Prenez une poignée de chocolat, beaucoup de savoir-faire, mélangez avec douceur, saupoudrez de sucre, rajoutez une pincée de cannelle et vous aurez la recette d’une réussite très féminine. Colette Yared Haddad. Oui, elle est bien la sœur de... D’ailleurs, ses filles s’appellent Danièle et... Gabrielle. Et oui, elle a un grand penchant pour la cannelle en particulier et toutes les gâteries en général. «Je ne conçois pas la journée sans sa petite dose de plaisir». Elle tient même à ajouter : «Un des plus grands plaisirs de la vie est celui que l’on peut prendre tout seul !». Colette n’a pas la langue dans la poche. Ses plaisirs, qu’elle partage pourtant au quotidien, elle les connaît bien et les étale clairement. Plaisirs interdits, dangereux, la cigarette qu’elle ne lâche pas un instant, «ça ne m’intéresse pas de savoir combien je fume, j’arrêterais de fumer à ma mort !», et le café automatiquement renouvelé toutes les demi-heures très précisément. Et celui affiché, aujourd’hui applaudi par de nombreux adeptes, le péché de la gourmandise. On lui pardonne puisqu’il s’agit aussi du nôtre, qu’elle comble pour le plaisir et parce que cela fait partie de son métier. Des entrées en tout genre aux pâtisseries, Colette Haddad propose à nos palais impatients une visite guidée à suivre les yeux fermés. Le visiteur transformé en Alice aux Pays des Merveilles en ressort avec une seule envie : encore plus. Femme de tous les extrêmes, aujourd’hui plus assagie, «je suis une femme de tête, j’étais bien plus impulsive, la vie a beaucoup émoussé cette passion mais a développé autre chose», décidée, Colette a pensé le projet de «Cannelle» en 1992, un «traiteur à la française», après avoir voulu ouvrir un... centre d’amaigrissement ! Et après avoir tâté de nombreux métiers, escales de quelques mois dans une vie chargée. Le prêt-à-porter, la décoration, «ce n’était pas mon truc !». Son truc, c’est le bon. Si en plus il peut être beau, elle en serait ravie. Une amie qui la connaît bien semble-t-il aurait dit d’elle un jour : «Colette aime tellement le sucre qu’elle s’est arrangée pour ne jamais en manquer !». Le hasard aidant, elle est arrivée petit à petit à adoucir sa vie. « En 1984, une connaissance qui avait un restaurant m’a proposé de le prendre en charge et de le transformer en salon de thé. Là, j’ai découvert qu’en manipulant des recettes de gâteaux, je m’amusais beaucoup et j’arrivais à sortir de bonnes choses.» Colette voguera sur ces eaux douces de nombreuses années avant d’entamer son projet personnel, avec l’aide de son associé Daniel Haddad. «J’ai laissé tomber le côté salon de thé qui ne m’allait pas du tout ! J’avoue que j’ai été très culottée au départ. Je n’ai pas vu le danger». Énorme pari pour une femme qui confesse : «Nous avons commencé d’une manière très artisanale. C’est un peu comme si on recevait à la maison, en élargi». élargi grâce à la présence de chefs français et d’une équipe, entièrement dévoués à la bonne cause, «nous avons tous été pris par la folie du travail. Nous n’avions pas d’horaires» et grâce, bien sûr, à cette touche féminine à laquelle il faut rendre justice, celle qui remarque les plus petits détails qui changent tout, les maladresses à rattraper, les attentions qui font plaisir. «Je suis dans la tête de la femme qui fait sa commande. Je suis à sa table ! Je fais même partie des confidences du lendemain, je partage les dessous des dîners, dans les coulisses.» La femme de tête qui gère aujourd’hui plus de trente-deux employés dans son «laboratoire» de succès, au chocolat ou autre, gère également sa vie familiale avec l’art d’un acrobate qui jongle entre les deux. «Ce métier est très familial et va bien avec une vie de famille ; il est compatible avec la présence des enfants». Car Colette, toujours aussi culottée, a même eu le temps, cerise sur son gâteau personnel, d’avoir, après Marc, 27 ans, né d’une première union, Danièle, onze ans, et Gabrielle, cinq ans. «Le bonheur de travailler, d’élever ses enfants, de vivre est un tout. Si je pouvais, j’en aurais un quatrième !». En attendant, elle continue de fabriquer de nouvelles recettes, de nouvelles présentations, comme pour confirmer ce qu’elle aime bien répéter : «Je n’ai pas la grosse tête, je crois que l’on peut toujours faire mieux».
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