Il a fallu dix-huit années de travail à l’ingénieur agronome Hassane Makhlouf pour achever son projet de recherche concernant les cultures de substitution au cannabis et au pavot. Un projet qui redonne à l’agriculteur libanais dignité et sécurité, car il lui permet de cultiver ses terres de manière décente et de rester dans son village parmi les siens, au lieu d’aller mendier des emplois incertains dans les villes. Un projet qui a été encouragé par le ministère de l’Intérieur, mais qui se heurte aujourd’hui à l’inertie et l’indifférence du ministère de l’Agriculture. Démarré à ses propres frais par l’ingénieur agronome, le programme semble aujourd’hui intéresser les ONG européennes et américaines qui ont manifesté un intérêt particulier pour son financement, à hauteur d’un million de dollars par an (voir L’orient-le jour du jeudi 3 mai dernier). Si le projet des cultures de substitution donne une véritable note d’espoir aux agriculteurs, c’est parce que les essais personnellement entrepris par M. Makhlouf auprès de 1 500 paysans, dans la Békaa et le Hermel, se sont avérés jusque-là concluants. Essais qui ont été rendus possible grâce aux dons et aides des pays étrangers. En effet, la Syrie, la Bulgarie, l’Espagne, les États-Unis, la France et l’Italie ont offert des milliers de plants, pousses et bulbes, ainsi qu’une aide logistique non négligeable, permettant la culture de près de 1 300 hectares. Appliqué dans son intégralité, sur 40 000 hectares de terre, ce projet pourrait rapporter non moins de 500 millions de dollars annuellement, pour un investissement total de 10 millions de dollars. Il préconise la culture d’herbes aromatiques comme le safran, la câpre, le sumac, de plantes oléagineuses tels le colza, le tournesol, le soja, le carthame et l’amarante, et de cultures écologiques stratégiques qui empêchent la désertification des terres, comme le jojoba, la pistache, la noisette, la châtaigne et le guayulé. Quant aux méthodes appliquées pour ces cultures, elles sont détaillées dans Cannabis et pavot au Liban, choix de développement et cultures de substitution, publié par Hassane Makhlouf aux éditions l’Harmattan. Le projet des cultures de substitution est actuellement le seul qui ait fait l’unanimité des paysans et qui pourrait les convaincre d’arrêter les cultures illicites. Car il constitue un moyen pour la région de se développer de manière durable, créant de nombreux emplois et envisageant la construction d’une chaîne économique locale et nationale. De plus, ces cultures sont faciles à travailler et leur marché intéressant. Même s’il est entièrement financé par les ONG, ce projet doit nécessairement être accompagné de mesures de développement de la région. Encore faudrait-il que l’État se décide à s’intéresser au sort de ses agriculteurs.
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