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Actualités - Chronologies

Les deux derniers juifs de Kaboul, - gardiens de la synagogue

En plein cœur de Kaboul, rue des Fleurs, dans ce qui était la synagogue de la capitale afghane, habitent les deux derniers juifs de la ville. Isaac Levy, le plus âgé, longue barbe blanche, annonce 60 ans mais en paraît 15 de plus. Zabulon Simantow en avoue 41. Il s’est rasé il y a quelques jours, après le départ des talibans qui avaient obligé tous les hommes à se laisser pousser la barbe. Les deux hommes se détestent et leurs querelles ont même dû être tranchées par les tribunaux islamiques. «À l’indépendance d’Israël, les gens sont partis d’ici. Mais avant les communistes, il y avait encore cent familles juives, ici à Kaboul», raconte Zabulon. «Il y avait aussi 4 à 500 juifs à Herat» (ouest), ajoute-t-il. «Les juifs ont été présents ici pendant plus de 800 ans. C’est écrit dans les livres», dit-il. Zabulon vit seul, dans une pièce misérable d’un ancien bâtiment de la communauté juive, où étaient aménagées une synagogue et une salle de prière pour les femmes au premier étage. Les rampes d’escalier en fer forgé représentent l’étoile de David, à six branches. Sous la poussière et la crasse on distingue des traces de peinture bleue et blanche. Sur l’un des murs en ciment, le jour de la rue apparaît à travers une autre étoile, ajourée dans le ciment. Zabulon a une femme et deux filles, de 8 et 7 ans. Elles sont parties en Israël il y a six ans. Il avait quitté Kaboul en 1992 pour se marier à Tachkent et c’est là que ses ennuis ont commencé. Isaac aurait vendu toutes ses affaires et prétendu qu’il s’était agi d’un cambriolage. Zabulon végète, achetant des antiquités en cuivre qu’il expédie à son frère en Allemagne. Isaac, dit-il, a également volé la Torah, livre sacré du judaïsme, de la synagogue pour la vendre. Mais il a accusé Zabulon du vol. L’affaire a été tranchée par 18 juges de la cour suprême des talibans, qui, selon Zabulon, l’ont innocenté, mais ont quand même gardé la Torah. «Elle vaut environ cinq millions de dollars. Elle date d’il y a cinq siècles. Elle est écrite à la main sur un parchemin de cuir», dit-il. Selon lui, certains talibans intéressés par sa valeur auraient eux aussi tenté de la vendre, l’emportant à Jalalabad (est) pour la négocier au Pakistan voisin. D’après lui, la Torah se trouve toujours à Kaboul, au ministère de l’Intérieur de «l’État islamique», qui a remplacé il y a 15 jours «l’Émirat islamique» des talibans. La guerre entre les deux hommes ne s’est pas arrêtée là. «Comme j’avais gagné le procès, il m’a accusé d’être un espion à la solde d’Israël. C’est très grave». Zabulon ne dit pas comment il s’est sorti d’affaire, d’autant qu’il prétend que les talibans ne savaient pas qu’il était juif. «Il ment !», affirment les commerçants de la rue des Antiquaires de Kaboul, où tout le monde connaît Zabulon «le juif». «Tout le monde savait qu’il était juif. Certains talibans ont même essayé de le convertir», dit un vendeur. Zabulon fait celui qui n’entend rien. Il affirme ne comprendre que le dari, le persan local, et ne pas parler l’hébreu. Mais il dit aussi qu’il peut lire la Torah «en suivant avec le doigt». Il émaille ses phrases de «ken», qui veut dire oui en hébreu. Il dit prier tous les jours, pas seulement lors du sabbat. Il accuse aussi Isaac d’avoir voulu changer la synagogue en lieu de prostitution. «Lorsque les juifs reviendront à Kaboul, ceux qui travaillaient avant dans le rubis, l’émeraude ou le lapis-lazuli», autant de pierres qu’on trouve localement, «transformeront la synagogue en diamant», jure-t-il sur le livre sacré. Isaac, lui, bougonne. Cela fait 26 ans qu’il vit à Kaboul. Sa famille est de Herat. Il laisse dire Zabulon. Il montre fièrement la synagogue dont il a la clef. «Ce n’est pas un rabbin, ne dites pas ça, c’est un faux mollah», crie Zabulon. Isaac montre les plaques des morts de la communauté. À chacune correspond une lampe que la famille doit allumer rituellement. La plupart des ampoules sont claquées, les petits abat-jour culbutés. La synagogue avait été construite en 1964. Quinze ans après, tous les juifs étaient partis. Sauf Zabulon et Isaac.
En plein cœur de Kaboul, rue des Fleurs, dans ce qui était la synagogue de la capitale afghane, habitent les deux derniers juifs de la ville. Isaac Levy, le plus âgé, longue barbe blanche, annonce 60 ans mais en paraît 15 de plus. Zabulon Simantow en avoue 41. Il s’est rasé il y a quelques jours, après le départ des talibans qui avaient obligé tous les hommes à se laisser pousser la barbe. Les deux hommes se détestent et leurs querelles ont même dû être tranchées par les tribunaux islamiques. «À l’indépendance d’Israël, les gens sont partis d’ici. Mais avant les communistes, il y avait encore cent familles juives, ici à Kaboul», raconte Zabulon. «Il y avait aussi 4 à 500 juifs à Herat» (ouest), ajoute-t-il. «Les juifs ont été présents ici pendant plus de 800 ans. C’est écrit dans les livres»,...