Le camp de la paix en Israël a commencé à sortir de son abattement en rassemblant samedi soir à Tel-Aviv, pour la première fois depuis le début de l’intifada, une dizaine de milliers de manifestants opposés à l’escalade militaire israélienne. «Nous avons été les premiers surpris par l’ampleur de la manifestation, alors que le camp de la paix est quasiment paralysé depuis le déclenchement de l’intifada (en septembre) face au déferlement de violences», a déclaré l’un des organisateurs, l’universitaire Aryeh Arnon. «Cette manifestation traduit le sentiment que le gouvernement d’union nationale dirigé par Ariel Sharon conduit le pays au désastre, puisqu’il n’offre aucune perspective de paix aux Palestiniens», souligne cet économiste de l’université de Beer Sheva (sud d’Israël). Il lie cette manifestation à la reprise des contacts entre des intellectuels et des politiciens israéliens du camp de la paix et des responsables palestiniens qui ont abouti en juillet à un appel commun dressant les grandes lignes d’un règlement de paix. Mais il reconnaît que le camp de la paix est encore minoritaire et que le chiffre de 10 000 manifestants est faible comparé aux rassemblements de la droite et même à ceux des pacifistes lors des années précédentes. Le ministre palestinien de l’Information Yasser Abed Rabbo a réservé dimanche un accueil favorable à cette manifestation, affirmant que l’Autorité palestinienne l’avait «apprécié». Ce rassemblement «montre qu’il y a encore un espoir. Ce camp de la paix qui a manifesté hier (samedi) est un partenaire et, ensemble, nous travaillerons pour poursuivre le processus que nous avons entamé en vue d’un paix durable», a-t-il dit, lors d’une conférence de presse. Sur le plan parlementaire, le camp de la paix s’appuie sur une trentaine de députés (sur 120), dont dix députés des listes représentatives de la population arabe. La manifestation s’est tenue devant le ministère de la Défense, à l’appel du mouvement anticolonisation La paix Maintenant. Les slogans criés par les manifestants étaient aux antipodes de la politique prônée par Ariel Sharon : «Non à une guerre inutile contre les Palestiniens», «Nous ne voulons ni tuer ni mourir pour des colonies». Elle avait débuté par une procession aux flambeaux de la place de Tel-Aviv où l’ancien Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin avait été assassiné en novembre 1995 par un extrémiste juif en raison de sa politique de paix envers les Palestiniens. L’ancien ministre travailliste Yossi Beilin, l’un des artisans des accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) et le député Yossi Sarid, chef du parti Meretz, opposition de gauche, ont notamment participé au rassemblement. «La liquidation d’activistes palestiniens est la seule politique du gouvernement et elle ne mène nulle part», a déclaré à la tribune M. Sarid. Il a par la même occasion appelé les Palestiniens «à la modération» et les a mis en garde contre la poursuite des attentats en Israël. Cet avis est partagé par M. Arnon qui souligne que «l’opposition aux opérations de liquidations grandit en Israël, non point pour de raisons morales, mais parce qu’elles provoquent des réactions sanglantes des Palestiniens et frappent des civils innocents et des responsables politiques». Israël a tenté samedi de liquider un activiste palestinien faisant fi du tollé international et des critiques des États-Unis, son principal allié, après l’attaque meurtrière de Naplouse qui avait fait mardi 8 tués, dont 6 activistes du mouvement islamiste Hamas et 2 enfants. Le 18 juillet, le cabinet israélien de sécurité avait donné son feu vert à la poursuite de la politique «d’interception de terroristes», qui s’est traduite par la liquidation depuis novembre de plus de cinquante activistes palestiniens.
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