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Actualités - Chronologie

Une guerre de religions ? Un intellectuel orthodoxe répond

Jean-François Colosimo est professeur à l’Institut orthodoxe Saint-Serge à Paris. Avec d’autres intellectuels orthodoxes français, il a signé un texte condamnant la politique de Slobodan Milosevic au Kosovo et les bombardements de l’Otan sur la Serbie. Le conflit au Kosovo est-il une guerre de religions ? Non. Ce n’est pas un choc entre orthodoxie et islam. Il n’y a pas de tradition islamophobe dans l’orthodoxie comme il y en a une en Occident. Que ce soit au Proche-Orient, en Russie ou dans les Balkans, l’orthodoxie a coexisté avec l’islam. Les Arabes orthodoxes ont souffert des croisades comme les Arabes musulmans. Il s’agit d’un affrontement de nationalismes, de conflits ethniques où la religion joue un rôle de signe identitaire sociologique, dans un contexte totalement post-communiste. Mais en affirmant que «sans le Kosovo, le peuple serbe perdait son identité», l’Église orthodoxe serbe ne se laisse-t-elle pas instrumentaliser ? L’Église dit que le Kosovo ne peut pas être dissocié de la Serbie, mais elle dit aussi que le mode de cette association reste ouvert et passe par le rejet radical de la politique totalitaire de Milosevic. Elle a explicitement condamné la guerre. Cependant, on ne peut pas ignorer la dimension symbolique et notamment religieuse de l’histoire, sinon on ne comprend rien aux déchirements de l’Iran, de l’Algérie, de l’Irlande, d’Israël aujourd’hui. Pour des raisons historiques, depuis les premiers siècles du christianisme en passant par le schisme et la domination ottomane, l’orthodoxie est inhérente à l’identité des peuples de l’Est. Les Églises orthodoxes ont toutefois condamné dès la fin du 19e siècle l’instrumentalisation du religieux par les nationalismes, mais aujourd’hui on ne peut pas surévaluer leur influence. Vous avez condamné l’intervention de l’Otan dans le conflit Cette intervention militaire est porteuse de désastres potentiels. Les bombardements ont lieu sur la ligne où se sont affrontés au 8e siècle les missionnaires francs et byzantins. Les pays de tradition orthodoxe peuvent avoir l’impression que l’Otan, par sa logique purement militaire, les renvoie dans les ténèbres de l’histoire, alors qu’ils sortent à peine des décombres du communisme. On fait cette guerre au nom de la morale mais quelle morale ? Des mères russes dont les fils sont morts au front ont dû se demander pourquoi l’Otan n’est pas intervenu en Tchétchénie. Et on ne peut pas mettre la Russie de côté, omettre de la consulter, déclencher une guerre à la frontière de l’Europe orientale et de l’Europe occidentale sans désespérer tout l’Est. L’Europe a besoin de ses deux poumons.
Jean-François Colosimo est professeur à l’Institut orthodoxe Saint-Serge à Paris. Avec d’autres intellectuels orthodoxes français, il a signé un texte condamnant la politique de Slobodan Milosevic au Kosovo et les bombardements de l’Otan sur la Serbie. Le conflit au Kosovo est-il une guerre de religions ? Non. Ce n’est pas un choc entre orthodoxie et islam. Il n’y a pas de tradition islamophobe dans l’orthodoxie comme il y en a une en Occident. Que ce soit au Proche-Orient, en Russie ou dans les Balkans, l’orthodoxie a coexisté avec l’islam. Les Arabes orthodoxes ont souffert des croisades comme les Arabes musulmans. Il s’agit d’un affrontement de nationalismes, de conflits ethniques où la religion joue un rôle de signe identitaire sociologique, dans un contexte totalement post-communiste. Mais en...