Le Kenyan Joseph Chebet, après deux deuxièmes places, a finalement remporté dimanche le marathon de New York, devenant seulement le troisième marathonien de l’histoire à réaliser le doublé Boston-New York la même année. Chebet, 29 ans, par deux fois dominé par son compatriote John Kagwe en 1997 et 1998, a franchi la ligne en 2h09 min 14 sec, avec 7 secondes d’avance sur le vétéran portugais Domingos Castro, 35 ans, loin du record de l’épreuve (2h08 min 01 sec par le Tanzanien Ikangaa en 1989) et encore plus loin de l’officieux record du monde du Marocain Khalid Khannouchi (2h05 min 42 sec) vieux d’à peine une quinzaine de jours. Un autre Kenyan, Shem Kororia, a pris la troisième place devant l’Italien Giacomo Leone et John Kagwe, seulement cinquième. Pour Chebet, l’avant-dernière année du siècle restera celle des revanches. En avril, il avait remporté le marathon de Boston, là aussi en appelant d’une deuxième place l’année précédente. Avant le Kenyan, seuls les Américains Alberto Salazar et Bill Rodgers étaient parvenus à inscrire la même année leurs noms aux palmarès des deux principaux marathons organisés aux États-Unis. «Je savais qu’aujourd’hui serai mon jour», a souligné le Kenyan, à qui sa victoire vaut une voiture neuve et un premier prix de 50 000 dollars. «Il fallait bien que je finisse par gagner ici», a-t-il ajouté. Chebet, toujours bien placé, a lancé son attaque peu après le passage au 38e des 42,195 km de l’épreuve. La résistance de Castro Seul le Portugais Domingos Castro parvenait à s’accrocher à la foulée du Kenyan. Dans le dernier kilomètre, Castro tentait à plusieurs reprises de surprendre son adversaire. Mais Chebet était trop fort dimanche après avoir préparé la course pendant trois mois au Kenya. Le Portugais était néammoins plus que satisfait de sa deuxième place, prouvant qu’il possédait encore des ressources à un âge ou d’autres songent à la retraite. «Avant New York, de tas de gens disaient que j’étais fini, que j’étais trop vieux, a-t-il lancé. Aujourd’hui, j’ai montré le contraire. J’ai fait une très bonne course que j’aurais pu gagner, mais mes jambes étaient fatiguées sur la fin». La course féminine est revenue à la Mexicaine Adriana Fernandez, qui, elle aussi, avait pris la deuxième place il y a un an. Après une deuxième moitié de course plus rapide que la première, Fernandez, 28 ans, s’est imposée aisément en 2h25 min 05 sec avec plus de deux minutes d’avance sur la Kenyanne Catherine Ndreba (2h27 min 34 sec), l’Allemande Katrin Dorre-Heinig prenant la troisième place en 2h28 min 41 sec. Décrochée avant même le passage au 25e kilomètre, l’Italienne Franca Fiacconi, victorieuse il y a un an, mais encore mal remise d’une fracture du coude droit quatre jours avant les championnats du monde de Séville en août, a fini par prendre la 4e place à distance respectable (2h29 min 49 sec). Première mexicaine à s’imposer à New York, Fernandez, venu à la course à pied pour perdre du poids, pense maintenant déja au marathon olympique dans un ans à Sydney. «Je vais me concentrer là dessus, a-t-elle déclaré. En attendant, j’espère que les gens à Mexico fêtent ma victoire comme ils le font quand c’est l’équipe de football qui gagne». Les classements Voici les classements du marathon de New York, couru dimanche : Messieurs : 1. Joseph Chebet (Ken) 2h09’14’’ 2. Domingos Castro (Por) 2h09’20’’ 3. Shem Kororia (Ken) 2h09’32’’ 4. Giacomo Leone (Ita) 2h09’36’’ 5. John Kagwe (Ken) 2h09’39’’ 6. Elijah Lagat (Ken) 2h09’59’’ 7. Abdelkader el-Mouaziz (Mar) 2h10’28’’ 8. Simon Biwott (Ken) 2h11’25’’ 9. Martin Fiz (Esp) 2h12’03’’ 10. Silvio Guerra (Équ) 2h13’24’’ 11. Danilo Goffi (Ita) 2h14’25’’ ... 48. Pascal Piveteau (Fra) 2h30’59’’. Dames : 1. Adriana Fernandez (Mex) 2h25’06’’ 2. Catherine Ndereba (Ken) 2h27’34’’ 3. Katrin Dorre-Heinig (All) 2h28’41’’ 4. Franca Fiacconi (Ita) 2h29’49’’ 5. Irina Timofeyeva (Rus) 2h31’21’’ 6. Anuta Catuna (Rou) 2h32’05’’. La revanche des « Pingouins » On peut être empâté, lent, courir sur pattes et enchaîner (dans la joie) les marathons : parce qu’il a convaincu des milliers de coureurs amateurs qu’ils étaient des Pingouins, John Bingham a déclenché une révolution culturelle dans le monde sportif américain. Dimanche, plusieurs dizaines de Pingouins, ces concurrents d’un nouveau genre qui courent sans regarder leur montre, devaient prendre le départ du plus fameux marathon au monde, celui de New York. Leur maître à penser, ancien professeur de musique dans le Tennessee devenu Pingouin à temps plein, ne sera pas parmi eux, même s’il a fait le voyage. Après avoir couru les 42 km (en plus de cinq heures) il y a deux semaines, John Bingham se repose en vue de celui de Florence (Italie) à la fin du mois. «J’ai commencé à courir il y a sept ans. Je pesais plus de cent dix kilos et fumait beaucoup», raconte cet homme de 50 ans à la moustache grisonnante et au regard malicieux. «Après six mois, je me sentais mieux, plus léger. Alors je me suis regardé dans une vitrine : j’ai vu un petit homme avec un gros ventre... Une démarche de pingouin... Tout est parti de là». Il envoie sa première Chronique du pingouin, où il confie ses états d’âmes de néophyte à un forum de discussion sur Internet. Elle lui vaut des encouragements et attire l’attention de Runner’s world, la bible mensuelle des coureurs américains. Aujourd’hui, c’est une pleine page signée John “The Penguin” Bingham. Dans l’édition d’octobre, cette phrase : «Courir ne doit pas seulement signifier aller plus vite et plus loin. Cela peut simplement signifier être libre». «Ce type est devenu une star dans le monde de la course», s’amuse Amby Burfoot, de Runner’s World. John Bingham est devenu le porte-parole d’une nouvelle génération de coureurs, bien éloignée de l’archétype du grand maigre aux longues jambes. Il a convaincu les enrobés, les patauds, les pieds-plats qu’il n’y avait pas de honte à trottiner ou même (hérésie !) à marcher pendant un marathon. «Je leur ai donné une identité», sourit-il. «Avant, ils étaient en queue de peloton et en avaient honte. Maintenant, ils s’enorgueillissent d’être lents. Et ils ne sont pas lents... Ce sont des Pingouins !» Son livre, Le courage de prendre le départ, a été publié par un grand éditeur new-yorkais. Des «brigades des Pingouins» se forment dans de nombreux états de l’Union, avec sorties en forêt hebdomadaires. Des Pingouins ont été repérés au Canada et jusqu’au Brésil. «Nous, les Américains, nous devons toujours aller plus vite, plus haut, plus fort», plaide John Bingham. «Mais si notre vie est déjà une course, pourquoi se presser dans ce qui est un loisir ? Nous avons lancé une sorte de révolution culturelle. Le message des Pingouins est, en quelque sorte, subversif». Face à la montée du phénomène, le monde de la course à pieds (un univers qui brasse des millions aux États-Unis), et particulièrement les organisateurs de courses, ont réagi. Fini le temps où, quatre heures après l’arrivée du premier, l’horloge et les stands de ravitaillement étaient démontés. À New York, ils devaient rester en place pendant huit heures. «Les Pingouins sont devenus une force économique», se réjouit leur père-fondateur. «Nous ne nous inscrivons pas dans les courses qui ignorent les coureurs lents. Et dans ce pays, dès qu’il y a de l’argent à faire...» Mais l’irruption de hordes de Pingouins lambinant en queue des marathons ne réjouit pas tout le monde. «Des milliers de coureurs de compétition de tous niveaux ne peuvent pas s’inscrire à New York à cause de la prolifération de marcheurs ou de joggers», s’insurge, dans une lettre au New York Times, Mark Schoifet. «Ils ne comprennent pas le vrai but de la course à pieds : la recherche de l’excellence». Pour 30 000 places, les organisateurs du marathon de New York ont reçu cette année 69 000 demandes.
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