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Correspondance Ada, la fille de Byron, un précurseur de la science informatique(photo)

REPORTAGES
20/05/1999
«Cette machine n’a pas la prétention de créer à partir de rien. Par contre, elle peut faire tout ce que nous lui commandons d’exécuter… Aujourd’hui, elle peut analyser les données que nous lui fournissons, demain elle pourra opérer sur d’autres éléments que les nombres. Supposons, par exemple, que les relations fondamentales entre les diverses tonalités dans la science de l’harmonie et de la composition soient susceptibles d’adaptabilité, la machine pourrait composer des pièces de musique élaborées et scientifiques, de quelque complexité et étendue qu’elles soient» Cette description de fonctions déterminées de l’ordinateur date de 1843. Elle porte la signature d’Ada Byron, la fille du célèbre poète anglais Lord Byron. Âgée de 27 ans, à l’époque, la jeune femme n’avait pas rédigé là un texte de science fiction mais parlait d’un réel concept technologique qu’elle avait étudié et exploré. Surnommée «l’Enchanteresse des Chiffres», elle est la première à avoir travaillé sur le traitement automatique de l’information, préfigurant avec exactitude l’emploi des actuels logiciels. Elle est considérée, aujourd’hui, comme le précurseur de la science des ordinateurs. Le département américain de la Défense, qui a été le premier à mettre au point le système Internet pour ses travaux secrets, avait nommé, en 1979, l’un de ses programmes «Ada». À noter que c’est par la suite que l’Internet a été mis à la portée de tous. Un film intitulé Conceiving Ada était récemment sur les écrans new-yorkais. On peut en savoir beaucoup plus sur cette jeune femme de génie(elle est décédée à l’âge de 36 ans et son père à 36) en lisant une très intéressante biographie intitulée Ada l’enchanteresse des chiffres que lui consacre Betty Alexandra Toole, une spécialiste en innovation technologique ayant longuement travaillé à Silicon Valley. Comment la fille d’un poète a-t-elle pu évoluer, tel un poisson dans l’eau, dans l’univers de la science ? La bosse des maths, elle la tenait de sa mère, Anne Isabelle Milbanke, fortement marquée par les débuts de l’industrialisation et qui privilégiait le rationalisme, l’analyse des faits et l’objectivité. Quelques semaines après la naissance d’Ada, (10 décembre 1815), sa mère s’était séparée de son mari, Lord Byron . Celui-ci appelait son épouse «La princesse des parallélogrammes» et la «Médée des maths». Des surnoms bien mérités car elle devait pousser sa fille dans cette voie, affirmant: «Un poète dans la famille, c’est amplement suffisant». L’amie de Dickens, Faraday et Wheatstone Cependant, si Ada a brillé dans ce domaine, c’est parce qu’elle alliait un esprit scientifique à une imagination poétique. À l’instar de son père, elle avait la capacité d’utiliser des métaphores pour évaluer avec exactitude un concept ou une idée. Par ailleurs, le romantique Lord Byron avait dénoncé l’aspect inhumain du développement technologique . Quant à sa fille, elle partageait à moitié ses idées : elle avait fait des sciences le combat de sa vie , tout en ayant une approche métaphysique des choses. En ce temps-là, un mathématicien anglais, professeur à l’université d’Oxford, nommé Charles Babbages, avait inventé deux machines, l’une différentielle et l’autre analytique, toutes deux remarquablement en avance pour l’époque mais d’une complexité telle qu’elles ne furent jamais produites en série. Seule Ada avait compris l’importance de cette invention et avait prédit les fonctions les plus inattendues que l’on pourrait accomplir mécaniquement. Ada avait rencontré Babbages à un dîner mondain en 1833, alors qu’elle était âgée de 18 ans . Elle avait été frappée par l’universalité de ses idées et, comme lui, elle avait perçu les innombrables possibilités du mécanisme qu’il avait mis au point. Dix ans plus tard, alors qu’elle était devenue Lady Lovelace de par son mariage et qu’elle avait trois enfants, elle a traduit du français à l’anglais un article décrivant la machine analytique de Babbages. Celui-ci lui avait demandé d’y ajouter ses propres remarques. Ses suggestions, aussi longues que le texte original, prédisaient qu’une telle machine pouvait être utilisée pour composer de la musique, produire des graphiques et effectuer d’autres travaux pratiques et scientifiques. Elle ne s’était pas trompée. En poursuivant ses recherches, la jeune femme trouvait le temps de s’adonner à d’autres activités non moins prenantes. Elle aidait son mari à gérer une vaste entreprise agricole, veillait à l’éducation de ses enfants, était de toutes les mondanités, jouait du piano, de la guitare et de la harpe, faisait de l’équitation , ne ratait aucune exposition technologique et pariait sur les chevaux de course. Sans compter qu’elle avait mis au point une stratégie de jeux, à partir de chiffres, rappelant les actuels jeux pour ordinateurs. Ada entretenait une correspondance régulière avec Charles Babbages et avec sa mère. Elle avait pour amis l’écrivain Charles Dickens, le physicien Faraday, l’inventeur du kaléidoscope Sir David Brewster, le physicien Charles Wheatstone Elle désirait ardemment que les multiples fonctions de la machine analytique de Babbages deviennent une réalité. Elle a travaillé pour cela, «comme un diable», à ses dires. Et d’ailleurs, sa devise était la suivante : «Labor ipse voluptas», le travail est sa propre volupté.

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