Les projets primés par le jury du prix Agha Khan d’architecture visent tous à l’amélioration des conditions de vie. Citons, tout d’abord, celui de la Société de développement et de revitalisation urbaine qui entreprend la réhabilitation de divers sites en Iran, en collaboration étroite avec l’Organisation du patrimoine culturel iranien (ICHO), du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique. Les centres historiques d’Ispahan, de Yazd, de Zanjan, de Tabriz et de Boushehr, regroupant des habitations traditionnelles souvent considérées comme inaptes à répondre aux besoins contemporains, ont profondément souffert de négligence. En 1998, le ministère du Logement et du Développement urbain s’est alors assigné comme but d’acquérir les bâtiments historiques, de les restaurer et même de les transformer de manière à pouvoir accueillir diverses fonctions publiques. À titre d’exemple, on peut citer les bains de Vazir, datant de la période safavide. Ces derniers ont été réhabilités en un Centre pour le développement intellectuel des enfants et jeunes adultes. La haute voûte, ou bineh, qui couvrait à l’origine les vestiaires, est aujourd’hui utilisée comme bibliothèque. La pièce adjacente qui abritait initialement les bains de vapeur, ou garmkhaneh, sert maintenant d’espace de jeu et de lecture. Les espaces qui contenaient à l’origine les bains, ou kazineh, sont utilisés pour des leçons d’art. Pour fournir aux enfants un espace de jeu adéquat, le sol a été recouvert d’un carrelage vernissé. La lumière naturelle pénétrant par les dômes est filtrée par de petites pièces de verre traditionnelles. Une rampe, à l’origine aménagée pour que les animaux puissent s’abreuver à l’eau du puits, a été ingénieusement transformée en un petit auditorium. Des installations modernes d’électricité et de chauffage ont été ajoutées au bâtiment. Tout en combinant le travail d’artisans traditionnels et de matériaux modernes, les changements structurels ont été réduits au minimum. Le jury considère que le programme a redonné de la vitalité aux centres urbains des villes iraniennes et a rehaussé leur caractère architectural. Il a sensibilisé l’opinion à un riche patrimoine culturel, tout en stimulant le secteur privé. Par conséquent, investir dans le délicat tissu historique d’un pays peut être bénéfique pour tous. Il faut citer aussi le Maroc où M. Ali Anahan, a changé la face d’Aït Iktel, village retiré du Haut-Atlas. Le village n’a pas accès à l’électricité. À cause de l’étendue de la sécheresse, les femmes sont contraintes de consacrer plusieurs heures par jour pour aller s’approvisionner en eau à des sources très éloignées. Aussi les objectifs consistent à fournir aux habitants services sociaux et infrastructures de base, tout en mettant sur pied des activités et ce, à des fins économiques. Le projet va être entrepris avec l’entière participation des villageois. Aujourd’hui, l’approvisionnement en électricité fonctionne à raison de quatre heures par jour et, en soirée, les rues sont éclairées. La mise en place d’un réseau qui approvisionne les traditionnelles fontaines de rue permet à la population entière de s’approvisionner en eau. Une nouvelle école enseigne le dialecte berbère et dispense des cours d’arabe et de français. La population féminine, libérée de la lourde tâche qui consistait à aller chercher l’eau, a maintenant accès à l’instruction. Elle a également la possibilité de participer à un atelier de tissage. Une nouvelle bibliothèque a été aménagée et le dispensaire a subi des travaux de remise en état pour être réadapté en centre de santé. Les équipement et les services sont abrités soit par de nouveaux bâtiments utilisant la pierre de la région, soit incorporés dans des constructions déjà existantes du village et caractérisées par différents modes d’utilisation de la pierre. De toutes ces nouvelles structures, la plus symbolique est une seguia, ou canal d’irrigation, d’une longueur de 2,5 kilomètres, qui a contribué à augmenter la surface de terrain irrigable. Devenu un point de repère pour la région, il traverse la vallée sur un pont construit en pierres locales. La construction de deux réservoirs semi-souterrains, harmonieusement intégrés dans le paysage, joue également un rôle important. Aït Iktel démontre comment, à travers diverses interventions architecturales, il est possible pour un village de se mobiliser pour améliorer son présent et assurer son futur. Il sert aujourd’hui de modèle pour les villages voisins. La Nubie s’affiche Les «Architectes aux pieds nus» débarquent de Tilonia, Inde, pour exposer le campus du collège. Un projet sélectionné pour son intégration d’éléments sociaux, écologiques, culturels et éducatifs qui soutiennent le développement rural tout en favorisant les traditions architecturales de la région. Signalons tout d’abord que le projet réunit une main-d’œuvre et des matériaux entièrement locaux. Un bon nombre de femmes du village, travaillant comme manœuvres, ont assuré le transport des matériaux. Par ailleurs, les plans élaborés se basent essentiellement sur le système des cours traditionnelles entourées de patios. En parallèle, les architectes se sont référés au dôme géodésique de Buckminster Fuller pour de nombreuses applications. Aisément fabriqués à partir de déchets métalliques issus de la récupération d’outils agricoles abandonnés, de charrettes et de sections de pompes, ces dômes offrent l’avantage de supporter un poids plus important de chaume que les structures traditionnelles de faible portée . Ce qui rend l’entretien de la couverture plus aisé et en réduit les frais. Par ailleurs, le développement de structures de récolte des eaux pluviales, installées dans le campus et dans des écoles de la région, est aussi à mettre à l’actif du collège. Basées sur des technologies fiables ayant fait leurs preuves, elles recueillent l’eau des toits plats et la canalisent vers des réservoirs. Ce système, peu coûteux, génère une réserve d’eau pour l’année entière. Il a également permis de récupérer des terres jugées inexploitables. En vedette également, la Guinée et plus précisément Koliagbe, où les architectes finlandais Heikkinen et Komonen planchent sur le centre d’aviculture Khere Eila. Le projet est, selon le jury, un exemple rare d’architecture faisant le lien entre différentes cultures et méthodes de construction, tout en respectant et maintenant les caractéristiques du contexte dans lequel il s’inscrit. Son style simple et élégant combine constructions en bois – caractéristique de l’architecture finlandaise – et matériaux locaux, dont les propriétés se retrouvent améliorées grâce à de simples progrès technologiques. À l’affiche aussi, le musée de Nubie à Assouan. Il été conçu par l’architecte Mahmoud el-Hakim et les paysagistes architectes Werkmeister et Heimer. Rappelons qu’une campagne internationale pour la sauvegarde des monuments de Nubie a été lancée en 1960 par l’Unesco. L’organisation en accord avec le gouvernement égyptien avait décidé d’établir à Assouan le musée de Nubie qui abrite la statue de Ramsès II, constructeur du grand temple à Abou-Simbel. Implanté sur un promontoire, il présente une vue sur deux des principales attractions d’Assouan : le cimetière fatimide et l’obélisque encore inachevé. Le musée, qui décline une superficie de 10 000 m2, est entièrement revêtu de granit rose. Un espace d’exposition extérieur, représentant la vallée du Nil, comprend : une grotte abritant des dessins préhistoriques d’animaux; la représentation d’une maison traditionnelle nubienne; un théâtre à ciel ouvert de 500 places et plusieurs tombes dites d’origine fatimide, romane ou copte. Le projet a été sélectionné pour «sa brillante intégration du passé, du présent et du futur, créant un bâtiment unique au service de l’histoire de la Nubie» ; mais aussi pour «la grande qualité de ses matériaux de construction et le soin apporté aux détails». L’Éden pour une poignée de dollars Sur la liste aussi, un village d’enfants SOS, à Aqaba, en Jordanie. Il a été conçu par l’architecte Jafar Tukan et ses partenaires. Plusieurs maisons familiales et des bâtisses de service sont réparties autour d’une «place du village». Les constructions sont reliées entre elles par des chemins pédestres, des jardins et des allées. L’un des aspects les plus novateurs du projet consiste en l’utilisation du revêtement traditionnel, fait de blocs de granit posés de manière aléatoire. Se référant aux quelques rares bâtiments traditionnels encore existants dans la vieille ville d’Aqaba, l’architecte a spécifié que «les pierres ne devaient en aucun cas être débitées et mises en place mécaniquement, mais qu’au contraire elles devaient être conservées dans leur état naturel». Parallèlement, des éléments modernes ont été intégrés, par exemple le remplacement d’éléments structurels en bois par du béton précontraint. À Antalya, en Turquie, l’architecte Ceignez Bektas s’est inspiré du principe de l’agora grecque, du forum romain ou du bazar oriental, pour dessiner le centre social d’Olbia. Ainsi, une série de bâtiments implantés autour d’un axe central font penser à l’organisation du bazar traditionnel . Tout comme les anciennes réalisations d’Antalya, les bâtisses, hautes d’un étage, ont été réalisées en pierres locales. Extraites directement du site lors de l’excavation effectuée aux cours des travaux de fondation, elles ont été débitées grossièrement sur place. Combinées ensuite avec des poutres de béton armé, elles servent de murs porteurs. La structure en bois supportant une toiture recouverte des traditionnelles tuiles rouges de céramique s’inspire de par sa matérialité et les techniques utilisées de l’ancienne industrie navale d’Antalya. Elle traduit un certain sentiment de fierté pour l’histoire et les réalisations de la région. Au pays des mollahs en Iran, un jardin public, Bahg-e-Ferdowsi, a été aménagé. Une réalisation signée Baft et Shahr et sélectionnée pour son «approche novatrice». Le projet a trois buts : contenir le développement urbain de Téhéran; sensibiliser la population à l’importance de préserver la nature et offrir des espaces pour les activités culturelles. L’utilisation créative des matériaux, l’aspect ludique de ses sculptures ainsi que son traitement paysager en font un jardin dans la plus pure tradition régionale. À une époque caractérisée par la culture de consommation, les formes urbaines étouffantes et sans identité aucune, ce jardin public offre une bouffée d’air frais… à 2 700 000 dollars. Et pour finir, virée dans un hôtel de luxe dans l’île de Pulau Lanzkawi, en Malaisie. Datai, un hôtel cinq étoiles, constitue selon le jury «un exemple des confins que peuvent atteindre les architectes et les promoteurs pour créer une symbiose entre la forme construite et le paysage, la tradition et le tourisme, l’architecture vernaculaire et le modernisme». Pour son projet, l’architecte australien Kerry Hill a sélectionné un site d’une surface de 750 hectares, qui englobe une zone de plage et de forêt tropicale encore intacte, ainsi qu’un écosystème fragile comprenant marais et ruisseaux avec une faune et une flore uniques. Le complexe hôtelier implanté sur un promontoire se compose de plusieurs bâtiments disposés librement ainsi que de pavillons et de maisonnettes indépendants. En gros, la construction est une synthèse élégante entre méthodes traditionnelles et contemporaines. Les alignements, les finitions, les jointures et les matériaux se fondent entre eux pour aboutir à un vocabulaire structurel sophistiqué. La qualité des finitions est exceptionnelle pour un pays comme la Malaisie et sert de modèle aux constructions de la région. Programme de soutien aux villes historiques Le Programme de soutien aux villes historiques, lancé en 1992, a pour but de promouvoir la conservation et la réutilisation d’édifices et d’espaces publics de villes historiques dans le monde musulman . Des restaurations de bâtiments et d’espaces publics ont été réalisées dans le nord du Pakistan, à Zanzibar, à Samarkand, au Caire, à Mostar (Bosnie) et en Syrie . Dans plusieurs pays, des sociétés nationales Aga Khan ont été déjà créées . Des institutions internationales , tels le Getty Grand Program, le World Monument Fund, la Fondation Ford, la Banque mondiale, mais aussi des organismes suisses, suédois et norvégiens, ont cofinancé des activités dans le cadre du Programme de soutien aux villes historiques.
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