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Actualités - Chronologie

Charité mal ordonnée Le scandale des dons en médicaments

Incroyable et pourtant vrai : des tonnes de médicaments pour sauver prétendument des vies humaines, offerts à des pays pauvres par des pays industrialisés dans un bel élan de solidarité, ne sont en fait bon que pour la poubelle! La belle fresque de la fraternité mondiale vient d’être souillée à mort : l’Organisation mondiale de la santé vient d’informer que ce sublime élan de solidarité n’est qu’un moyen de se débarrasser de médicaments inutilisables par les pays donateurs. L’événement rappelle une vieille caricature mettant en scène une mendiante déguenillée à qui une dame en fourrure offrait une vieille robe du soir. La légende conseillait : «Aimez-vous les uns les autres». Le communiqué de l’OMS pourrait servir de légende à un amas de médicaments périmés. Cette organisation, en effet, constate, après une introduction ménageant la susceptibilité des pays donateurs, que sur les 108 listes de dons en médicaments envoyés au Kosovo, en mai dernier, la moitié était inutilisable : manque de dates de péremption, marques totalement inconnues, indication de la durée de conservation dépassée ou inférieure à un an, lorsque la durée de vie du médicament était de cinq ans. Par ailleurs, 18% des dons étaient constitués d’échantillons gratuits ou de médicaments rendus par les pharmaciens, donc invendables. «Aucune de ces pratiques n’est acceptable», dénonce le communiqué de l’organisation internationale, sans autre commentaire. Débarras à bon compte Il semble que si le phénomène est dénoncé publiquement pour la première fois, il constitue une très vieille coutume qui alimente toute une anthologie africaine d’anecdotes humiliantes à propos des dons des pays nantis. Jusqu’à présent, le secret était bien gardé mais voilà que maintenant les détails s’éventent. Selon une étude réalisée en 1997 par Pharmaciens Sans Frontières, 50 à 60% des médicaments reçus en dons, en Bosnie, étaient «inadaptés». Ce qui fut également le cas pour le Rwanda, la Somalie et le Honduras. Averti par ces expériences, le directeur du département pharmaceutique de l’OMS, Jonathan Quick, n’a pas hésité à signaler que «si les principes relatifs aux dons des médicaments pour les sinistres de la Turquie, à la suite des tremblements de terre, n’étaient pas respectés, il pourrait en être de même pour les pays précités». Déjà l’OMS a dépassé le stade de la constatation silencieuse. Dans un des rapports, il est précisé que «la générosité suscitée par certains grands sinistres aboutit à ce que des quantités importantes de fournitures médicales non sollicitées entravent la reconstitution des stocks des structures médicales». La même constatation est rapportée dans un des documents de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Selon les nouvelles directives de l’OMS, revisant celles de 1996, applicables aux dons de médicaments, les pratiques doivent obligatoirement être réformées. 40% des pays ont répondu favorablement jusqu’à présent. Mais 52% des bénéficiaires préfèrent maintenant refuser les dons non désirés. Pourtant, les nouvelles directives sont inspirées d’un bon sens évident : veiller à ce que les dons soient utiles à la situation précise qui inspire leur envoi, respecter les souhaits et l’autorité du pays bénéficiaire, observer des normes identiques et veiller à une communication efficace entre donateurs et bénéficiaires. Pourtant 60% des donateurs n’ont pas encore accepté les nouvelles directives. Les problèmes de l’élimination La fausse générosité des pays nantis cache un autre problème hautement préoccupant, lui aussi. Celui de l’élimination des produits, parfois très toxiques. Leur destruction nécessite des installations complexes et très coûteuses dont les malheureux pays bénéficiaires ne peuvent avoir. Ils se trouvent ainsi non seulement frappés par un sinistre mais aussi menacés par un autre dont, en principe, il devait les secourir. Une solution consisterait à envoyer des incinérateurs, comme fut le cas en 1996 pour l’Arménie confrontée au problème des donations pharmaceutiques inadéquates. Mais le coût de semblable opération est énorme et assurément impossible à couvrir par un pays déjà éprouvé. Une autre solution envisagée serait d’envoyer les produits dans un autre pays à incinérateurs, afin d’être détruits. Mais qui assumerait, alors, les 2 à 4 millions de dollars pour chaque mille tonnes de fournitures médicales et de produits inadaptés? Ce fut le problème très épineux qui s’est posé à la Croatie et qui n’a pas encore trouvé sa solution. Devant cette désolante situation, l’OMS se voit forcée d’enseigner aux malheureux bénéficiaires des dons empoisonnés, comment s’en débarrasser au moindre coût et avec un minimum de risques. Quelle belle image du siècle qui se termine que cette gesticulation caritative qui consiste à vider ses poubelles sur les victimes des catastrophes en se disant que de toute façon ils vont mourir.
Incroyable et pourtant vrai : des tonnes de médicaments pour sauver prétendument des vies humaines, offerts à des pays pauvres par des pays industrialisés dans un bel élan de solidarité, ne sont en fait bon que pour la poubelle! La belle fresque de la fraternité mondiale vient d’être souillée à mort : l’Organisation mondiale de la santé vient d’informer que ce sublime élan de solidarité n’est qu’un moyen de se débarrasser de médicaments inutilisables par les pays donateurs. L’événement rappelle une vieille caricature mettant en scène une mendiante déguenillée à qui une dame en fourrure offrait une vieille robe du soir. La légende conseillait : «Aimez-vous les uns les autres». Le communiqué de l’OMS pourrait servir de légende à un amas de médicaments périmés. Cette organisation, en effet,...