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Actualités - Chronologie

Problèmes du XXIe siècle La menace de la biotechnocratie (photo)

Il y a déjà trois ans, un ouvrage intitulé «Le siècle biotech» signé par un écologiste américain, Jeremy Rifkin, (traduit par la suite en français aux Éd. Découverte) explorait l’inévitable retentissement du génie-génétique et de la biologie moléculaire sur la société future. Les technologies qu’ils engendrent vont fatalement entraîner des révolutions économiques, sociales et culturelles iminaginables. La découverte de l’ADN et le procédé de transfert de gènes ne vont pas manquer de se transformer, à un moment donné, en une gigantesque industrie biotechnologique. Les avantages de ces découvertes sont immenses et indiscutables. Mais leurs conséquences à long terme, sur le plan planétaire, font entrevoir des bouleversements sismiques. Déjà certaines questions se posent. L’eugénisme va-t-il devenir la règle d’une société asservie aux intérêts d’une science industrialisée souveraine?, se demandait l’auteur de l’ouvrage. Un fait arrivé en mai 98 vient donner raison aux sombres pronostics et craintes de Jeremy Rifkin. À la suite d’un article paru dans le New York Times, annonçant la découverte d’un traitement contre le cancer par des chercheurs de Boston (l’association de deux molécules intervenant sur le développement de la tumeur), la valeur des actions de la société pharmaceutique qui avait mis au point les deux produits à base de ces molécules a quadruplé dans quelques jours. Or les résultats des recherches portaient sur des souris et non pas sur des êtres humains. Des travaux de plusieurs années sont encore nécessaires pour savoir si effectivement leur efficacité est égale ou même applicable à l’homme. L’information prématurée sur la découverte ayant fait le tour du monde, on mesure les bénéfices remportés par la firme productrice de ces deux miraculeux produits. Calculs, rivalités, stratégies publicitaires se mettent déjà en branle face aux perspectives ouvertes par la biotechnologie et ses prolongements économiques. Jeremy Rifkin, jouant les Cassandre, pose une fatidique question: En cas de catastrophe écologique, qui sera responsable du désastre? Quelle autorité aura le droit de juger pareil crime et imposer les mesures adéquates? À qui va-t-on confier la mission de décider de l’emploi d’un gène ou encore de sa qualité de «bon» ou de «mauvais»? L’affaire des chercheurs de Boston et d’Entremed (la société productrice des deux molécules) a incité Rifkin à la création d’une fondation, la Economic Trends Foundation, dont l’objectif serait l’éveil des consciences face au risque de semblables dérapages. Des campagnes sont donc organisées contre les mères porteuses, les aliments transgéniques et les manipulations d’embryons humains. «Nous ne combattons pas le progrès, déclare l’initiateur, mais l’avenir que les industriels nous préparent: cette “appropriation du vivant” par des firmes multinationales. Il faut que, dès à présent, la guerre soit déclarée contre l’avènement d’une société eugéniste mercantile». Même si la croisade de ce Don Quichotte des temps futurs prend l’allure d’une attaque perdue d’avance contre des moulins à vent, elle force à prendre conscience d’une redoutable réalité: nous sommes à la veille de l’avènement d’une nature artificielle destinée à remplacer les mécanismes originels de l’évolution. Les technologies actuelles permettent de remodeler la vie sur cette planète. Créés dans les laboratoires, ces êtres à l’ADN reprogrammé vont se multiplier sur une terre dont la moitié des surfaces cultivables, des pays industrialisés, sera (d’ici cinq ans) couverte par une flore transgénique. «À qui fera-t-on croire, avertit Jeremy Rifkin, qu’un pouvoir aussi inouï ne présente aucun risque substantiel?».
Il y a déjà trois ans, un ouvrage intitulé «Le siècle biotech» signé par un écologiste américain, Jeremy Rifkin, (traduit par la suite en français aux Éd. Découverte) explorait l’inévitable retentissement du génie-génétique et de la biologie moléculaire sur la société future. Les technologies qu’ils engendrent vont fatalement entraîner des révolutions économiques, sociales et culturelles iminaginables. La découverte de l’ADN et le procédé de transfert de gènes ne vont pas manquer de se transformer, à un moment donné, en une gigantesque industrie biotechnologique. Les avantages de ces découvertes sont immenses et indiscutables. Mais leurs conséquences à long terme, sur le plan planétaire, font entrevoir des bouleversements sismiques. Déjà certaines questions se posent. L’eugénisme va-t-il...