La Banque centrale européenne (BCE) a grand besoin d’un passage à l’euro réussi pour redorer son blason, car le bilan de l’institution en matière de politique monétaire ou de communication reste bien mitigé après trois ans de fonctionnement. «Il s’agit d’un grand défi. Si cela ne se passe pas bien, c’est contre elle que les gens se retourneront, à tort ou à raison», prévient Rainer Guntermann, analyste de la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein. La Banque centrale a joué un rôle crucial tant de coordination dans les préparatifs logistiques du chamboulement monétaire que de promotion des nouvelles coupures auprès du public. Jusqu’à l’emphase, comme lorsque son président Wim Duisenberg, au bord des larmes, présenta fin août les billets en euro. Sa tâche est appelée à se poursuivre dans les premiers mois de 2002. Il s’agira alors de veiller au bon déroulement du retrait des anciennes monnaies et de leur remplacement par les nouvelles coupures pimpantes. La BCE est attendue au tournant. Son bilan depuis trois ans est en effet terni par la faiblesse chronique de l’euro qui, après un lancement dans l’euphorie début 1999, a perdu un bon quart de sa valeur face au dollar sur le marché des changes. La jeune Banque centrale n’y peut sans doute pas grand-chose, abstraction faite des bourdes de son président ayant contribué l’an dernier à la glissade de la monnaie. Elle s’escrime, un peu dans le vide, à répondre que la valeur «interne» de l’euro, autrement dit le pouvoir d’achat à l’intérieur de la zone euro, est intacte grâce à la maîtrise de l’inflation. Il reste que l’insolente santé du billet vert ne l’a pas aidée à susciter la confiance de 300 millions d’Européens avant le plongeon dans l’inconnu de l’euro. La BCE doit aussi encore convaincre en matière de politique monétaire, surtout en période de conjoncture difficile. «Elle paraît toujours un peu en retard d’un train, dans ce domaine, elle doit encore gagner en crédibilité», estime Rainer Guntermann. Cette année, l’institut monétaire a donné l’impression de réagir de manière décalée face au ralentissement économique mondial, ne commençant à réduire franchement ses taux d’intérêt qu’à la fin de l’été, alors que son homologue américain ouvrait généreusement les vannes du crédit depuis le début de l’année. «La BCE est trop optimiste dans ses prévisions de croissance et trop pessimiste dans ses prévisions d’inflation, ce qui fait qu’elle craint de baisser ses taux», estime Paul Lee-Mortimer, analyste de BNP-Paribas. Sa politique de communication à l’adresse des marchés financiers laisse encore à désirer. «Si vous avez compris ce que je viens de dire, c’est que je me suis mal exprimé » : la célèbre boutade du président de la Fed Alan Greenspan pourrait s’appliquer à la BCE car les déclarations de sa kyrielle de dirigeants tournent souvent à la cacophonie. Une récente étude de la banque Crédit Suisse First Boston montre que les analystes ne réussissent à prédire les décisions monétaires de la BCE que dans seulement 36 % des cas, contre 86 % pour la Fed. À sa décharge, la banque ne fait que s’acquitter du mandat qui lui a été confié par les gouvernements, jugé aujourd’hui trop étriqué par ses détracteurs. Il lui donne pour mission première de contenir la hausse des prix, le soutien à la croissance passant au second plan, contrairement à la Réserve fédérale américaine. Mais elle est moins têtue qu’il n’y paraît. Le 8 novembre, compte tenu du recul de l’inflation, elle a, pour la première fois, aussi clairement invoqué la nécessité de restaurer la confiance pour justifier sa baisse de taux plus généreuse que prévu.
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