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Actualités - Reportages

Noël, tel qu'il était vécu par nos grands parents (photos)

Une crèche décorée avec du coton blanc (symbole de la neige) et des brins d’herbe, une dinde ou une volaille farcie, des pastilles aux amandes, du chocolat, du meghlé (poudre de riz préparée avec du sucre et de la cannelle qu’on offre à l’occasion d’une naissance) et messe de minuit… tel était en général le cadre dans lequel nos grands-pères fêtaient Noël, il y a plus de cinquante ans. Bien sûr, on observait quelque changement dans les coutumes suivant la ville ou la montagne, et le niveau social ou économique des familles. Mais il est certain que jadis la fête avait un sens plus spirituel car, avant tout, Noël c’était la fête de la famille, de la joie, de l’amour… et du pardon. «À l’époque, nous ne communions pas si nous étions en conflit avec notre prochain», raconte Marguerite, 85 ans, plus connue sous le nom de «téta oum Boulos». «Nous nous confessions auprès du curé du village et implorions le pardon de Dieu et celui de notre prochain, poursuit-elle. Aujourd’hui, la fête a perdu son sens. Elle s’est transformée en une fête artificielle d’autant qu’elle est devenue uniquement le symbole des cadeaux et des nouvelles parures». Des cadeaux ? Certains d’entre eux en recevaient. Les plus aisés surtout. «Je ne me souviens pas avoir reçu un cadeau pour Noël, ou même un seul nouvel habit, avoue Marie, 77 ans. Le pays passait par une crise économique et mes parents pouvaient à peine joindre les deux bouts, d’autant que nous étions une famille nombreuse. Nous comptions dix frères et sœurs». Les plus chanceux avaient droit à un seul cadeau, que leurs parents leur offraient la veille de la fête. «Nous mettions le cadeau sous l’oreiller et attendions impatiemment les premières lueurs de l’aube pour l’ouvrir», indique «téta oum Boulos». C’est que tout le monde ne croyait pas au Père Noël, et ce dernier «vivait dans la discrétion, explique-t-elle. Il ne faisait pas ses apparitions en grande pompe ni dans les manifestations publiques, comme c’est le cas aujourd’hui». Réunir la famille Dans d’autres familles, les cadeaux étaient remis aux douze coups de minuit. «Nos parents nous réveillaient tard dans la nuit pour que nous ouvrions les cadeaux qu’ils avaient mis sur nos souliers, près de la crèche», explique Antoine, 87 ans. «Nous passions alors les deux ou trois heures qui suivent à nous amuser avec les jouets neufs. Plus nous grandissions et plus les cadeaux devenaient sérieux. C’était tantôt une montre, tantôt un vêtement ou un soulier. Des choses utiles quoi». Avec ou sans cadeaux, Noël était une grande occasion pour que toute la famille se réunisse, le temps d’un dîner ou d’un déjeuner, avec pour plat principal une dinde, une volaille farcie, du kebbé (viande mélangée avec du borghol et farcie d’un mélange de viande et d’oignons hachés, et de pignons) ou une bonne moghrabieh (pâtes préparées avec des poichiches, de la viande, du poulet et des oignons). «Mes parents élevaient quelques poules dans une petite cage dans le jardin de notre maison à Achrafieh, se souvient Georgette, 75 ans. Ma mère gardait toujours la plus grosse pour Noël. Et préparait une farce à base de riz et de viande». Et Jean, 80 ans, de renchérir : «L’odeur de la volaille que préparait ma mère remplissait toute la maison. Les volailles que nous élevions ne ressemblaient en rien à celles qu’on vend actuellement dans les supermarchés». Dans certaines régions, la dinde ou la volaille était précieusement gardée pour le jour de la fête. La veille de Noël, «nous mangions principalement des figues et des raisins secs, des noix, des amandes et nous faisions griller des glands», souligne «téta oum Boulos». Mais le clou de cette fête demeurait la messe de minuit. «Nous nous rassemblions devant l’église où grands et petits échangeaient des vœux à cette occasion, note Jean. Aujourd’hui, c’est du bout des lèvres qu’on formule ses vœux». Et d’ajouter après un moment de silence : «Si les fêtes pouvaient retrouver leur valeur d’antan !». Dans la ville, et notamment à Achrafieh, «les femmes restaient à la maison le jour de Noël pour recevoir les invités, toujours des hommes, venus présenter leurs vœux pour les fêtes, se rappelle Georgette. Malheureusement, nous avons perdu cette habitude au fil des ans. C’est à peine si nous recevons un coup de fil ou la visite passagère d’une personne qui se souvient encore du vrai sens de Noël».
Une crèche décorée avec du coton blanc (symbole de la neige) et des brins d’herbe, une dinde ou une volaille farcie, des pastilles aux amandes, du chocolat, du meghlé (poudre de riz préparée avec du sucre et de la cannelle qu’on offre à l’occasion d’une naissance) et messe de minuit… tel était en général le cadre dans lequel nos grands-pères fêtaient Noël, il y a plus de cinquante ans. Bien sûr, on observait quelque changement dans les coutumes suivant la ville ou la montagne, et le niveau social ou économique des familles. Mais il est certain que jadis la fête avait un sens plus spirituel car, avant tout, Noël c’était la fête de la famille, de la joie, de l’amour… et du pardon. «À l’époque, nous ne communions pas si nous étions en conflit avec notre prochain», raconte Marguerite, 85 ans, plus...