Pas facile, de nos jours, d’assumer la position de chanteuse avant-gardiste. On peine à organiser «un événement international», on le place sous une égide prestigieuse et voilà que le public n’apprécie pas, quittant le concert à peine les dix premières minutes passées. Habiba el-Cheikh voulait faire la démonstration que le corps tout entier est un instrument d’une parole forte, d’un chant vibratoire, en utilisant les paroles du poème The Ballad of Reading Goal d’Oscar Wilde. Par le regard, par le geste et l’attitude, ce monde sonore a submergé un auditoire médusé par tant de virtuosité à charcuter ce texte à l’origine plus que potable. Le public du Grand Théâtre a été transporté, malgré lui, dans des contrées complexes, faites de rythmiques alambiquées, d’expérimentations et d’influences néoclassiques. Ambiances étranges et torturées, mélange de musique moderne et orientale. Bruitage et dissonance, mélancolie et classicisme, électricité et acoustique. Rythmes lancinants et syncopés, des passages vocaux (ce n’est pas à proprement parler du chant), influences orientales, bruitages et j’en passe. N’allez pas croire pour autant que la musique est simpliste, les arrangements sont beaux, par moments, et les variations nombreuses. Le chant ? Incantatoire, surréaliste et hyperaigu. Chaque phrase dite est crachée, comme si elle coince à la gorge, bousculée par d’autres nombreuses et impatientes, impolies même. Après un moment, le chant, devenu lancinant, vrille les oreilles et l’esprit. «Impossible à quiconque de subir ce concert dans sa totalité, il y a danger de mort», a noté un esprit fin. Voilà un groupe bien étrange et résolument inclassable, à moins que ce soit ça le progressif dont on me parle tant et plus. Plus sérieusement, ce groupe n’a résolument rien à voir avec le mouvement progressif tel que nous le connaissons. Et la chose qui marque le plus dès le début comme un coup de poing en pleine gueule, c’est la voix de la chanteuse ou plutôt sa manière de se lamenter. Et franchement, entre nous, après quelques écoutes successives, on ne se pose plus la question de savoir si c’est du progressif ou pas. En tout cas, n’espérez pas le siffloter sous la douche ou convaincre votre belle-mère que ce genre de tapage nocturne est une musique populaire et accessible. À découvrir pour ceux qui ont envie de péter les plombs, substances hallucinogènes recommandées. Voilà, après ces quelques remarques, il ne reste plus qu’à souhaiter à ce groupe de trouver une formule qui confirmera son talent en devenir. C’est tout le mal que je leur souhaite.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pas facile, de nos jours, d’assumer la position de chanteuse avant-gardiste. On peine à organiser «un événement international», on le place sous une égide prestigieuse et voilà que le public n’apprécie pas, quittant le concert à peine les dix premières minutes passées. Habiba el-Cheikh voulait faire la démonstration que le corps tout entier est un instrument d’une parole forte, d’un chant vibratoire, en utilisant les paroles du poème The Ballad of Reading Goal d’Oscar Wilde. Par le regard, par le geste et l’attitude, ce monde sonore a submergé un auditoire médusé par tant de virtuosité à charcuter ce texte à l’origine plus que potable. Le public du Grand Théâtre a été transporté, malgré lui, dans des contrées complexes, faites de rythmiques alambiquées, d’expérimentations et d’influences...