Des responsables de la communauté noire américaine ont affiché leur déception après l’annonce du secrétaire d’État Colin Powell de ne pas se rendre à la conférence mondiale sur le racisme de Durban, en Afrique du Sud. La décision du chef de la diplomatie américaine, premier Noir à ce poste, a été motivée par son refus de voir cette réunion se transformer en tribune explicitement anti-israélienne, sur fond des violences entre Israël et les Palestiniens, un argument qui n’a pas convaincu les Noirs américains. «Ne pas participer à cette conférence revient à ne pas saisir la chance de conduire le monde vers plus de justice raciale et vers une cohabitation multiculturelle», a affirmé le révérend Jesse Jackson, meneur de la lutte pour les droits des Afro-Américains. M. Jackson s’est envolé mardi pour Durban, accompagné de sa femme Jacquie et de six collaborateurs. «L’ironie du boycott de la conférence par Bush et de son refus d’autoriser Colin Powell à s’y rendre est qu’il s’exclut de la direction du monde sur la question de la justice raciale, alors que les États-Unis ont réellement quelque chose à offrir en la matière», a-t-il ajouté devant des journalistes. Le représentant démocrate noir de Géorgie (sud) John Lewis a de son côté jugé qu’en considérant «l’histoire de notre pays, il est important qu’à chaque fois que nous avons une conférence internationale de cette nature, nous y prenions part». «Nous n’avons pas à avoir honte. Nous n’avons rien à craindre. Nous pouvons profiter des enseignements du reste du monde», a-t-il dit dans un communiqué. Le directeur du «Leadership Conference on Civil Rights», Wade Henderson, s’est lui aussi dit «profondément déçu par le fait que M. Powell ne conduira pas la délégation américaine». «C’est une occasion manquée pour l’Administration américaine de partager sa connaissance en matière de lutte contre la discrimination raciale», a affirmé M. Henderson, qui considère que les États-Unis ont des choses à apprendre d’autres pays «pour améliorer les relations entre les races» aux États-Unis. «Il aurait dû s’y rendre», a tranché Michael McClintock, directeur adjoint de l’organisation Human Rights Watch, dont le siège est à New York, estimant par ailleurs que M. Powell voulait «probablement» aller à Durban «mais qu’on l’a mis en garde» devant les conséquences d’une telle démarche. Les prises de positions des Noirs américains contrastent singulièrement avec celles des dirigeants de la communauté juive, ouvertement satisfaits de la décision de M. Powell. «Un message clair signifiant que les États-Unis n’accorderont aucune légitimité à des tentatives de faire ressurgir des mensonges anti-israéliens et antijuifs», s’est félicité Abraham Foxman, directeur de l’Anti-Defamation League (ADL). Pour pallier l’absence de M. Powell, Washington pourrait choisir d’être représenté par des diplomates, où bien se contenter d’un statut d’observateurs, voire boycotter totalement la conférence.
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