L’héritage de l’invasion par l’Urss, le jour de Noël 1979, est toujours visible en Afghanistan, que continue de ravager une interminable guerre malgré le retrait, dix ans après son entrée, de l’armée soviétique. La population de Kaboul se souvient encore du matin du 27 décembre 1979, lorsqu’il a été annoncé que le dirigeant communiste Hafizullah Amin avait été renversé et exécuté par son frère d’armes, Babrak Karmal. Ce dernier affirmait alors que les Soviétiques étaient entrés en Afghanistan dans le cadre d’une mission de paix internationale destinée à éviter que le pays ne soit la proie de l’impérialisme américain. Mais la population s’est rapidement mise à prier pour le départ des «monstres rouges». «J’étais professeur à l’époque», se souvient Atiqullah, qui habite la capitale afghane. «Les gens ont commencé à tuer le bétail et à réciter des versets du Coran pour favoriser le départ des monstres rouges», a-t-il affirmé. La «mission de paix» soviétique a rencontré très peu de soutien au sein de la population afghane, et des millions d’Afghans ont préféré fuir leur pays. «J’ai vu les premiers soldats soviétiques près du fort historique de Balahesar (à Kaboul). J’ai souhaité pouvoir en tuer le plus possible», s’est souvenu de son côté Mohammad Rafi, un autre résident de Kaboul. Les rangs de la résistance ont commencé à s’étoffer et Washington a saisi cette opportunité pour l’assister financièrement et militairement dans le cadre d’une des plus importantes opérations américaines de ce genre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Résultat, en 1989, l’armée soviétique a plié bagages, laissant seul le président Mohammad Najibullah. Quelques mois plus tard, c’était l’Urss qui commençait à s’effondrer. «L’invasion soviétique a eu pour résultat la destruction complète de l’infrastructure du pays, l’exode des réfugiés et un désastre humanitaire pour l’Afghanistan», a résumé Farid Homayoun, médecin afghan réputé. Inversement, de nombreux Afghans et Afghanes ont eu la possibilité de suivre des études gratuitement en Urss et dans d’autres pays socialistes. D’ailleurs, beaucoup d’Afghans parlent encore le russe, particulièrement ceux qui vivaient à proximité des camps militaires soviétiques. Aujourd’hui, les femmes sont privées d’accès à l’éducation, en vertu de la lecture très particulière que font les taliban, la milice religieuse au pouvoir à Kaboul, de la charia, la loi islamique et des préceptes du Coran. Autre héritage de l’Urss, tous les pilotes d’aéronefs ont été entraînés par les Soviétiques et l’armement laissé derrière eux par les Soviétiques, en vente sur les marchés afghans, est le seul utilisé en Afghanistan. Quant aux bâtiments de l’ambassade d’Urss à Kaboul, ils servent aujourd’hui de centre d’accueil à quelque 16 000 réfugiés ayant fui les combats du nord du pays. Pendant les trois années qui ont suivi leur retrait d’Afghanistan, les Soviétiques, puis les Russes après la chute de l’Urss, sont parvenus à maintenir au pouvoir le président Najibullah, en particulier grâce à de généreuses livraisons d’armes. Mais en 1992, les Moudjahidine (la résistance afghane) ont envahi Kaboul, qu’ils ont en partie détruite, laissant 65 000 morts derrière eux. Quatre ans plus tard, ils ont à leur tour été évincés par les taliban, au pouvoir à Kaboul depuis 1996. La milice islamiste a étendu son contrôle sur la plus grande partie du pays, à l’exception du nord où le commandant Ahmad Shah Massoud, ancien ministre de la Défense des Moudjahidine, tient toujours tête aux taliban.
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