La bible du savoir-vivre à la française, le Bottin mondain, taxé d’archaïsme, voire de ringardise par ses détracteurs, se fait «In»... ternet. L’annuaire le plus chic, bientôt centenaire, se met à la page en ouvrant à la mi-mars un site sur Internet (http://www.bottin-mondain.com), après avoir déjà innové cette année, en publiant les adresses e-mail de celles des 43 500 familles privilégiées répertoriées, qui en possèdent. Le guide du bon goût français devient ainsi accessible à un public incomparablement plus étendu – et surtout international – que le pavé de trois kilos diffusé à 18 000 exemplaires, prêt à livrer au monde cette autre «exception française». Car le Bottin mondain, spécialité bien française, qui paraît tous les ans depuis 1903, n’est pas le Who’s who, guide de la méritocratie créé en 1953 sur le modèle anglo-saxon et publié tous les deux ans. Point n’est besoin de réussite professionnelle ou politique pour figurer dans le Bottin mondain qui se veut «l’annuaire d’un certain art de vivre, tant matériel que moral, où la famille demeure un point d’ancrage», selon la directrice de la rédaction, Blanche de Kersaint. Ainsi, le président de la République Jacques Chirac, dont les états de services s’étalent sur une demi-colonne dans le Who’s who, ne bénéficie que d’une brève mention au Bottin mondain, et encore comme l’époux de «Mme, née Bernadette Chodron de Courcelle». Son Premier ministre, Lionel Jospin, en est purement et simplement absent, comme d’ailleurs l’avionneur Serge Dassault ou l’empereur du pneumatique, François Michelin. Recommandation ou filiation Le Bottin veut «accueillir davantage les personnes que les noms, et plus que les titres, les “valeurs”, même si ce terme est aujourd’hui galvaudé», souligne Blanche de Kersaint, précisant que l’aristocratie représente moins de la moitié des «effectifs». Mais ne pénètre pas qui veut dans le Bottin qui fonctionne comme une société à part basée sur le prestige de la naissance, une même éducation, de bonnes manières, le sens de la famille. Les questions d’argent restent toujours discrètement à l’arrière-plan. Si l’inscription n’est pas payante, on n’y entre que sur recommandation ou par filiation. 1 048 nouveaux noms y figurent cette année et la liste d’attente est considérable, selon Blanche de Kersaint. Le Bottin mondain, «c’est un peu une caste. Si on s’y trouve, c’est sans doute qu’on est snob, plus snob que les autres», résume le sociologue Cyril Grange, auteur d’un ouvrage sur le thème. «Y être, c’est en être», dit-il. Parmi les 43 326 personnes mentionnées en 1999, 13 394 appartiennent à un cercle ou à un club, tels que le Jockey Club ou le Rotary Club, 9 46 sont diplômées d’une grande école et 20 971 sont décorées (482 commandeurs de la Légion d’honneur). Excellent carnet d’adresses ou monument de désuétude? Rien de tel que le Bottin mondain pour éviter des faux pas en société et apprendre comment s’adresser à un empereur ou à un roi, à un grand duc, ou encore pour savoir où trouver un fabricant d’éventails. Mais la partie guide pratique, outre sa vocation de vademecum des grandes occasions, s’intéresse aussi aux institutions et cultes, à la gestion du patrimoine, à la vie culturelle, au monde des arts, aux mariages et réceptions, etc. La rubrique tourisme donne l’annuaire des châteaux, parcs et jardins à visiter. L’an dernier, un volume spécial a été consacré à la société russe. Le Bottin, instrument indispensable de la «haute» pour s’assurer que leur progéniture côtoie le même monde lors des rallyes – ces soirées dansantes chic –, est devenu aussi une source précieuse d’informations pour les cambrioleurs futés qui s’en servent, comme du Who’s who, pour écumer les beaux quartiers.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La bible du savoir-vivre à la française, le Bottin mondain, taxé d’archaïsme, voire de ringardise par ses détracteurs, se fait «In»... ternet. L’annuaire le plus chic, bientôt centenaire, se met à la page en ouvrant à la mi-mars un site sur Internet (http://www.bottin-mondain.com), après avoir déjà innové cette année, en publiant les adresses e-mail de celles des 43 500 familles privilégiées répertoriées, qui en possèdent. Le guide du bon goût français devient ainsi accessible à un public incomparablement plus étendu – et surtout international – que le pavé de trois kilos diffusé à 18 000 exemplaires, prêt à livrer au monde cette autre «exception française». Car le Bottin mondain, spécialité bien française, qui paraît tous les ans depuis 1903, n’est pas le Who’s who, guide de la...