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Actualités - Reportages

médecine - Charbon et bioterrorisme - -

La psychose du Charbon est entretenue par le manque d’information sur la bactérie responsable. Il est urgent d’informer le public sur les circonstances d’apparition de cette maladie. La maladie appelée Charbon (Anthrax en anglais) est due à un microbe appelé Bacillus Anthracis (BA). Ces termes se réfèrent à l’escarre noire qui apparaît sur la peau de la personne atteinte par cette maladie. Le bacille responsable de cette maladie a 3 caractéristiques qui expliquent l’intérêt porté à lui dans la guerre bactériologique : 1 - il est entouré d’une capsule qui retarde sa phagocytose par les globules blancs 2 - il secrète une toxine puissante, qui paralyse les vaisseaux, appelée par certains «poison vasculaire» 3 - dès qu’il est à l’air, au lieu de mourir, il se transforme en une spore extrêmement résistante à toutes les conditions atmosphériques. Cette maladie est ancienne et elle frappe les animaux, surtout les herbivores (mouton, chèvre, vache, cheval, hippopotame…) plus que les hommes. Cette forme zoonotique est citée dans la Bible, dans le chapitre sur l’Exode où il y a une référence à une maladie qui a décimé le cheptel égyptien et qui, d’après la description qui en est faite, devait être le Charbon. Les travaux de Pasteur à la fin du 19e siècle ont permis d’établir la virulence du bacille responsable de la maladie et de trouver le premier vaccin contre elle. Le Charbon animal Dans sa forme animale, la maladie a un cycle connu. Un herbivore broute l’herbe dans un champ souillé de spores. Il est piqué par une épine, la spore entre par l’endroit piqué, elle arrive aux ganglions où elle se transforme en microbe virulent (forme végétante) qui commence à pulluler et à sécréter sa toxine létale qui tue l’animal très vite, souvent en 24 heures. Si l’animal n’est pas immédiatement incinéré et surtout s’il est abattu, son sang, sa peau et plus tard sa carcasse vont être pleins de spores et le sol lui aussi va se repeupler de spores. D’autres animaux risquent ainsi de se piquer et d’attraper la maladie de la même façon et le cycle animal-sol-animal continue. Les spores, lors de la saison des pluies, sont entraînées à une profondeur qui ne dépasse pas les 6 cm. Aux saisons de sécheresse, le labourage ou les vers de terre les ramènent à la surface. Ces champs souillés de spores le restent éternellement, et ont dû exister de tout temps. En France, par exemple – les bergers les connaissent – ils les appellent «champs maudits» – et détournent d’eux leurs troupeaux. Le Charbon humain Comment l’homme attrape-t-il la maladie ? D’abord et surtout au niveau de la peau s’il y a une abrasion et un contact avec les spores provenant de la manipulation de l’animal atteint ou de ses viscères ou de sa peau (bergers, tanneurs, bouchers). Ce «Charbon cutané» représente 95 % des cas. Il est en général facile à guérir par les antibiotiques si on le traite tôt, ce qui est le cas souvent parce qu’il est superficiel et facile à diagnostiquer. Entre 20 000 et 100 000 cas de «Charbon cutané» sont rapportés annuellement selon l’OMS, venant presque tous d’Afrique, d’Asie, de quelques pays méditerranéens et de la Russie… En Europe et en Amérique du Nord, les cas rapportés sont sporadiques et les médecins ne sont nullement familiers avec cette maladie. Un cas anecdotique rapporté au Canada il y a deux décennies concernait 13 cas de Charbon de la face uniquement chez des hommes. Après une enquête poussée, ils se sont révélés secondaires à l’utilisation pour le rasage, de blaireaux dont les crins provenaient de la queue d’un cheval qui était mort de Charbon longtemps avant. Au Liban, le «Charbon cutané» existe d’une façon sporadique. Tous nos cas sont guéris. Le «Charbon pulmonaire» représente 4 % des cas. Il est le plus grave ; il succède en général à l’inhalation de spores lors des manœuvres textiles sur des bêtes atteintes. C’est sur cette forme de Charbon par inhalation que travaillent les bioterroristes. Il n’y a pas eu, à notre connaissance, de cas de «Charbon pulmonaire», rapporté au Liban. Le «Charbon digestif ou intestinal» ne représente que 1 % des cas. Il est très grave lui aussi et c’est cette forme rare que nous avons découverte à l’état endémique à la Békaa dans les années 50. Il est à noter que quelle que soit sa forme, le Charbon ne se transmet pas d’homme à homme. Il se transmet normalement de l’animal atteint à l’homme. Il faut donc couper le cycle chez l’animal en vaccinant le bétail et en incinérant les bêtes atteintes, ce qui suppose le contrôle des abattoirs, l’interdiction de l’abattage clandestin et l’éducation du public. L’application de ces mesures avait abouti à la disparition presque totale du Charbon sous toutes ses formes en Europe et en Amérique du Nord. Le Charbon intestinal au Liban En 1960, nous avons rapporté à l’Académie de chirurgie de Paris et dans deux revues étrangères notre expérience unique de cette forme de Charbon. Plus d’une centaine de cas ont été observés, dont 71 cas personnels rapportés dans un livre de chirurgie (Surgery for All) dédié aux médecins du tiers-monde. La plupart provenaient du caza de Baalbeck-Hermel où le pâturage dans certains champs, maintenant connus par les bergers, donnait lieu à la mort sporadique de quelques bêtes. Les bergers voyant dans leur troupeau une bête (chèvre ou agneau) qui traîne savent qu’elle va mourir. Ils se précipitent alors pour l’abattre pensant, selon une coutume locale, que la bête qui se vide de son sang vicieux est purifiée et devient comestible. Ils notent aussi que la rate est grosse et ils l’enlèvent et la jettent. Ils appellent d’ailleurs cette maladie : «Marad el-Tahal» (maladie de la rate). Les autres viscères y compris le foie sont consommés ; s’ils sont bien cuits, la spore est tuée et il n’y a pas de risque, mais quand ils sont consommés crus ou insuffisamment cuits, ils peuvent donner le «Charbon intestinal», maladie très grave mais potentiellement curable par les antibiotiques et surtout par l’excision du segment malade, alors que dans le «Charbon pulmonaire» rien ne peut être excisé pour aider les antibiotiques. Grâce à cette expérience, nous savons qu’il y a au Liban des sols contenant des spores charbonneuses et, comme partout ailleurs dans le monde, on ne peut les éradiquer par aucun moyen mais leur danger réside dans l’entretien de la maladie chez le bétail. Elles ne devraient pas être dangereuses pour l’homme si une éducation sanitaire minimale est faite, ce qui a été déjà réalisé à la Békaa où la maladie a presque disparu. L’histoire de cette endémie avait été rapportée dans L’Orient des années 60 par son chroniqueur médical de l’époque le Dr Najib Taleb, sous le titre Découverte d’un foyer de Charbon dans la Békaa. Ceux qui avaient lu seulement le titre ont pensé qu’il s’agissait d’une mine de Charbon... Ceux qui avaient lu tout le texte ne se sont nullement inquiétés de cette maladie rurale historique et rare. À l’époque, le BA avait été découvert dans le laboratoire central par le Dr Joseph Hatem et l’intérêt de la résection de l’intestin malade par le Dr Ernest Hélou. Historique du bioterrorisme Quant à l’histoire du bioterrorisme, elle n’a pas commencé durant le dernier demi-siècle. Au Moyen-Âge, des cadavres pourris étaient jetés dans les puits alimentant la population civile ou les armées ennemies. Durant le siège de Kaffa (appelée aujourd’hui Feodossia en Ukraine), les attaquants tatars, qui avaient dans leurs rangs quelques cas de peste, catapultèrent des cadavres pestiférés sur la cité, déclenchant une épidémie qui obligea les assiégés à se rendre... L’histoire du bioterroirisme moderne est plus confuse à cause des impératifs de discrétion ou des allégations de propagande et à cause de la difficulté qu’il y a à distinguer entre résultats d’une attaque délibérée et endémie naturelle... Dans l’ère moderne, les recherches sur l’Anthrax comme arme bactériologique remontent à plus de 80 ans. Les Allemands durant la Première Guerre mondiale commencèrent un programme expérimental utilisant le Charbon sur des chevaux et des mulets, mais il n’y eut pas application sur le terrain. Le Japon entreprit dans les années 40, dans la Mandchourie occupée, des recherches sur des prisonniers de guerre infectés par le Bacilles Anthracis. Dix mille prisonniers chinois en sont morts. Les participants à ce programme furent capturés par l’URSS et avouèrent l’attaque bactériologique de 11 villes chinoises surtout par le B. Anthracis. La Chine a prétendu par la suite que des participants japonais à ce programme ont été libérés et protégés par les USA en échange de leur expertise. Durant la guerre de Corée, il y eut des allégations de la part de la Chine et de la Corée du Nord sur l’utilisation d’armes bactériologiques par les USA. Les Américains nièrent et une commission de l’OMS et de la Croix-Rouge devait enquêter sur ces allégations, mais il n’y a pas eu d’autorisation d’inspection. Les Soviétiques avaient aussi plusieurs centres de recherches dont le plus connu est celui de Sverlodsk où il y eut, en 1979 à la suite d’une fuite «aérosolée», 79 cas de Charbon dont 68 mortels. Les Anglais, durant la Deuxième Guerre mondiale, aspergèrent de spores Charbonneuses une île appelée Gruinard située au nord-ouest de l’Écosse. Cette île est toujours infestée de spores et s’appelle maintenant «Anthrax Island». Elle est toujours interdite aux touristes et au bétail. Les Allemands, durant la Deuxième Guerre mondiale, ne se sont pas intéressés aux armes bactériologiques. Ils se sont contentés d’envoyer des équipes infecter du bétail roumain destiné aux Soviétiques et du bétail argentin destiné aux USA, mais les effets furent minimes. Les USA avaient avant 1969 un programme de guerre bactériologique offensive qui a comporté des «simulant test» d’aérosolisation de germes non pathogènes pour étudier comment réussir la dispersion et la diffusion dans le cas éventuel d’utilisation de spores charbonneuses. Le président Nixon mit fin, en 1969, au programme bactério-offensif, mais on a maintenu le programme bactério-défensif. On pense qu’il existe actuellement 17 pays détenant des armes bactériologiques offensives dont l’Irak (Rapport d’inspection de l’Onu UNSCOM). Usage récent de l’Anthrax La guerre bactériologique a la réputation d’être bon marché par rapport aux armes conventionnelles et nucléaires. C’est la raison pour laquelle elle risque d’être une arme potentielle chez les États pauvres et chez les groupes terroristes isolés. Les USA ont arrêté leur programme en 1969, les Soviétiques puis les Russes l’ont beaucoup allégé par la suite. On soupçonne les «Grands» de compter sur leurs armes nucléaires pour dissuader ou punir les États «bioterroristes». Mais les groupes terroristes isolés, eux, ne sont pas facilement identifiables. Ils ont donc un champ de manœuvre plus large ; ils sont moins vulnérables sauf si on réussit à leur «coller» un État protecteur. La forme d’Anthrax la plus bioterroriste est la forme pulmonaire ou inhalatoire. Il s’agit d’avoir des spores, de savoir les pulvériser, «les aérosoliser» pour qu’ils pénètrent facilement dans les poumons. Les étapes sont les suivantes : «Obtention de germes». L’ambiguïté entourant l’utilisation scientifique et/ou militaire des germes facilite leur obtention. En 1986, une firme américaine a vendu d’une façon légale trois types d’Anthrax à l’université de Bagdad. Le sol qui contient des spores n’est pas facilement utilisable par les terroristes. Donc le Charbon libanais n’est pas exportable à partir de nos îlots de sol contaminé. Par contre, le sang et les carcasses de bêtes mortes de Charbon pullulent en spores, et les laboratoires «engagés» dans le terrorisme peuvent les obtenir. Le BA est également stocké dans des centres de recherche de pays issus de l’éclatement de l’URSS et on ne sait pas quel usage en a été fait ces dernières années. «Transformation du BA» en arme militaire (Weaponizing). Le germe produit en quantité doit être transformé en un produit «respirable» en général «sous forme de poudre» et cette étape est une des plus difficiles et des plus dangereuses à cause des fuites. La forme liquide est plus facile à stocker. Il y a moins de risque de fuite ; mais elle n’est pas pratique pour l’utilisation à but inhalatoire. La dernière étape est la «dispersion» du germe, en général, sous forme d’aérosols véhiculés à travers des circuits d’air, des souffleurs, des boîtes de spray de tout genre y compris de parfums ou pour le grand terrorisme à partir d’avions agricoles. Divers scénarios ont été imaginés ou même réalisés par des farceurs ou dans des simulacres d’attaque. Le grand journal médical américain Jama a rapporté en 1999 plusieurs cas d’alerte au Charbon sous forme de lettre envoyée avec ou sans poudre avec ou sans préavis. Ces cas se sont révélés être de fausses alertes mais ils ont permis de codifier les mesures à prendre : – Mettre la lettre suspecte dans un sac en plastique hermétiquement fermé et l’envoyer au FBI qui le dirige au laboratoire. – Ôter ses habits et les mettre dans un sac en plastique et ne plus les porter jusqu’au résultat de l’examen bactériologique. Se doucher immédiatement. – Essuyer à l’eau de Javel le bureau sur lequel l’enveloppe a été déposée. – Prendre ou non une Chémoprophylaxie au Ciproflaxacine (Cipro). L’impression qui se dégage actuellement est que des attaques limitées à des personnes vivant dans la même institution (mini-terrorisme) sont possibles et commencent à être pratiquées. Par contre, l’utilisation à grande échelle pour une destruction de masse n’est pas facile pour les groupes terroristes. Elle est possible pour un État avec des missiles appropriés, mais la riposte nucléaire offre une dissuasion suffisante qui fait réfléchir avant son utilisation. Signalons à ce sujet qu’en 1970, un comité d’experts de l’OMS a estimé que 50 kilos de spores charbonneuses larguées par un avion sur un centre urbain de 500 000 habitants peuvent tuer ou «incapaciter» 220 000 personnes ; mais cela suppose un vent favorable, un largage sur 2 kilomètres et des conditions météorologiques idéales permettant au nuage «biologique» de faire plus de 20 kilomètres. Le consensus actuel est que le risque du bioterrorisme ne doit pas être surestimé mais n’est pas non plus négligeable. Les mini-attaques (mini-terrorisme) ont un effet limité sur le nombre de personnes atteintes mais leur impact psychologique et psychosocial allant de la psychose à la panique reste considérable. Signalons pour terminer l’effet probablement néfaste des scénarios de simulation susmentionnés sur l’imagination des terroristes tout comme l’ont peut-être été les films catastrophes de Hollywood. Il est également regrettable de constater que si les pratiques biomilitaires du Moyen Âge étaient empiriques et n’avaient pas beaucoup besoin des médecins, le bioterrorisme moderne n’a pu se matérialiser sans la participation ou la complicité de professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, biologistes, techniciens de laboratoires...) pourtant assujettis de par leur serment à éradiquer le mal et non à le propager.
La psychose du Charbon est entretenue par le manque d’information sur la bactérie responsable. Il est urgent d’informer le public sur les circonstances d’apparition de cette maladie. La maladie appelée Charbon (Anthrax en anglais) est due à un microbe appelé Bacillus Anthracis (BA). Ces termes se réfèrent à l’escarre noire qui apparaît sur la peau de la personne atteinte par cette maladie. Le bacille responsable de cette maladie a 3 caractéristiques qui expliquent l’intérêt porté à lui dans la guerre bactériologique : 1 - il est entouré d’une capsule qui retarde sa phagocytose par les globules blancs 2 - il secrète une toxine puissante, qui paralyse les vaisseaux, appelée par certains «poison vasculaire» 3 - dès qu’il est à l’air, au lieu de mourir, il se transforme en une spore extrêmement...