Rechercher
Rechercher

Actualités - Book Reviews

Prévisions sur la médecine du XXIe siècle

Dans l’histoire des hommes, le XXe siècle marque une grande étape. À côté des guerres et des génocides, les progrès scientifiques accomplis et les performances ont réussi, pour la première fois, à modifier les perspectives mêmes de la vie sur la planète. De 45 ans, où elle fut en 1901, l’espérance de vie est de 74 ans chez les hommes et de 82 ans chez les femmes à présent dans les pays avancés. La mortalité infantile est tombée de 150 sur 1 000 à 6 sur mille, et la période active de la vie humaine ne s’arrête plus aux abords de la cinquantaine mais un bon quart de siècle plus tard... Ces performances, toutefois, ont fatalement entraîné un vieillissement progressif de la population dans les pays développés, surtout, et une alarmante surpopulation sur le globe. De 1,5 milliard d’individus, au début des années 1900, nous sommes à 6 milliards aujourd’hui, et la perspective de 9 milliards au milieu du XXIe siècle est plus qu’une probabilité imaginaire. Selon le Pr Maurice Tubiana, directeur honoraire de l’Institut de Villejuif et membre des Académies des sciences et de médecine de France, l’allongement de la vie aura une répercussion sur la fréquence de certaines maladies, dont celle du cancer... parallèlement à d’autres problèmes. Dans son ouvrage L’Éducation et la vie (Éd. Odile Jacob), le Pr Tubiana (que le Liban a eu souvent l’occasion d’accueillir à l’occasion de divers colloques et congrès médicaux) évoque l’incidence du cancer. On sait aujourd’hui que la fréquence de cette maladie augmente rapidement à partir de la cinquantaine. Ainsi si, d’après les évaluations, le cancer entraînait 5 % de décès en 1900 en Europe, il en cause aujourd’hui 28 %. Les avancées, toutefois, incessantes des connaissances et des méthodes thérapeutiques permettront sans doute de modifier positivement ces pronostics. Ce qui paraît ainsi indispensable, compte tenu des progrès continus des connaissances, c’est la nécessité d’une formation médicale permanente. La grande complexité des traitements actuels et leurs incessants perfectionnements augmentent, selon le Pr Tubiana, le risque des erreurs. D’où la nécessité absolue d’un permanent recyclage. Par ailleurs, les grandes percées scientifiques, dont le déchiffrage du génome humain, imposeront des choix thérapeutiques en fonction des caractéristiques et des prédispositions de chaque individu... Sur le plan de la prévention cela constitue un acquis capital, mais pour le thérapeute ce sera tout un nouveau domaine à explorer pour en connaître les arcanes, afin de guider convenablement son malade. Une « fatalité » prévisible Pendant des siècles, les maladies ont été une fatalité dont l’homme subissait la foudre. À présent, il s’agit d’un orage prévisible, en fonction du génome. D’où la possibilité d’organiser sa propre défense, excluant toute tendance fataliste, en s’orientant vers la prévention. Le médecin n’est plus celui qui panse les plaies en calmant la douleur. C’est celui qui prévoit la tempête en indiquant les meilleurs moyens d’éviter la foudre. La prévention, toutefois, ne s’arrête pas là. Il y a des comportements qui sont à l’origine de grands désordres physiques : accidents, suicides, drogues. Selon les statistiques des pays industrialisés, 85 % des décès, entre 15 et 25 ans, sont dus à ces causes. La maladie n’est responsable que dans 15 % des cas seulement. Plus tard, l’alcool et le tabac prennent la relève entraînant près des deux tiers des décès, et 50 % des cancers survenus avant 55 ans. Quelques règles d’hygiène et un peu de discipline individuelle permettraient d’éviter semblables dégâts... Ces constatations imposent à la médecine du XXIe siècle un changement de cap. Au lieu d’être centrée au traitement des maux dont souffrent les malades, comme ce fut le cas durant le siècle passé, c’est à la prévention qu’elle accordera la prédominance. L’éducation sanitaire sera introduite à l’école, dès les premières classes, bien avant que ne se prennent les habitudes qui mènent au désastre. Panser les plaies de l’âme Pour Maurice Tubiana, si la prévention s’arrête là, le problème ne sera résolu que très partiellement. L’alcool, les drogues, la vitesse sont des moyens de fuir, de calmer l’angoisse de certains individus ravagés par le stress, l’inquiétude, la précarité de l’existence actuelle. Bref, pour fuir les soucis et les problèmes qu’on n’est pas en mesure d’affronter. «Plus la médecine guérit les maux du corps, estime le Pr Tubiana, plus elle se trouve confrontée avec ceux de l’âme». Résultat, les problèmes psychiatriques et psychologiques risquent d’occuper «le devant de la scène médicale durant le XXIe siècle. Il est heureux, toutefois, que les progrès des neurosciences peuvent donner aux médecins des armes pour faire face», conclut cet éminent spécialiste.
Dans l’histoire des hommes, le XXe siècle marque une grande étape. À côté des guerres et des génocides, les progrès scientifiques accomplis et les performances ont réussi, pour la première fois, à modifier les perspectives mêmes de la vie sur la planète. De 45 ans, où elle fut en 1901, l’espérance de vie est de 74 ans chez les hommes et de 82 ans chez les femmes à présent dans les pays avancés. La mortalité infantile est tombée de 150 sur 1 000 à 6 sur mille, et la période active de la vie humaine ne s’arrête plus aux abords de la cinquantaine mais un bon quart de siècle plus tard... Ces performances, toutefois, ont fatalement entraîné un vieillissement progressif de la population dans les pays développés, surtout, et une alarmante surpopulation sur le globe. De 1,5 milliard d’individus, au début des...