Miguel Angel Estrella est un remarquable pianiste argentin, formé en grande partie en France, et dont la carrière plus que prometteuse avait été brutalement interrompue par son emprisonnement arbitraire par le pouvoir en Uruguay. Des pétitions avaient été signées par les musiciens du monde entier pour sa libération, et l’enregistrement que nous présentons aujourd’hui restitue un concert public donné à Radio-France en 1971, Estrella était même venu au Liban pour quelques récitals. Il se trouve qu’il joue admirablement du piano. Après une partita en ut mineur d’un classicisme lumineux et serein, il nous offre une sonate en ré mineur de beethoven soulevée, dans son final en particulier, par un souffle dramatique d’une extraordinaire puissance, cependant que les quelques bagatelles de Bartok (quel dommage qu’elles ne figurent pas toutes ici, en lieu et place des sonatines assez quelconques de Tauriello !) lui permettent de mettre en valeur des ressources hors du commun en matière de toucher et de couleur sonore. Un disque qui n’a nul besoin de s’appuyer sur un prétexte politique pour s’affirmer comme une grande réussite artistique. Aujourd’hui, Estrella est sorti bien-sûr de prison. Je suis certain que Miguel Angel Estrella, qui aimait aller porter Bach, Beethoven ou Mozart aux travailleurs, aux paysans, aux Indiens de la Cordillère, qui estime que le message des grands musiciens classiques n’est pas d’une essence différente, ni moins universel, que celui des chanteurs populaires, conçoit de cette manière le combat qu’on a mené autour de son sort : un artiste véritable, porte-parole d’un message de beauté et d’amour universel, ne peut que se vouloir également le porte-parole de ses innombrables compagnons d’infortune, qui furent victimes, comme lui, de l’arbitraire de la violence ! On raconte qu’un jour, pendant la semaine sainte, Estrella et ses amis ont chanté sur une musique improvisée des extraits de l’Évangile selon saint Jean avec l’aumônier du camp. Le texte a été jugé subversif par le chef, et il a demandé de qui était ce texte. On lui a répondu d’un certain Jean. On dit que le chef est toujours à la recherche de Jean !
Miguel Angel Estrella est un remarquable pianiste argentin, formé en grande partie en France, et dont la carrière plus que prometteuse avait été brutalement interrompue par son emprisonnement arbitraire par le pouvoir en Uruguay. Des pétitions avaient été signées par les musiciens du monde entier pour sa libération, et l’enregistrement que nous présentons aujourd’hui restitue un concert public donné à Radio-France en 1971, Estrella était même venu au Liban pour quelques récitals. Il se trouve qu’il joue admirablement du piano. Après une partita en ut mineur d’un classicisme lumineux et serein, il nous offre une sonate en ré mineur de beethoven soulevée, dans son final en particulier, par un souffle dramatique d’une extraordinaire puissance, cependant que les quelques bagatelles de Bartok (quel dommage...
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