Le Premier ministre Costas Simitis a été contraint jeudi de sacrifier trois hommes-clés de son gouvernement qui paient la gestion calamiteuse de l’affaire Öcalan, pratiquement arraché des mains des Grecs par le grand rival turc au Kenya. Les ministres des Affaires étrangères Théodore Pangalos, de l’Intérieur Alekos Papadopoulos et de l’Ordre public Philippos Petsalnikos ont démissionné à la demande du chef du gouvernement, a annoncé le porte-parole du cabinet Dimitris Reppas. Le nom de leurs successeurs n’est pas encore connu. L’annonce de l’enlèvement par un commando turc du chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatiste), sur la route de l’aéroport de Nairobi alors qu’il venait de quitter la résidence de l’ambassadeur de Grèce où il était hébergé depuis douze jours, avait déclenché une tempête dans la presse et l’opposition, qui criaient au «déshonneur» et exigeaient le départ de M. Pangalos. L’effet produit par le défilement continuel sur les télévisions des images d’Öcalan menotté, dans l’avion le conduisant en Turquie, a exacerbé les tensions. Ces images «ont renforcé le sentiment initial d’un fiasco moral et diplomatique sans précédent», soulignait le quotidien libéral Kathimerini. De source grecque informée, on indique que plusieurs ministres ont demandé à M. Simitis de trancher, menaçant de démissionner si leurs collègues les plus exposés ne le faisaient pas. Peu avant l’annonce de la démission, le ministre des Affaires européennes Georges Papandréou faisait savoir qu’il n’avait été informé de rien et demandait que «l’affaire Öcalan soit totalement tirée au clair (...) aussi douloureux que cela puisse être». Le porte-parole du gouvernement a exonéré les trois démissionnaires de toute critique et continué d’affirmer que les autorités avaient «fait leur devoir». Il a reconnu «des erreurs et des défaillances» imputées à l’action du lobby pro-kurde, qui traverse tous les courants politiques grecs. Parmi eux figurent quelques députés du PASOK (Parti socialiste pro-hellénique, au pouvoir) ou encore un amiral en retraite qui ont œuvré, selon leurs propres déclarations, à la venue en Grèce d’Abdullah Öcalan à deux reprises, fin janvier et début février, plaçant les autorités devant le fait accompli, selon M. Reppas. Le Premier ministre, a rapporté à ce sujet M. Reppas, a «donné l’ordre que soient établies les responsabilités» de toutes ces personnes, et une enquête judiciaire a été ouverte. Quelques heures avant sa démission, M. Pangalos vilipendait «un problème dans le fonctionnement du secteur public» qui a conduit à l’arrivée du leader kurde en Grèce «sans que personne ne s’en rende compte». Dans le quotidien Ta Néa, il a mis en cause «l’aviation civile, les autorités judiciaires, la police et les douanes». Étalant lui aussi au grand jour les querelles internes, son collègue de l’Intérieur Alekos Papadopoulos critiquait implicitement le chef de la diplomatie. «L’ambassade et la résidence étaient encerclées par des forces de sécurité (...) et la vie d’Öcalan était en danger d’enlèvement», a-t-il dit. «Il fallait rendre publique l’affaire, trouver un accord avec le Kenya afin de transporter Öcalan dans un pays tiers ou, si ce n’était pas possible, le faire revenir en Grèce pour envisager la suite», a-t-il dit. Quant à la question kurde, M. Pangalos a admis implicitement que l’attitude très favorable de la Grèce à l’égard du PKK était en cause dans le fiasco diplomatique. «Tout en soutenant la lutte kurde, la Grèce ne devait donner nulle part l’impression qu’elle s’identifie à la forme le plus extrémiste, la plus isolée et actuellement en recul de ce combat», a-t-il lâché.
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