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Actualités - Chronologies

L’ISI, un pouvoir remis en cause

Sitôt la question de l’implication du Pakistan dans l’émergence des talibans soulevée, apparaît en arrière-plan l’ombre des services de renseignements pakistanais. Grands manipulateurs, pouvoir indépendant, menaces pour tout gouvernement… les qualificatifs ne manquent pas. Pour Imtiaz Gul, journaliste pakistanais, l’ISI a principalement apporté une aide logistique aux talibans, surtout dans le domaine de la communication. Selon lui et pour beaucoup d’intellectuels, l’émergence des talibans n’est en rien le fait propre de l’ISI, mais est plutôt liée à la situation interne à l’Afghanistan. Si les accointances entre l’ISI et les talibans sont réelles, elles sont également naturelles, les officiers pakistanais ayant entraîné, sous les bons auspices de la CIA, les moudjahidine lors du jihad contre les Soviétiques. «Mais avec le temps, les liens entre les talibans et les renseignements pakistanais se sont relâchés. La preuve en est les erreurs grossières commises par les talibans ces deux dernières années», explique M. Gul. L’année dernière, les talibans sont tombés dans un piège tendu par l’Alliance du Nord aux alentours de Kaboul. «On ne peut imaginer les talibans allant s’empêtrer dans un champ de mines et perdant près de 500 hommes s’ils avaient réellement été conseillés par des militaires pakistanais», précise-t-il. Pour Rifat Hussein, professeur en relations internationales à l’Université d’Islamabad, il est faux d’attribuer la création des talibans à l’ISI. «Les services de renseignements ont joué un rôle mais seulement celui de propulseur». L’ISI et le pouvoir «L’ISI est un département indépendant du gouvernement», explique le général à la retraire Talat Massoud. «Il travaille en étroite collaboration avec l’armée. Bien que son rôle soit traditionnellement limité aux affaires extérieures, il est arrivé qu’il s’occupe également des affaires de sécurité interne en raison de l’instabilité de différents gouvernements et de l’absence totale de démocratie». «Son pouvoir et son expertise se sont accrus durant la guerre contre les Soviétiques. Dans ce sens, il a acquis une influence assez conséquente en comparaison des autres services de ce genre». «Ainsi, sous divers gouvernements civils, l’ISI a pu agir de manière assez autonome essentiellement en ce qui concernait les questions afghane ou cachemiri. Ils jouaient alors un rôle de conseiller auprès du gouvernement», explique général Massoud. Si l’ISI se limitait à ce rôle de conseiller, comment expliquer les changements opérés par le président Musharraf à la tête du service et de l’armée ? Selon le général Massoud, «ces promotions étaient prévues de longue date. Elles ont été opérées plus tôt que prévu, car parfois il est nécessaire que certains postes soient tenus par des responsables caractérisés par leur neutralité politique». Pour Imtiaz Gul, ces changements ont été effectués sous la pression des États-Unis. Une idée rejetée par le général. «Washington souhaitait voir un réel changement de la politique extérieure pakistanaise. Et cela en était un. En tant que Pakistanais, je considère cette évolution comme une bénédiction, car le bastion des services de renseignements a été touché. Rien ne sera plus jamais pareil pour l’ISI et l’armée. Et cela est une bénédiction pour le pays car une grande menace vient de disparaître. Avant, tout parti politique souhaitant agir de manière indépendante devait redouter une contre-attaque de l’ISI». Il semblerait donc qu’aujourd’hui, le Pakistan puisse enfin s’engager sur la voie de la démocratie. Une hypothèse à laquelle semble adhérer le général Massoud. «Des élections auront lieu en 2002 pour la restauration d’un gouvernement civil. Il se pourrait fort bien d’ailleurs que Pervez Musharraf soit élu». Une éventualité qui devrait satisfaire la communauté internationale, car le Pakistan a assurément besoin d’un homme fort à sa tête pour les temps à venir.
Sitôt la question de l’implication du Pakistan dans l’émergence des talibans soulevée, apparaît en arrière-plan l’ombre des services de renseignements pakistanais. Grands manipulateurs, pouvoir indépendant, menaces pour tout gouvernement… les qualificatifs ne manquent pas. Pour Imtiaz Gul, journaliste pakistanais, l’ISI a principalement apporté une aide logistique aux talibans, surtout dans le domaine de la communication. Selon lui et pour beaucoup d’intellectuels, l’émergence des talibans n’est en rien le fait propre de l’ISI, mais est plutôt liée à la situation interne à l’Afghanistan. Si les accointances entre l’ISI et les talibans sont réelles, elles sont également naturelles, les officiers pakistanais ayant entraîné, sous les bons auspices de la CIA, les moudjahidine lors du jihad contre les...