Le jour même où il était renommé ministre, la Cour de Cass, toutes chambres réunies siouplaît, décrétait que M. Fouad Siniora n’était pas justiciable des tribunaux ordinaires pour ses présumées maladresses antérieures de gestion publique. Il ne pourrait comparaître que devant la Haute Cour, cette Arlésienne toujours absente de scène. Comme le fredonne la comptine, jamais l’on n’a vuvuvu, jamais l’on ne verrara, la queue d’une souririri dans l’oreille d’un chachacha. Et M. Siniora peut donc dormir tranquille sur ses deux oreilles. Sauf à se réveiller pour tancer le directeur de son département des Finances qui a eu l’impudence, ô funeste attachement à la transparence, d’évoquer publiquement les furtifs émoluments de nos pauvres députés. – De son côté, l’ancien directeur des Télécoms du temps de M. Rafic Hariri, M. Abdel Meneem Youssef, vient d’être blanchi à la chaux par le Conseil de discipline. Après avoir passé neuf mois une semaine en prison, il reçoit finalement mieux que des excuses : les félicitations du jury qui, dans ses attendus, proclame que ce cadre a toujours agi au mieux des intérêts de l’État. – Il faut donc croire, sur pièces, que sous l’honnête M. Hoss les honnêtes gens étaient persécutés. – C’est là, en vérité, que se pose la vraie question : à quel moment, sous l’ère de quel brave hère, la justice, ce troisième pouvoir indépendant, y voit clair et n’est pas frappée de cécité ? Quand donc ses jugements sont-ils conformes à la juste nécessité ? – Un peu partout dans le monde, on se plaint aujourd’hui de la justice-spectacle : aux States, en France, aux Philippines, en Espagne, au Chili. Heureusement ou malheureusement, ce problème d’exhibitionnisme, nous n’en connaissons, pour notre part, que l’exact contraire. Car nos mécanismes judiciaires restent d’une discrétion à toute épreuve. À preuve que le public est encore tenu dans l’ignorance, plus de deux ans après ce crime effroyable, de l’identité des massacreurs de quatre juges à Saïda, calme cité dont le prince n’est plus un enfant. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, marmonnait William Shakespeare. Ici aussi, oh si, le grand Bill trouverait de quoi pousser un gros soupir.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le jour même où il était renommé ministre, la Cour de Cass, toutes chambres réunies siouplaît, décrétait que M. Fouad Siniora n’était pas justiciable des tribunaux ordinaires pour ses présumées maladresses antérieures de gestion publique. Il ne pourrait comparaître que devant la Haute Cour, cette Arlésienne toujours absente de scène. Comme le fredonne la comptine, jamais l’on n’a vuvuvu, jamais l’on ne verrara, la queue d’une souririri dans l’oreille d’un chachacha. Et M. Siniora peut donc dormir tranquille sur ses deux oreilles. Sauf à se réveiller pour tancer le directeur de son département des Finances qui a eu l’impudence, ô funeste attachement à la transparence, d’évoquer publiquement les furtifs émoluments de nos pauvres députés. – De son côté, l’ancien directeur des Télécoms du...