La presse anglaise, unanime, impressionnée par la performance mercredi à Wembley de l’équipe de France victorieuse de l’Angleterre (2-0), a reconnu jeudi la supériorité des champions du monde et pointé les faiblesses, notamment au milieu de terrain, de l’Angleterre. The Independent: «La France a commencé doucement mais une fois que l’équipe s’y est mise, elle a entièrement justifié son statut de championne du monde. Leur victoire totale a réduit à néant la croyance de l’ancien sélectionneur anglais (Glenn Hoddle) que son équipe aurait dû être sacrée championne du monde l’été dernier. La seule consolation que peut avoir Howard Wilkinson (le successeur d’Hoddle), c’est qu’il n’y a pas de déshonneur à perdre face à une aussi bonne opposition». The Guardian: «L’Angleterre a été mise hors de position, hors de vitesse, hors du jeu, humiliée au-delà du raisonnable. Lors de ses quatre précédentes visites à Wembley, la France a été battue sans parvenir à inscrire le moindre but. Mais la nuit dernière, ils auraient pu inscrire deux fois plus de buts sans que cela ne soit injuste». The Daily Telegraph: «Il n’y avait rien de très amical dans la nette supériorité française la nuit dernière. Contrastant de façon poignante avec l’Angleterre, la France a monopolisé le ballon, le faisant circuler infailliblement pour chercher les failles croissantes dans le système des Blancs. Zinedine Zidane a endossé le costume du bourreau, catalyseur des buts d’Anelka. La France a infligé un camouflet démoralisant à l’Angleterre, un mois avant le match d’éliminatoires de l’Euro-2000 contre la Pologne». The Daily Mail, dont les deux titres de une sont «Etrillés par les mousquetaires» et, en français, «Les Misérables»: «Ce qu’il manque à l’Angleterre, c’est un génie créateur au milieu comparable au footballeur mondial de l’année français. Zinedine Zidane, le buteur merveilleux qui permit à la France de l’emporter en finale de la Coupe du monde, a, d’un coup de patte, pris le dessus sur le piège du hors-jeu mis en place par l’équipe d’Angleterre». The Sun s’interroge en une: «Où est le nouveau Gazza?». «Le football anglais a un déficit chronique d’inspiration, de dynamisme et d’idées nouvelles. Il n’y a qu’une personne (comme entraîneur) pour y remédier: Kevin Keegan. La Fédération doit tout faire pour le convaincre de changer d’avis et de venir mettre son talent unique au service de notre football». «La France est une opposition coriace… En première période, les Français ont rarement passé la seconde. Mais après la pause, oh mon Dieu... Le moteur français s’est mis en branle tel celui d’une Formule 1 Renault alors que l’Angleterre calait dans une fumée d’épuisement». Nicolas Anelka se révèle Bien qu’il refuse de l’admettre lui-même, Nicolas Anelka s’est peut-être imposé mercredi comme le buteur que la France cherchait depuis quatre ans. Sur la pelouse de Wembley, l’attaquant d’Arsenal a offert une victoire historique (2-0) à une équipe qui n’avait pas voulu de lui pour disputer sa Coupe du monde. Que ce buteur de 19 ans, benjamin des champions du monde, ait assuré la première victoire française dans l’antre du football anglais n’est pas le moindre des paradoxes qui jalonnent sa carrière. Sa timidité et son phrasé minimaliste n’ont jamais plaidé en faveur d’une reconnaissance de ses talents naturels. Lorsqu’il n’était qu’un adolescent, le Paris Saint-Germain n’avait pas eu l’imagination de le garder et de lui assurer la place de titulaire dont il rêvait. Parti chercher fortune à Arsenal, une saison a suffi pour qu’Arsène Wenger en fasse son attaquant fétiche. «Les gens me font plus confiance maintenant. La preuve, depuis le début de la saison je ne suis pas resté sur le banc avec mon club». Bien que connu pour son flair, Aimé Jacquet a commis la même erreur que le P-SG. À la recherche d’un véritable marqueur avant la Coupe du monde, le coach français avait lancé Anelka dans le grand bain en Suède en avril: un match crispant qui venait au mauvais moment pour les Bleus et s’était soldé par un match nul (0-0) à Stockholm. La prestation d’Anelka avait été remarquée comme le démontra ensuite sa présence parmi les 28 présélectionnés du Mondial. Au moment crucial, Jacquet préféra pourtant ne pas le garder sur sa liste définitive, lui préférant poste pour poste l’Auxerrois Stéphane Guivarc’h, alors meilleur buteur du championnat de France. «Notre Ronaldo» «Les deux buts que j’ai marqués ce soir ne me font pas regretter la Coupe du monde. J’ai fait ce que j’avais à faire, c’est tout. Je suis content mais il ne s’agit pas de s’enflammer», affirme-t-il. D’expérience, le jeune canonnier rappelle qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. «Bien sûr, je sens que je progresse au fil des matches, mais pour l’instant je ne suis rien du tout. Je ne sais pas où je serai dans cinq ou six matches. Si je ne serai pas blessé», dit-il. Les chiffres parlent pourtant en sa faveur: en cinq sélections, il a inscrit trois buts, le précédent lors de la victoire (3-2) de la France à Moscou au mois d’octobre. Étrangement, les Français n’avaient jamais non plus gagné en Russie et ils avaient livré ce jour-là leur meilleur match post-Mondial. «Anelka, c’est notre Ronaldo à nous», a commenté le capitaine tricolore Didier Deschamps. «Il est toujours là au bon moment.» «Un tel compliment me flatte car Ronaldo c’est un personnage que je respecte et que j’admire», a répondu en écho, Anelka. «Mais il y en a d’autres que j’apprécie beaucoup comme Romario ou Weah». Roger Lemerre, qui a eu le mérite de faire appel à lui dès que les lampions de la Coupe du monde furent éteints, relativise la performance de son protégé. «S’il a réussi à marquer c’est parce qu’on lui a donné de bons ballons. Notre jeu de passes a été excellent en seconde période. Il n’a fait que concrétiser les efforts du collectif», a déclaré Lemerre. S’il n’est pas encore devenu indispensable, le Gunner, en trouvant deux fois le chemin des filets, a pris autant de longueurs d’avance sur ses concurrents, Lilian Laslandes, Florian Maurice ou David Trezeguet. Il aurait pu en prendre une de plus si son tir sur la barre à la 64e minute avait été déclaré valable, comme semblent le prouver les images vidéo. «Ce soir, en fait, il a réussi le hat-trick», a souligné Lemerre, rendant hommage à son buteur.
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