Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Société - Distraction préférée à Kinshasa Le théâtre à la télévision

Le «théâtre télévisé», qui croque avec ironie les travers de la société congolaise, est devenu la distraction préférée des habitants de Kinshasa avec des «séries théâtrales» qui fleurissent sur les six chaînes de télévision de la ville. Le rituel est désormais bien ancré dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) : passée la principale édition du journal de la télévision officielle, à 20 heures, nombre de téléspectateurs restent rivés devant leur petit écran pour suivre les «sketches» programmés sur les deux chaînes d’État et leurs quatre concurrentes privées. Les thèmes de ce «théâtre de la vie» sont ceux du quotidien : pauvreté, polygamie, infidélité, relations bailleurs-locataires, corruption des fonctionnaires, envoûtement, réussite sociale et, tout récemment, le sida. Seule la politique n’est pas évoquée directement. Telle pièce aborde le drame d’une épouse délaissée au profit d’une rivale, une autre la tragédie d’un jouisseur impénitent qui se découvre atteint du sida. D’autres tournent en dérision les «faux pasteurs» qui s’enrichissent sur le dos de leurs fidèles crédules ou attaquent les magistrats qui rendent des verdicts complaisants contre de l’argent. Le matin dans les quartiers populaires de Kinshasa, aux arrêts de bus, dans les marchés ou sur les lieux de travail, il n’est pas rare de voir des habitants se rassembler pour commenter les pièces de la veille ou les prestations d’un acteur en vogue. Ce mode d’expression, que des sociologues à Kinshasa qualifient de «théâtre de proximité», suscite un tel engouement que chaque chaîne de radio et de télévision s’est attachée les services d’une ou deux troupes théâtrales. Dans la rue Les annonceurs ne sont pas en reste : ils trouvent un public nombreux et fidèle dans ces programmes. Les brasseurs de Kinshasa ont acquis des exclusivités publicitaires sur les pièces programmées sur les quatre chaînes privées. Le directeur des programmes de la télévision nationale, Kitenge Nsana, considéré comme le père du théâtre populaire congolais, reconnaît l’absence d’un organisme de mesure de l’audience télévisée en RDC. Mais il estime que les émissions de théâtre touchent chaque jour environ la moitié des cinq millions d’habitants de la capitale. Selon le professeur Ndundu Kivuila, de l’Institut national des arts (Ina) de Kinshasa, ce succès tient au fait que le théâtre classique ne fait plus recette en raison du faible niveau de vie de la population et de l’obstacle de la langue, le français, accessible seulement à l’élite instruite. Les séries sont tournées en lingala, une des quatre langues nationales de RDC, parlée par l’ensemble des kinois. Le «théâtre de proximité» est longtemps resté l’apanage de la seule radiotélévision publique, avec une émission pionnière, Le théâtre de chez nous, produite par le groupe «Salongo», formé de fonctionnaires de la maison. Parti des sketches radiophoniques des années 70, le théâtre populaire a progressivement envahi les plateaux de télévision, au point de descendre dans la rue, occupant au fur et à mesure l’espace laissé vide par la disparition des salles de cinéma et de théâtre classique. Il a connu sa véritable éclosion en 1981 avec la production par «Salongo» de la série Mwana Nsusu (petit poussin), qui mettait à nu le phénomène alors en vogue des jeunes garçons beaux et vigoureux – surnommés «Mario» par les Kinois et immortalisés par une chanson de Franco – entretenus par des femmes d’affaires enrichies dans le commerce du wax (tissus) hollandais.
Le «théâtre télévisé», qui croque avec ironie les travers de la société congolaise, est devenu la distraction préférée des habitants de Kinshasa avec des «séries théâtrales» qui fleurissent sur les six chaînes de télévision de la ville. Le rituel est désormais bien ancré dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) : passée la principale édition du journal de la télévision officielle, à 20 heures, nombre de téléspectateurs restent rivés devant leur petit écran pour suivre les «sketches» programmés sur les deux chaînes d’État et leurs quatre concurrentes privées. Les thèmes de ce «théâtre de la vie» sont ceux du quotidien : pauvreté, polygamie, infidélité, relations bailleurs-locataires, corruption des fonctionnaires, envoûtement, réussite sociale et, tout récemment, le...