La coalition au pouvoir au Japon a dévoilé vendredi une série de mesures d’urgence destinées à enrayer la dégradation de l’économie, qui ont été accueillies avec prudence par le gouvernement et sans illusion par les analystes. Le programme inclut des incitations fiscales pour stimuler les marchés boursier et immobilier, très déprimés, mais aussi des mesures controversées, comme la création d’une structure de rachat des participations croisées des banques. La majorité poursuit par ailleurs son bras de fer avec la Banque du Japon en l’exhortant à agir «en harmonie avec la politique économique du gouvernement», en particulier par une politique monétaire plus souple. Ces mesures ont été présentées au Premier ministre Yoshiro Mori par les stratèges du Parti libéral démocrate (PLD), du Komeito et du Parti conservateur. Elles devraient désormais être étudiées par le gouvernement, mais leur application pourrait être retardée par les incertitudes liées à la démission attendue de M. Mori dans les prochaines semaines. «Nous avons proposé ce plan de mesures d’urgence après avoir estimé qu’il serait très difficile de placer l’économie sur le chemin d’une croissance stable à l’aide du seul budget établi pour l’année fiscale» débutant en avril, a expliqué Shizuka Kamei, responsable de la stratégie politique au PLD. «La priorité est désormais d’appliquer des mesures économiques drastiques qui prennent en compte les tensions déflationnistes et la politique monétaire souple, tout en s’attaquant aux mauvaises créances et en menant des réformes agressives», a résumé le texte présenté par la majorité. Cette dernière n’appelle pas à l’injection de nouveaux fonds publics dans l’économie, dans laquelle ont déjà été engloutis plus de 100 000 milliards de yens (900 mds d’euros) durant la dernière décennie. La coalition demande en revanche une réduction de l’imposition sur les plus-values réalisées sur la vente ou l’acquisition de terrains afin de relancer le marché foncier, dont les prix baissent depuis l’éclatement de la bulle spéculative des années 80. Pour redonner un coup de fouet à la Bourse, tombée vendredi dernier à son plus bas niveau depuis quinze ans, elle réclame une batterie d’incitations fiscales pour les petits actionnaires, dont la confiance est douchée, comme pour les investisseurs institutionnels. La création d’une structure de rachat des participations croisées des entreprises vise à atténuer l’impact sur la Bourse des cessions réalisées ces derniers mois par les banques afin de doper leurs bilans à l’approche de l’expiration de l’exercice 2000-01 et d’un changement de réglementation en matière de comptabilité. Les promoteurs du plan n’ont pas précisé le mode de gestion de cette structure, qui fonctionnerait avec la participation de banques privées. Mais sa création a été accueillie avec scepticisme par le ministre délégué à la politique économique, Taro Aso, selon qui «elle sera difficile à mettre en place». À la Banque du Japon, la majorité réitère son appel à assouplir davantage sa politique monétaire, en dépit de la récente baisse surprise de ses taux directeurs à 0,15 % pour le taux au jour le jour et 0,25 % pour le taux d’escompte. Elle lui réclame également l’adoption d’un objectif d’inflation, contre lequel s’est prononcé son gouverneur Masaru Hayami. Peu surpris par les propositions de la majorité, les analystes ont estimé que leur poids ne serait pas suffisant pour redonner confiance aux marchés. «Ce plan ne peut pas être considéré comme “d’urgence” ou de “stimulation”. Il ne devrait pas avoir un impact important à moyen-terme sur la Bourse comme sur l’économie», a commenté Peter Morgan, économiste chez HSBC Securities. Pour Toshiyuki Takamatsu, d’ABM Amro, «le marché attend des solutions aux problèmes structurels, pas des contre-mesures contre un repli temporaire du marché boursier».
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