L’un des cadres techniques du cabinet reconnaît volontiers, dans ses assises privées, que le compte à rebours pour le lancement de la fusée baptisée redressement économique n’a toujours pas commencé. Et il impute paradoxalement ce retard à l’allumage à divers détonateurs régionaux ou internes de puissance variée. Dont certains, comme les critiques des adversaires de Rafic Hariri, ne seraient que de vulgaires pétards mouillés, aux dires de ce ministre artificier. Qui insiste en revanche sur les progrès réalisés au cours des dix derniers mois en matière de législations ou de dispositions libérales autant que libératoires. Citant à ce propos la défiscalisation douanière et le coup de balai à Télé-Liban ou à la MEA. Le début d’éclaircie, note cette personnalité, reste cependant insuffisant car les zones d’ombre, au Sud comme à l’intérieur, restent par trop pesantes. Dans l’ensemble, enchaîne cet avocat d’une cause qui ne s’avoue pas perdue, «l’essentiel était d’inverser la tendance de crispation, de blocage et de paralysie économique initiée par l’équipe qui nous a précédés. En effet, croyant bien faire sans doute, et dans l’illusion vite démentie de réfréner la course à l’endettement, le gouvernement Hoss avait appliqué une politique d’austérité et de compression des dépenses. Le seul résultat obtenu a été de plonger le secteur privé, privé d’investissements ou de fonds de soutien publics, dans le plus profond des marasmes. D’autant que les droits, douaniers ou autres, restaient trop lourds pour encourager la production, le commerce, le tourisme ou les services. Nous avons rouvert le sas et le chantier de reconstruction comme du développement rentre de nouveau dans le domaine de la faisabilité, même s’il n’est pas encore vraiment mis sur rails». Du train de sénateur où vont les choses, on peut douter que le convoi ne sorte jamais de la gare. Mais le ministre cité se veut résolument optimiste. En relativisant de son mieux les surcharges qui entravent l’élan salvateur. Il affirme en effet que l’un des obstacles majeurs, à savoir l’énorme retard pris dans l’adoption du budget général pour l’année en cours qui n’a été voté qu’en juin, est maintenant levé. Et d’expliquer que sous le régime du douzième provisoire appliqué les mois précédents, il n’était pas possible d’engager des crédits pour des projets ni de rembourser les entrepreneurs et autres créanciers ponctuels du Trésor pour qu’ils puissent eux-mêmes retravailler. Autrement dit, il n’était pas possible d’injecter des fonds sur la place pour qu’elle redémarre son activité de croissance. Ce ministre souligne que le changement de cap au Liban a malheureusement coïncidé avec l’avènement de Sharon, dont la seule menaçante présence a dissuadé les investisseurs pressentis. Du même coup, le programme de privatisations a dû être gelé, les repreneurs potentiels ne se pressant guère au portillon. Cependant, sur ce plan précis, la précipitation n’aurait sans doute pas été payante. Car le temps perdu, ou gagné, a permis à la Banque mondiale d’étudier à fond le dossier et de prodiguer au gouvernement libanais de judicieux conseils concernant le meilleur moyen d’exploiter la cession à des pools privés d’une partie de secteurs juteux comme l’électricité, le téléphone ou l’eau. Dans le même sens, le pouvoir s’est donné le temps de consulter nombre d’experts mondiaux sur plusieurs autres problèmes capitaux, comme la réforme de l’Administration, instrument indispensable pour toute relance économique. De même, ajoute et conclut ce ministre, M. Hariri a eu le loisir de se faire une idée bien plus précise des assistances sur lesquelles il faudra insister lors de la conférence donatrice de Paris II. Parallèlement, alors que l’on se plaint de plus en plus de l’électricité, le département des télécoms commence apparemment à mieux se porter. Le ministre concerné, M. Jean-Louis Cardahi, applique en effet un plan global de correction de trajectoire, qu’il a fait approuver par le Conseil des ministres. Et qui permet de limiter le gaspillage, le vol, le piratage ou les lacunes de perception des quittances. Ce programme d’ensemble inclut en outre, on le sait, la redéfinition de l’exploitation de la téléphonie mobile, qui devrait rapporter des centaines de millions de dollars supplémentaires à l’État. La téléphonie ordinaire devant devenir bien plus rentable, estime le ministre. Après la création de Liban-Télécom.
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