Comment persuader son partenaire de mettre un préservatif pour se protéger contre le virus du sida sans gâcher une belle histoire quand on est jeune et épris? Gênés, déstabilisés ou agressifs, une centaine de collégiens ont improvisé sur ce thème difficile à la veille de la Journée internationale contre le sida. Le jeu de rôle organisé à l’hôpital Rothschild à Paris devant des élèves de 4e et 3e de trois lycées parisiens, s’articule autour d’une saynète interprétée par deux acteurs de la compagnie Théâtres en mouvement. «L’histoire de deux qui s’aiment» est toute bête : un garçon, une fille qui se font beaux avant de partir en week-end d’amoureux en moto. Premier hic : le garçon se moque de son amie qui veut mettre un casque. «Si tu veux prendre du plaisir, il faut prendre des risques», dit-il. Deuxième hic, pour lui, mettre un préservatif est signe de méfiance. «Si tu veux en mettre c’est que tu n’as pas confiance. Tu m’aimes? alors laisse tomber», lance-t-il à son amie qui finit par céder. Les élèves âgés de 13 à 15 ans sont ensuite invités à improviser sur ce canevas et à trouver le moyen de tenir tête sans tout gâcher. Face à des acteurs qui les déstabilisent en répliquant par les habituels arguments de ceux qui refusent de se protéger : la confiance, le don de soi, l’amour avec un grand A que rien ne vaut d’entraver pas même la capote, l’idée que la maladie concerne toujours les autres. Timides ou tranchés, les premiers élèves échouent et les dialogues tournent court. «C’est pas la peine de négocier : on le met ou je me tire», dit une jeune fille qui s’entend répondre : «Si à chaque fois qu’on n’est pas d’accord c’est comme ça, c’est pas la peine de continuer». « La vie est courte » «Tu as peut-être confiance en toi mais pas moi», dit une autre. Réponse : «Tu es malade? Tu ne sais pas. Bon on remet le week-end». Une toute jeune fille, qui voit pour la première fois un préservatif hors de sa pochette, laisse échapper un «bah» de dégoût. Mais peu à peu les collégiens trouvent des pistes et retournent le problème. «Tu l’as déjà fait sans ? Comment peux-tu être sûr que tu ne l’as pas attrapé, tu as fait un test ?», lance l’un d’eux. Réponse : «Je te jure, j’ai rien, si je l’avais, je le sentirais. J’ai fait un test il y a cinq mois». (Le test de dépistage doit être fait trois mois après le dernier rapport pour que le virus soit détectable). «Et pourquoi on mettrait pas de capote. Tu prendrais le risque de me rendre malade ?», dit un autre. «Je veux mourir avec toi», lui répond l’acteur. «La vie est courte, c’est pas la peine de la raccourcir. On a qu’à en mettre jusqu’aux tests», réplique l’élève. La partie est presque gagnée. Dans les couloirs, les collégiens, surtout les filles, partagent leurs impressions. «C’est vrai, je ne me sens pas spécialement sûre, pas assez forte pour obliger un garçon à mettre un préservatif», reconnaît Sarah, 15 ans. «Cela m’a aidé à réfléchir, cela me donne des tactiques», explique de son côté Stéphanie, 14 ans. La plupart sont déjà au fait des questions liées au sida, la transmission, la séropositivité, la maladie, mais peu ont déjà eu une relation sexuelle. «Sur la théorie ils sont bons, mais il faut pouvoir mettre en pratique. Il est bien de rigoler, de dire des choses qu’ils ne vivent pas encore, de s’imaginer dans la situation. Car nous, sur le terrain on va travailler ça», commente Sybille Ajavon, médecin scolaire à Paul Valéry. Des expériences analogues avec des adultes ont porté leur fruit, affirme la comédienne Annie Quentin. «On leur a montré que c’était difficile pour tout le monde. Quand ils vont se retrouver dans cette situation ils vont sûrement repenser aux arguments en riant», assure-t-elle.
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