Les efforts internationaux ont redoublé d’intensité pour donner une impulsion décisive à la conférence de paix sur le Kosovo réunie à Rambouillet, à l’approche d’une première date limite fixée aux Serbes et aux Albanais du Kosovo. Samedi, les deux délégations doivent avoir soit conclu un accord, soit réalisé des progrès suffisants pour que les organisateurs leur octroient une deuxième semaine de discussions. Les coprésidents de la conférence, les ministres français et britannique des Affaires étrangères, Hubert Védrine et Robin Cook, sont de nouveau attendus jeudi au Château de Rambouillet, près de Paris, ainsi que le président de la République de Serbie, Milan Milutinovic, a annoncé mercredi Mme Anne Gazeau-Secret, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse à Rambouillet. Selon un diplomate occidental proche des pourparlers, l’un des problèmes que les médiateurs rencontrent est le fait que la délégation de Belgrade, d’un niveau peu élevé puisqu’elle est dirigée par un vice-Premier ministre de la République de Serbie, doit constamment en référer à Belgrade pour ses décisions. L’arrivée annoncée en France de M. Milutinovic pourait être liée à ce problème. Une source serbe à Rambouillet a estimé que la venue de M. Milutinovic témoignait d’une volonté accrue des autorités de Belgrade de montrer l’importance qu’elles accordent aux pourparlers qui se déroulent en France. Dans sa première déclaration sur les négociations à huis clos engagées samedi en France, Milosevic a affirmé que le Kosovo devrait rester au sein de la Serbie, quel que soit le règlement de paix auquel on parviendrait – perspective que rejette la majorité albanophone de la province. Védrine a fait état de difficultés dans les négociations, ajoutant qu’il tenterait de débloquer la situation avec l’aide de Cook. «C’est extrêmement difficile, mais les négociateurs travaillent d’arrache-pied et nous maintenons la pression maximum. C’est pour cela que Robin Cook et moi-même allons demain à Rambouillet», a t-il dit après un entretien avec Aleksandar Dimitrov, ministre des Affaires étrangères de Macédoine. À Bruxelles, on a rapporté de source proche de l’Otan que l’alliance achèverait dans les tout prochains jours ses plans relatifs au déploiement d’une éventuelle force de maintien de la paix au Kosovo précédée par une solide avant-garde. Les ambassadeurs de l’alliance ont fait savoir que tout serait prêt au cas où Serbes et Kosovars parviendraient à un accord sur l’avenir de la province albanophone. Dans le cas contraire, l’Otan a menacé de bombarder des positions serbes. Milosevic, dont les propos ont été rapportés par l’agence officielle Tanjug, intervenait lors d’un entretien à Belgrade avec le chef de la diplomatie grecque, Theodoros Pangalos. Le dirigeant yougoslave a affirmé que toute solution politique devrait s’inscrire «dans les limites du système constitutionnel de la Serbie, ce qui présuppose un respect sans équivoque de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale de la Serbie et de la Yougoslavie». Il laisse ainsi entendre qu’il ne compte pas transiger sur le statut du Kosovo. S’adressant aux journalistes en marge de la conférence, Phil Reeker, porte-parole du médiateur Chris Hill, a déclaré dans l’après-midi que Milutinovic venait consulter les délégués serbes. Reeker ajoutait que les négociations progressaient en dépit de désaccords sur certains points. «Bluff» serbe rejeté par les Albanais Selon des diplomates occidentaux, les délégués serbes et kosovars travaillent toujours sur les premiers documents du projet de plan de paix qui leur ont été remis dimanche, ainsi que sur trois annexes concernant le maintien de la paix, la tenue d’élections et la révision de la Constitution. Deux autres annexes, relatives à la reconstruction économique du Kosovo et à la protection des sites historiques serbes de la province, devraient être présentées prochainement aux deux délégations. De source proche des discussions, on a rapporté mercredi que la délégation de Belgrade avait proposé de discuter en face à face avec les représentants albanais. Mais ces derniers ont dit considérer l’offre serbe comme un coup de bluff parce qu’elle requérait au préalable une allégeance de leur part à la République fédérale de Yougoslavie. À Belgrade, l’agence Tanjug a annoncé que les délégués albanophones avaient rejeté la proposition serbe, ce qui n’a pas été confirmé de source indépendante à Rambouillet. Cette offre, liée à une requête de Belgrade portant sur l’acceptation par les Albanais de dix principes dont le respect des frontières yougoslaves, illustre la montée des enchères qui a lieu à Rambouillet. À Londres, on a déclaré de source diplomatique qu’il était «hautement probable» que les ministres des Affaires étrangères des pays du Groupe de contact – États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Russie et Italie – se rendent à Rambouillet ce week-end pour examiner l’état des négociations.
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