Les syndicats, la classe politique et la presse japonaise avaient des difficultés à digérer, hier, le sévère plan de redressement sur trois ans annoncé la veille par le constructeur automobile Nissan Motor, passé depuis sept mois sous le contrôle de Renault. Le nouveau patron opérationnel de numéro deux nippon, Carlos Ghosn, dépêché par la firme française, a présenté un Plan pour le renouveau qui prévoit la fermeture de cinq usines au Japon et la suppression de 21 000 emplois, dont 16 500 dans l’archipel (2 400 en Europe et 1 400 en Amérique du Nord). De l’avis général, les mesures adoptées pour économiser 1 000 milliards de yens (8,8 mds d’euros) sont parmi les plus dures jamais appliquées à un constructeur nippon. Outre la réduction de ses capacités, Nissan veut diviser par deux le nombre de ses équipementiers à 600 contrats d’ici mars 2003 ainsi que son endettement qui sera ramené à 700 mds de yens et compresser de 10 % son réseau de concessionnaires. Le Premier ministre Keizo Obuchi a soutenu le plan mais s’est inquiété de son impact social. «Le gouvernement comprend que Nissan Motor doit mettre en place un plan de restructuration et tente de renforcer sa compétitivité alors que le climat dans le secteur est en train de changer», a dit M. Obuchi. Mais il a estimé que les dégraissages d’effectifs seront difficiles à accepter dans un pays dominé par la culture de l’emploi à vie. «Le gouvernement n’est pas en mesure d’intervenir dans le secteur privé mais il est nécessaire que Nissan examine l’impact (du plan) sur l’emploi et ses filiales», a-t-il dit. Les syndicats, en particulier ceux de l’usine de Murayama, près de Tokyo, la plus grande de celles qui seront fermées au Japon (3 100 salariés), ont critiqué le plan. «Nos membres de l’usine de Murayama ont dit qu’il est incompréhensible et inacceptable», a indiqué Yoshio Takahashi, président du syndicat interne à Nissan. «Si le plan devait aboutir à retirer de force leur emploi à certains salariés, nous sommes prêts à demander qu’il soit révisé. Nous voulons aussi que le management, qui est responsable du fait que Nissan ait dû adopter des mesures aussi dures, en tire les conséquences», a-t-il dit. Le syndicat a annoncé qu’il «prendra une décision après avoir entendu les éléments concernant l’emploi». La presse a qualifié de «thérapie de choc» le plan Ghosn. Le Mainichi Shimbun, qui parle de «Choc Ghosn», relève que le plan affectera aussi les sous-traitants et équipementiers. Pour le Asahi Shimbun, le plan représente une révolution dans les méthodes de management de Nissan, longtemps trop laxistes : «Le temps de la gestion protégée est terminé». D’autres insistent sur les conséquences humaines du plan. «Cette réforme drastique sera accompagnée par une souffrance sans précédent», note le Yomiuri Shimbun. Le Sankei Shimbun déplore qu’une telle «opération chirurgicale audacieuse» n’ait eu lieu qu’après le débarquement de Renault dans le capital de Nissan, avec une minorité de contrôle de 36,8 %. La Bourse réagissait assez mal au plan : le titre qui avait pratiquement doublé de valeur depuis l’accord Nissan-Renault, perdait 10 yens hier, soit 1,6 % à 627 yens à la fin de la séance du matin. Pourtant, les analystes se disaient satisfaits de la dureté du plan, plus radical que ce qu’ils prévoyaient. Mais «la route est pleine de nids de poule», note Christopher Richter, expert auto pour HSBC, estimant que l’application des mesures «prendra du temps».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les syndicats, la classe politique et la presse japonaise avaient des difficultés à digérer, hier, le sévère plan de redressement sur trois ans annoncé la veille par le constructeur automobile Nissan Motor, passé depuis sept mois sous le contrôle de Renault. Le nouveau patron opérationnel de numéro deux nippon, Carlos Ghosn, dépêché par la firme française, a présenté un Plan pour le renouveau qui prévoit la fermeture de cinq usines au Japon et la suppression de 21 000 emplois, dont 16 500 dans l’archipel (2 400 en Europe et 1 400 en Amérique du Nord). De l’avis général, les mesures adoptées pour économiser 1 000 milliards de yens (8,8 mds d’euros) sont parmi les plus dures jamais appliquées à un constructeur nippon. Outre la réduction de ses capacités, Nissan veut diviser par deux le nombre de ses...