«C’est une émotion terrible, je n’ai pas encore réalisé». Arrivé le premier au «Café de Flore», Jean-Christophe Rufin enchaîne avec le sourire les interviews quand Martine Le Coz, lauréate du prix Renaudot, le rejoint et s’assoit sagement en attendant son tour. Dans la traditionnelle bousculade qui se déroule au premier étage du café parisien de Saint-Germain-des-Prés, la voix de Jean-Christophe Rufin se fait d’abord entendre par bribes avant que son visage n’apparaisse au milieu des journalistes, photographes et cameramen. Par bribes, il est possible d’entendre : «Le prix va me permettre de faire ce que je veux», «j’écris pour un public large, plus mon livre sera diffusé plus je serai heureux». Quand la bousculade se calme un peu, l’auteur de Rouge Brésil raconte qu’il a voulu évoquer «un pan entier de notre histoire», la conquête du Brésil par les Français au XVIe siècle, une des épisodes les plus méconnues de la Renaissance. Il a voulu «rendre hommage» à travers ses deux héros, Just et Colombe, «à ces enfants qui étaient emmenés de force pour servir d’interprètes auprès des tribus indiennes» (ils apprenaient plus vite que les adultes les langues locales, ndlr). «J’ai voulu rendre hommage aussi à ses Indiens qui sont tous morts et dont les seuls témoignages sur leur vie se trouvent dans des documents du XVIe siècle», a dit Rufin qui a lâché son travail à l’hôpital il y a quatre ans «quand les patients ont commencé à (lui) demander des autographes pour “L’Abyssin”», publié en 1997. «Mais je suis toujours médecin de profession et non écrivain», dit-il en rappelant son séjour «l’an dernier en Albanie». Aujourd’hui, il profite des micros tendus pour demander «un engagement humanitaire plus fort de la France» en faveur des populations afghanes. Quelques vérités à rétablir Quand vient le tour de Martine Le Coz, quelques vérités doivent être rétablies avant toute autre question. – «Est-ce votre premier roman?» lui demande-t-on. – «Non, j’en ai écrit beaucoup». Et elle rappelle ses livres sur Gilles de Rais ou Akhénaton. – «Préparez-vous un autre roman ?» – «Non, pour l’instant je dessine. Je fais beaucoup de portraits d’écrivains», dit-elle avant de lâcher : «Je dédie ce livre à mon mari décédé cette année. J’ai du mal à écrire depuis», explique comme pour s’excuser cette femme frêle de 47 ans, toute de noir vêtue, qui pensait plus jeune «devenir illustratrice». «“Céleste”, c’est la force des sentiments, l’amour et la mort sont portés très haut», raconte-t-elle en rappelant encore que les «vingt dernières pages ont été écrites au moment du départ de (son) mari». Aujourd’hui, elle se sent donc «plus dans une phase de recueillement que de succès», mais accueille avec «grand plaisir» ce prix Renaudot qui récompense «les grands sentiments» et «les sentiments généreux». Jean-Claude Berline, directeur de la communication des Éditions du Rocher, est heureux d’avoir raflé le prix à «galligrasseuil» (les trois maisons d’édition – Gallimard, Grasset et Le Seuil – qui se partagent, notamment avec Albin Michel et Minuit, la majorité des grands prix littéraires d’automne). Pour lui, ce prix récompense «la vocation littéraire» de la maison et concernant Martine Le Coz une «écriture sensible, ciselée et d’une formidable originalité».
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