contribué, de même que l’appui décisif d’alliés locaux importants, les guerriers de l’Alliance du Nord. Dès lors, des experts mettent en garde contre la tentation pour les décideurs de vouloir utiliser les mêmes recettes dans des circonstances différentes. «En Afghanistan, nous avons eu la volonté politique de déployer des hommes sur le terrain, et assez de monde pour poursuivre les talibans. Ce ne serait pas forcément le cas en Irak ou dans d’autres pays» où Washington pourrait éventuellement porter le fer, note Chris Hellman, expert au Center For Defense Information. Certes le Pentagone planchait depuis longtemps sur les «menaces asymétriques», les armes des faibles, notamment terroristes. Mais les attentats vont réorienter l’effort militaire vers le territoire national, qu’on croyait invulnérable – 60 ans après l’agression japonaise à Pearl Harbour – et dont la couverture radar, par exemple, avait été négligée. Des chasseurs patrouillent déjà au-dessus des grandes villes, les ports sont mieux contrôlés, plus de 50 000 réservistes ont été rappelés pour la Homeland Defense. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, dont le poids politique s’est accru, s’inquiète des menaces par armes de destruction massive et il insiste pour «transformer les armées afin de répondre aux défis du siècle nouveau». Contre sa hiérarchie, il souhaiterait réduire la lourdeur de l’armée de terre, fermer plus de bases, couper certains programmes. M. Rumsfeld pousse aussi à la construction d’un bouclier encore incertain contre d’éventuels missiles lancés par des «États voyous». M. Bush vient de lui donner raison en se retirant du traité ABM avec Moscou, qui limitait les défenses antimissile, au risque de relancer la course aux armements en Chine et en Asie.
L’Administration Bush, arrivée avec la volonté de moderniser ses forces armées, a engagé l’Amérique dans son premier conflit du XXIe siècle en menant en Afghanistan une guerre aérienne de haute technologie, mais en engageant aussi des troupes au sol en soutien aux forces afghanes antitalibanes. Si la configuration de ce conflit, mené en réponse aux attentats terroristes du 11 septembre, ne se répètera pas nécessairement face à d’autres adversaires plus coriaces, l’opération Liberté immuable, commencée le 7 octobre, a confirmé la suprématie militaire incontestée de l’unique superpuissance. Certes les États-Unis ont, depuis la fin de la Guerre froide, réduit leurs effectifs à 1,4 million d’hommes. Mais le Pentagone a obtenu en décembre un budget en hausse de 343,3 milliards de dollars – des chiffres...