Le stress, qui n’y est pas soumis ? Il suffit parfois d’activités quotidiennes, comme celles de prendre la route ou de travailler à un rythme effréné (sans compter les émotions et les maladies), pour sentir monter la tension et peser un fardeau insupportable sur l’organisme comme sur la faculté d’endurance psychique. Des troubles peuvent apparaître, d’ordre physiologique ou psychologique, dus notamment au stress du travail. Quels sont les troubles les plus fréquents et comment les éviter ? Des spécialistes se prononcent. Le stress est défini dans le Larousse comme étant «l’ensemble des perturbations organiques et psychiques provoquées par des agents agresseurs variés, comme le froid, une maladie infectieuse, une émotion, un choc chirurgical...». Cependant, il est évident qu’il n’affecte pas tout le monde de la même façon. «Le stress est un état dû à des agents extérieurs d’agression», explique Maurice Khoury, psychologue et psychanalyste. «Dans un état de stress, on mobilise certaines défenses pour faire face à cette agression. Les symptômes, comme l’hypotension, la tachycardie, les douleurs somatiques, les troubles de sommeil... sont des réactions d’alarme, des signes que tout ne va pas bien. Si le sujet reste soumis au stress assez longtemps sans en rechercher les causes, il arrive à l’épuisement. Le symptôme est un compromis pour atteindre une sorte d’équilibre». Selon le Dr Charles Baddoura, professeur de psychiatrie, le stress est une réaction à un vécu d’agression (ce qui est perçu comme une agression). Le stress est une notion relative puisqu’elle dépend de la personnalité du sujet (s’il est fragile, il est plus facilement stressé), dit-il. Mais il y a des conditions qui exercent une pression sur tout le monde, physiquement (heures supplémentaires, etc.) ou psychologiquement, comme les problèmes qu’on peut avoir avec une image d’autorité (soumission extrême, agressivité, mal à s’adapter...)». Pour le Dr Khoury, aussi, la gravité des conséquences du stress dépend de l’individu, ou plus exactement de son fonctionnement mental. «Si on peut observer un équilibre entre les exigences intérieures et celles du monde extérieur, on a moins de chances de stresser», explique-t-il. «Certains se complaisent dans un état de tension et continuent à mener le même genre de vie. D’autres personnes sont plus anxieuses à la base et supportent moins la pression». Symptômes physiques Mais le stress, s’il est un état psychologique, n’en a pas moins des symptômes physiques puisqu’il a des incidences surtout sur l’organisme. Ces symptômes, le Dr Antoine Saad, médecin généraliste et spécialiste des maladies infectieuses, les résume ainsi. «On remarque tout de suite les signes du stress à l’expression du visage, les yeux et les muscles sont tirés, à la façon de parler, à la position du corps», dit-il. «Il y a également des signes physiques comme les tremblements, les palpitations, la transpiration». Interrogé sur les troubles pouvant résulter du stress, le Dr Saad répond : «De nombreuses maladies peuvent être causées par le stress parce que tous les systèmes du corps se fatiguent dans un tel état. Maux de tête, maux d’estomac (notamment des ulcères, des diarrhées), crampes des muscles (surtout au niveau des épaules pour les personnes assises de longues heures devant leur bureau), troubles respiratoires, troubles urinaires, tous peuvent résulter d’une période de stress trop longue. Celui-ci aggrave également les habitudes nocives comme le tabac et l’alcool. Ajouté à l’anxiété (sentiment plus profond), il peut causer une sensation d’étouffement». Comment, en tant que généraliste, peut-il discerner entre une maladie physiologique et un trouble dû au stress ou à un état psychologique quelconque ? «Je procède par élimination, répond-il. Si je ne trouve pas les causes organiques, je commence à considérer la possibilité de problèmes psychologiques». Mais est-ce que le stress à lui seul peut suffire à causer des troubles psychologiques graves ? Le Dr Khoury pense que non. «Une personne saine ne peut pas contracter une maladie psychologique rien que parce qu’elle est stressée, dit-il. Il faut une prédisposition. Certes, le stress peut être un facteur aggravant, mais il est plus ponctuel que des troubles psychologiques profonds. Si on interrompt quelque temps la pression du travail, les symptômes diminuent». Le Dr Baddoura insiste lui aussi sur le facteur de la prédestination, mais pense qu’ «un excès de stress à long terme peut mener à une maladie psychosomatique, soit à une situation d’anxiété». Incidence sur le travail Ce qui rend le stress particulièrement incommode dans la vie active, c’est qu’il affecte, selon les spécialistes interrogés, la qualité du travail, la concentration et le rendement. Il peut même conduire l’individu à adopter une situation de fuite par rapport à son travail. Quand est-il recommandé de consulter un psychologue ? «Quand on se sent vraiment mal, que la situation devient insupportable», souligne le Dr Baddoura. «Le psychologue peut aider la personne si celle-ci n’arrive pas à s’en sortir toute seule, s’il y a des répercussions négatives sur sa vie», ajoute le Dr Khoury. «Parfois, des personnes consultent un psychologue parce qu’elles sont stressées, alors qu’elles souffrent d’un mal plus profond dont le stress n’est qu’une façade, un signal d’alarme». Comment prévenir le stress au travail ? Le Dr Saad pense que «la relation interpersonnel est très importante. La direction d’une entreprise peut contribuer à créer une atmosphère plus détendue dans le lieu de travail, à simplifier les relations entre les gens, à assurer un grand espace bien aéré», ajoute-t-il. Le Dr Baddoura rappelle qu’il vaut mieux prévenir que guérir. «D’une part, il faut créer de meilleures conditions de travail à la base , dit-il. D’autre part, je suis personnellement favorable à la présence d’un psychologue sur le lieu du travail. Les tests instaurés par les Américains peuvent s’avérer aussi très utiles : tout postulant aux États-Unis doit passer un examen qui permet à ses futurs employeurs de savoir s’il est vraiment fait pour ce genre de poste et pour le mode de vie qui l’accompagne. En casant les bonnes personnes aux bonnes places, on leur évite beaucoup de stress inutile». Le Dr Khoury, quant à lui, est persuadé que le stress au travail ne peut pas provenir seulement des contraintes découlant du poste qu’on occupe. «On peut essayer de prévenir le stress en cernant les vrais problèmes, pas en adoptant des solutions superficielles, dit-il. L’énergie intérieure est beaucoup plus importante que les pressions extérieures». Certains objecteront que travailler sous pression peut donner un meilleur rendement et qu’il n’y a que peu d’emplois qui ne soient accompagnés de leur lot de tension. Cela est vrai, mais le stress et les troubles qu’il implique invariablement proviennent d’un trop-plein dont le corps essaie de nous avertir. Il faut rester à leur écoute... si la lecture de cet article ne vous a pas déjà assez stressé.
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