Cette définition savante s’applique aux collectionneurs qui accumulent méthodiquement des objets – les timbres-poste par exemple – dans des buts variés. En psychiatrie, ce peut être une pathologie, comme le décrit un article récent paru dans Médecine et Hygiène. La lecture, forcément superficielle, de cette mise au point a de quoi nous troubler puisqu’elle fait mention de perversité, de frénésie et même de démence. Les psychiatres ont décidément des mots effrayants pour décrire des activités simples : amasser de beaux objets, les étudier, les classer et les posséder. Bien entendu, cet article fait la distinction entre les différents types d’«amasseurs compulsifs» et les motivations qui les animent. Il fixe quelques vérités : l’enfant aime collectionner pour apprendre alors que le sujet âgé refuse de jeter par simple économie ; les gens fortunés, eux, peuvent facilement acquérir des objets et leur consacrer du temps... il catégorise enfin certains caractères. Peut-être vous y retrouverez-vous dans l’un des cas suivants : Amateurisme : Il s’agit du collectionneur «par plaisir». Il achète rarement et, s’il le fait, c’est pour compléter un ensemble et non pour faire un placement. La plupart des philatélistes appartiennent à cette catégorie de gens tout à fait normaux. Collectionneur : Ce terme est utilisé plus largement dans le langage courant qu’en médecine. La distinction avec l’amateur est parfois difficile à établir. Le collectionneur rassemble des objets dans un but affectif. C’est bien sûr une activité saine, sauf si cette «collectionnite» s’étend de toutes sortes de choses : timbres, monnaies, porte-clefs, lunettes, etc. L’individu présente alors quatre traits de caractère essentiels : 1) désir de possession. 2) émulation . 3) tendance au classement. 4) besoin d’activité. Il peut soit vouloir cacher sa collection une fois complétée, soit, au contraire, l’exposer par snobisme ou vanité. Acheteur pathologique : Nous abordons à présent les comportements excessifs, tels ceux des collectionneurs maladifs qui consacrent toutes leurs ressources à leurs objets, au point de manquer de temps pour leurs besoins affectifs, et d’argent pour leur bien-être. La satisfaction de l’acheteur pathologique peut être mégalomane vers autrui ou narcissique vers soi-même. Heureusement, de tels philatélistes sont rares, mais il en existe... Le syndrome de Diogène : Il définit le collectionneur qui se réfugie dans un antre, entouré de ses biens, jusqu’à s’y enfermer. Cette pathologie sérieuse n’affecte heureusement pas souvent les philatélistes. Nous n’en parlerons donc pas. Une catégorie de personnages que nous rencontrons le plus souvent dans le domaine de la philatélie manque à l’appel : Les spéculateurs. Ceux-là font commerce de vignettes postales, entre autres, et ne sont amasseurs que par profession. Collectionner pour eux n’est donc ni un passe-temps ni une pathologie : c’est un métier. Les collectionneurs libanais, de vrais spéculateurs La grande majorité de collectionneurs libanais prennent un intérêt marqué au prix des timbres, non pas seulement parce que les pièces rares à fortes cotes sont précieuses par leur rareté, mais parce que leur possession représente un enrichissement. Malheureusement, un grand nombre de spéculateurs achètent des timbres uniquement pour faire un placement avantageux. Certains collectionneurs poussent beaucoup à ces sortes d’opérations de ratissage et ils en trouvent souvent profit à bon compte. Le plus bel exemple est celui du timbre-poste libanais de Canaa doté d’une valeur faciale de 1 100 livres libanaises paru en l’an 2000. Il a été reémis quelques semaines plus tard, avec un fleuron de couleur or. Les spéculateurs profitant de l’événement de Canaa ont très vite ratissé les stocks sur le marché. On peut dire que le timbre en lui-même n’est même pas apparu dans les guichets postaux de la capitale. Aujourd’hui, ce timbre se négocie pour 40 dollars sur le marché libanais, alors que le même timbre, sans la surcharge, se trouve à 5 dollars seulement. C’est le cas très précis d’une spéculation abusive pour forcer les collectionneurs à payer le prix cher afin de compléter leur collection. 40 US$ pour le Canaa à fleuron La forte hausse de ce timbre libanais est un phénomène de psychologie sociale, donc un phénomène conditionné par des facteurs multiples et obscurs qui relèvent de la psychologie des collectionneurs. Il n’en est pas du tout de même de la cote qui est un artifice individuel. Elle ne correspond en effet ni à la rareté absolue ni strictement à la situation générale du marché. Elle exprime uniquement l’état des stocks et la psychose de ne plus en trouver sur le marché. Selon mes prévisions, le timbre de Canaa sans le fleuron dépassera un jour la cote de son frère jumeau tatoué du fleuron en or. Si vous faites un décompte, sur 1 million d’exemplaires, plus de la moitié du stock du timbre de Canaa sans fleuron a servi pour les besoins du courrier. Sur les 300 000 exemplaires restant à l’état neuf, 20 % ont été retirés pour être reémis sur le marché avec le fleuron couleur or. Résultat : 240 000 timbres ont circulé pour être vendus aux philatélistes collectionneurs. Quant au timbre surchargé du fleuron couleur or, il devra valoir certainement deux fois plus en oblitéré qu’à l’état neuf. 2 000 US$ pour les blocs de l’émir Béchir de 1942 Un autre exemple de spéculation au Liban, les blocs et feuillets non émis qui ont la cote aujourd’hui dans la collection libanaise. Les blocs-feuillets se font si rares de nos jours qu’un spéculateur intelligent pourrait amasser une petite fortune. Prenez, par exemple, les épreuves d’essais de la proclamation de l’Indépendance en 1942 par l’émir Béchir. Si les sept blocs feuillets se négocient sur le marché entre 2 000 et 2 500 US dollars la série, les épreuves d’essais, elles, sont d’autant plus rares et peuvent atteindre le double de la cote. Certains blocs-feuillets imprimés sur papier gaufré atteignent parfois trois fois le prix du même bloc en gommé, comme par exemple le bloc-feuillet des drapeaux émis à l’occasion de l’anniversaire de la Victoire. Tout est une question de demande sur le marché et, actuellement, les timbres-poste libanais ont tendance à la hausse sur le marché international. L’an passé, la vente de la collection de Karnig Aharonian, qui s’est tenue au Swissôtel de Zurich le 23 et 24 février 2000, a rapporté plus de 50000 dollars de recettes à ses héritiers. La collection des timbres-poste libanais est avant tout un patrimoine culturel et historique. Des variétés du Grand-Liban surgissent des collections cachées. Les timbres de l’Empire ottoman avec des oblitérations Beyrouth, Tripoli, Saïda sont très recherchés par les philatélistes. Les blocs-feuillets avec la valeur omise maintiennent leur cote dans les catalogues spécialisés. Avant de conclure, il est toujours utile de le préciser, ne collectionnez jamais pour faire une affaire ou gagner de l’argent, collectionnez pour vous instruire, pour construire votre patrimoine et surtout collectionnez pour vous amuser.
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