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Actualités - Chronologies

Mémoire collective et sociétés en crise

Dans une perspective internationale, la deuxième session du colloque sur la mémoire collective à l’Escwa a porté sur des cas pratiques, des «expériences contemporaines» de sociétés acculées – à la suite d’un conflit, d’une ségrégation raciale ou d’un génocide, à se souvenir pour parvenir à panser leurs plaies. En Afrique du Sud, selon Paul Haupt, psychologue et directeur du Projet d’étude des criminels de guerre à l’Institut pour la justice et la réconciliation, «trois siècles d’impérialisme et de colonialisme sous ses formes les plus diverses, la dernière ayant été l’apartheid, ont exercé une influence profonde sur la société civile». Résultats, selon Haupt : «Suprématie des Blancs à travers une idéologie systémique, appuyée par un appareil étatique, déni des droits de la population sud-africaine noire et politiques oppressives de déshumanisation des citoyens». Des négociations entre partisans du régime local et opposants bannis et une entreprise de démocratisation et de création d’une culture de respect des droits humains devaient ultérieurement aboutir à la libération de Nelson Mandela. Où donc réside l’intérêt de l’étude de la société sud-africaine sur le plan de la mémoire collective ? Certainement au niveau de la création de l’Institut de justice et de réconciliation, envisagée comme «un processus visant à établir la vérité autour des violations des droits de l’homme, à promouvoir l’entente et le dialogue entre Sud-africains, Blanc et Noirs et à restaurer la dignité des victimes». Et M. Haupt de souligner le rôle constructif de la mémoire collective, qui est de «reconstituer les fragmentations, notamment les souvenirs douloureux de qui nous étions et qui nous sommes aujourd’hui». Mais aussi de briser le mur du silence, en laissant à la mémoire individuelle le soin de s’exprimer, d’exprimer sa douleur. Au Rwanda, le problème se pose avec plus d’acuité encore puisque, selon Boubacar Boris Diop, écrivain sénégalais auteur de deux ouvrages sur le sujet, il est question de génocide pratiqué entre avril et juillet 1994. «Pour donner une idée de ce qui est arrivé, il suffit de dire que 10 000 personnes ont été tuées chaque jour, pendant trois mois et sans interruption», a affirmé M. Boris Diop, qui a d’ailleurs intitulé son intervention : «Écrire dans l’odeur de la mort». Génocide qu’il dénonce comme étant «une entreprise d’extermination systématique fomentée par l’État et l’armée rwandaises», qui a été suivie d’une entreprise de désinformation et de falsification par les médias internationaux. Mais l’écrivain sénégalais croit en la pérpétuation de la mémoire collective à travers l’art, l’écriture, garante de la durée…et même à travers l’imaginaire, la fiction, celle-ci étant dans certains cas plus à même de représenter la réalité. Dans une comparaison entre l’Allemagne nazie et l’Allemagne d’après-guerre, Mme Susanne Willems, historienne, s’est penchée de son côté sur «les mémoires irréconciliables et la réunification». Intégrer dans le système démocratique de l’après-guerre le génocide perpétré par les nazis à l’encontre des juifs, des tziganes et des handicapés mentaux et physiques semblait fort difficile pour la RFA, selon Mme Willems. Mais la fin du «mythe de la démocratie américaine» au lendemain de la guerre du Vietnam et la prise de contact entre la société allemande et les pays socialistes favorisèrent le réveil de la mémoire collective allemande, libérée de l’emprise exercée par les États-Unis. Enfin, Mme Mireille Mendès-France a qualifié le travail de mémoire de travail «d’innovation et de vérité» sous l’étendard de la justice. Trois lieux ont été choisis pour entretenir la mémoire collective en un «triangle de solidarité» : Drancy, Gorée, Robben Island, symboles représentant les grandes périodes d’exclusions de l’histoire moderne : la Shoah, l’apartheid et l’esclavage. Ces lieux de mémoire sont plus que jamais «des lieux d’action et de refus d’exclusion», des lieux de lutte contre le racisme et le fascisme, poursuit-elle. C’est pour cela que pour Mme Mendès-France, «le travail de vérité est avant tout une action politique contre le silence» et la discrimination sous toutes ses formes.
Dans une perspective internationale, la deuxième session du colloque sur la mémoire collective à l’Escwa a porté sur des cas pratiques, des «expériences contemporaines» de sociétés acculées – à la suite d’un conflit, d’une ségrégation raciale ou d’un génocide, à se souvenir pour parvenir à panser leurs plaies. En Afrique du Sud, selon Paul Haupt, psychologue et directeur du Projet d’étude des criminels de guerre à l’Institut pour la justice et la réconciliation, «trois siècles d’impérialisme et de colonialisme sous ses formes les plus diverses, la dernière ayant été l’apartheid, ont exercé une influence profonde sur la société civile». Résultats, selon Haupt : «Suprématie des Blancs à travers une idéologie systémique, appuyée par un appareil étatique, déni des droits de la...