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Actualités - Opinion

Censure et cinéma Ne coupez pas, SVP !

Avant d’en parler, posons un préalable. La censure, souvent accusée d’être «un mal, mais un moindre mal», reste, qu’on le veuille ou non, une nécessité. Sans doute regrettable mais malheureusement inéluctable (nous parlons ici des films de cinéma et de télévision). Prétendre le contraire et réclamer son abolition relèvent d’une démagogie complaisante. Nous sommes au Liban, après tout, pas en France (où le cinéma demeure d’ailleurs, de tous les arts, le seul encore assujetti à la censure, du moins théoriquement). Sans parler de tant d’autres pays, où la censure se montre souvent autrement plus rigoureuse et maladroite (pour ne pas employer un autre terme) que chez nous. Au Liban, donc, le problème est autre. Il s’agit du fonctionnement de la censure, des critères qu’elle applique (pour autant que ces critères existent), et du comportement des fonctionnaires attachés à cet organisme. À tous ces niveaux, la situation, ces derniers temps, s’est dégradée : les limites de l’intolérance, de la suspicion et de l’incompréhension ont été franchies. Au point qu’exploitants de salles et distributeurs de films, se sentant floués et frustrés, se retrouvent constamment harcelés pour des motifs aussi futiles que douteux et ne savent plus où donner de la tête (1). Nous allons fournir quelques exemples. Ce qu’il y a de terriblement dangereux, c’est que la mentalité de la censure – en tant qu’organisme officiel – ne semble pas avoir évolué. Ni avec le passage du temps, ni avec l’évolution des mœurs ni avec la libéralisation des esprits (oublions la mondialisation des concepts dits «artistiques» !). Comme si nos censeurs ignoraient totalement le déferlement des techniques modernes, alors que vidéocassettes, DVD et autres diffusions par câble, satellites, etc. (plus Internet !) permettent à tous ceux qui en ont envie – enfants compris, ce qui est grave – de voir pratiquement tous les films, en leur intégralité d’origine, et d’abord ceux interdits ou «raccourcis» par nos censeurs zélés. – Cependant, soulignons-le encore une fois, la projection en salle, c’est autre chose. Il ne saurait être question d’y laisser passer tout et n’importe quoi : la solution des interdictions aux moins de 16, 12 ans, etc. représente un pis-aller, au surplus inapplicable chez nous. Mais couper à tort et à travers dans les films, c’est une autre affaire. Ainsi d’un juron, au passage, dans Autour de la maison rose, dernière victime (libanaise) en date de ce système aberrant : nos censeurs ne prennent sans doute jamais de voitures de «service» et n’ont aucune idée du langage populaire de nos rues ? (2). On pourrait citer des détails tellement saugrenus qu’ils dépassent l’imagination la plus débridée. Il n’y a pas si longtemps, on avait relevé une tendance indéniable à l’ouverture, fut-elle encore timide. Le film de Joël Schumacker, 8 mm., et celui des frères Coen, The Big Lebowski, avaient pu franchir, sans trop de dommages, le cap de la censure. Le mouvement inverse vient de se déclencher : voir le cas des Civilisées, le film de Randa Chahal-Sabbag, réduit à l’état de court métrage, ou presque. On en arrive ainsi au chapitre des critères. * * * – Il y a longtemps de cela, alors que devait sortir à Beyrouth le film célèbre de Stanley Kubrick, A Clockwork Orange, la censure, alertée puis embarrassée, avait réuni un groupe de critiques et journalistes de cinéma pour solliciter leur opinion. Au prix de quelques coupures inévitables – surtout à cette époque – l’œuvre sulfureuse de Kubrick avait été autorisée au Liban. L’initiative était heureuse, on en conviendra. Eh bien, aujourd’hui, il est impossible de seulement envisager une sortie du dernier film qu’avait réalisé le même génial cinéaste : Eyes Wide Shut. Gardons nos yeux grand ouverts et rêvons... On est en 1999. Fin de siècle au cinéma : la censure ne pourrait-elle profiter de cette transition pour amorcer une salutaire évolution ? En termes clairs, les censeurs devraient être gens «cultivés», ouverts à tous les courants de pensée du monde présent et ayant (si possible !) la notion de «films d’auteurs». Alors, puisqu’on vient de parler de culture, peut-être pourrait-on risquer une suggestion : pourquoi ne pas rattacher le service de la censure – depuis toujours dépendant de la Sûreté générale – au ministère de la Culture, comme c’est le cas dans de nombreux pays arabes ? Espérons que cette proposition bien intentionnée ne sera pas censurée ! Notes: (1) On comprendra qu’il ne s’agit pas ici de défendre les gens de la profession. Ils ont par ailleurs d’autres responsabilités pas toujours louables. (2) Pourquoi les insultes si fréquentes dans les films américains ne sont-elles pas coupées ? Parce que sous-titrées «en douceur» ? Le public les comprend très bien !
Avant d’en parler, posons un préalable. La censure, souvent accusée d’être «un mal, mais un moindre mal», reste, qu’on le veuille ou non, une nécessité. Sans doute regrettable mais malheureusement inéluctable (nous parlons ici des films de cinéma et de télévision). Prétendre le contraire et réclamer son abolition relèvent d’une démagogie complaisante. Nous sommes au Liban, après tout, pas en France (où le cinéma demeure d’ailleurs, de tous les arts, le seul encore assujetti à la censure, du moins théoriquement). Sans parler de tant d’autres pays, où la censure se montre souvent autrement plus rigoureuse et maladroite (pour ne pas employer un autre terme) que chez nous. Au Liban, donc, le problème est autre. Il s’agit du fonctionnement de la censure, des critères qu’elle applique (pour autant que...