TRIBUNE DU DISQUE La 6e symphonie de Mahler Trop longtemps négligée Trop longtemps négligée, à l’enregistrement comme au concert, la Sixième symphonie de Mahler est son œuvre la plus personnelle, la plus parfaite et qui n’a jamais vraiment bénéficié, à l’encontre de toutes ses autres partitions majeures, d’une exceptionnelle discographie. Cette symphonie demeure fortement difficile d’approche à cause de la rigueur «classique» de son architecture formelle. Hormis la version Adler, seuls Neumann, Bernstein, Horenstein ont su embrasser, avec une certaine ferveur et un réel degré d’authenticité, l’immense courbe descendante de ce monument. Le 17 juin 1977, au Théâtre des Champs-Élysées, Herbert von Karajan et son orchestre, invités par Radio France et quasiment inédits dans ce répertoire, donnaient aux Parisiens stupéfaits la primeur d’une traduction fantastique de paroxysme, hallucinante de grandeur, rendant à cette Sixième un mouvement large et infernal. Sa violence aiguë déconcertait certes les amoureux d’un Mahler viennois et, de fait, l’étendue fatale et basse ainsi révélée paraissait désigner un tout autre paysage beaucoup plus nordique. Ce Mahler prussien ou mieux, balte, est toujours là dans cet album, que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, avec aussi les Kindertotenlieder et les Rückert-Lieder avec la magnifique Christa Ludwig. Les grandes options, les tempi, les accents demeurent, avec aussi cette volonté inexorable, farouche, d’éclairer, si j’ose dire, l’ensemble du parcours par son Finale, et la fin de ce Finale… Sont préservés aussi le parfait désir de ne point séduire, le monolithisme unique d’une telle approche et son dynamisme oppressant. La clarté polyphonique et le contour des lignes se dégagent avec une acuité exacerbée. On le sait, l’Orchestre philharmonique de Berlin possède une homogénéité et des timbres fabuleux. Karajan ici signait certainement son plus fabuleux Mahler. Il faut reconnaître que l’expressivité très singulière propre à cette furieuse Sixième symphonie convenait admirablement à son caractère. Il «attaquait» le chef-d’œuvre en lui imprimant un style plus intense et plus dynamique. Réalisation fascinante comme une angoisse vraiment peu confortable, bien au-delà, et surtout ailleurs, du tout-venant.
TRIBUNE DU DISQUE La 6e symphonie de Mahler Trop longtemps négligée Trop longtemps négligée, à l’enregistrement comme au concert, la Sixième symphonie de Mahler est son œuvre la plus personnelle, la plus parfaite et qui n’a jamais vraiment bénéficié, à l’encontre de toutes ses autres partitions majeures, d’une exceptionnelle discographie. Cette symphonie demeure fortement difficile d’approche à cause de la rigueur «classique» de son architecture formelle. Hormis la version Adler, seuls Neumann, Bernstein, Horenstein ont su embrasser, avec une certaine ferveur et un réel degré d’authenticité, l’immense courbe descendante de ce monument. Le 17 juin 1977, au Théâtre des Champs-Élysées, Herbert von Karajan et son orchestre, invités par Radio France et quasiment inédits dans ce répertoire, donnaient aux...
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