Le rejet par le Sénat américain du Traité d’interdiction des essais nucléaires (CTBT) risque de porter un coup sévère à la crédibilité des États-Unis dans leur rôle de superpuissance mondiale, relevaient les experts. Les plus grands journaux américains ont marqué leur désapprobation face au vote des sénateurs, qualifié «d’imprudent», «malencontreux» ou «nuisible», tandis que les partisans du traité redoutaient qu’il ne mette un coup d’arrêt aux efforts de non-prolifération au niveau mondial. «Cela sape sérieusement la capacité des États-Unis à persuader, faire pression ou former des alliances pour dissuader d’autres pays de poursuivre ou entamer des programmes nucléaires militaires», a estimé jeudi le président de l’Association américaine pour le contrôle des armements, Spurgeon Keeny. L’Inde et le Pakistan, les plus récentes puissances nucléaires, mais également la Russie, la Chine ou la Corée du Nord trouveront dans ce rejet de bons arguments pour résister aux pressions américaines, a-t-il fait valoir. Les dégâts risquent de ne pas se limiter au seul dossier nucléaire. «Le rejet du CTBT provoque une division fondamentale entre les États-Unis et leurs alliés au sein de l’Otan», souligne Thomas Graham, président de l’Alliance des avocats pour la sécurité mondiale, et ancien représentant spécial du président Bill Clinton pour le contrôle des armements. Le président français Jacques Chirac, le Premier ministre britannique Tony Blair et le chancelier allemand Gerhard Schröder avaient en effet lancé un appel sans précédent en faveur de la ratification, affirmant qu’un rejet compliquerait les relations au sein de l’Alliance atlantique, au moment où l’Europe réfléchit à renforcer son autonomie en matière de défense, relève M. Graham. Marque de faiblesse de la politique extérieure La priorité qu’avait accordée au CTBT l’Administration Clinton, l’engagement de la secrétaire d’État Madeleine Albright, du secrétaire à la Défense William Cohen et du conseiller présidentiel pour les Affaires de sécurité Sandy Berger font qu’il est plus que probable que la défaite au Sénat sera analysée comme une marque de faiblesse pour l’ensemble de la politique extérieure de Washington. Mme Albright l’avait implicitement admis la semaine dernière, lors d’un entretien en marge d’une tournée en Californie. «Pouvez-vous imaginer comment je devrais faire mon travail ?», avait-elle affirmé, interrogée sur la manière d’amener l’Inde et le Pakistan à faire preuve de retenue sur le plan nucléaire, ou même de négocier le processus de paix israélo-palestinien, si ce traité était torpillé par les sénateurs américains. Un rejet «reviendrait à nous tirer le tapis sous les pieds», avait-elle admis. Certains partisans du traité étaient toutefois moins pessimistes, espérant que les dégâts ne seraient pas aussi étendus. «Il n’y a pas de raison pour que Bill Clinton ne réussisse pas sur d’autres dossiers de politique étrangère», a affirmé John Isaac, président du Conseil pour un monde viable, une association militant pour le désarmement. Mais, a-t-il ajouté, «il vaut mieux oublier tout traité international demandant une majorité des deux tiers au Sénat dans les quinze prochains mois», avant les prochaines élections présidentielle et législatives.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le rejet par le Sénat américain du Traité d’interdiction des essais nucléaires (CTBT) risque de porter un coup sévère à la crédibilité des États-Unis dans leur rôle de superpuissance mondiale, relevaient les experts. Les plus grands journaux américains ont marqué leur désapprobation face au vote des sénateurs, qualifié «d’imprudent», «malencontreux» ou «nuisible», tandis que les partisans du traité redoutaient qu’il ne mette un coup d’arrêt aux efforts de non-prolifération au niveau mondial. «Cela sape sérieusement la capacité des États-Unis à persuader, faire pression ou former des alliances pour dissuader d’autres pays de poursuivre ou entamer des programmes nucléaires militaires», a estimé jeudi le président de l’Association américaine pour le contrôle des armements, Spurgeon Keeny....