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Actualités - Opinion

Tribune Les tribulations d'un usager du téléphone (photo)

J’ai été, l’autre jour, régler ma facture de téléphone au ministère des P. et T., bureau d’Antélias. Il y existe deux guichets. Au premier, une dame opulente et souriante paraît très efficace : elle manipule avec une enviable dextérité le clavier de son ordinateur, y envoie en un clin d’œil les numéros de téléphone puis vous annonce le montant de la facture. Mieux encore, elle parvient à réaliser l’extraordinaire exploit d’être avec vous sans vraiment l’être : les appels téléphoniques auxquels elle répond sont incessants et chevauchent ses manipulations et réponses aux clients de telle manière que la frontière entre une activité et l’autre est indicible. Je suis tellement admiratif devant ses performances que j’ai besoin de quelques secondes pour les assimiler. Ses yeux me font alors comprendre que le temps, ici, est fulgurant et qu’il faut s’y adapter ou s’éclipser. Sa main me tend prestement un papier où les nombreux chiffres groupés suggèrent des numéros d’abonnés. Je m’empresse d’y écrire le mien. En un éclair, le papier est retiré, le numéro envoyé, le montant affiché et mitraillé. J’entends une série de chiffres parmi lesquels je saisis 500 000 et 47 000 suivis immédiatement d’une question péremptoire : Voulez-vous payer ? Je réponds que oui, je suis là pour... Mais déjà sa main droite a tapé une touche, la gauche a repris le combiné du téléphone, l’autre droite avancé le papier à un autre client... Sur le visage de la dame, le large sourire comblé de la fonctionnaire efficace me fait comprendre qu’elle m’a accordé le temps qui m’est imparti et qu’il faut avancer à l’étape suivante. Je me dis que je dois faire confiance à mon oreille mais voilà, je n’ai pas la somme sur moi. Je parviens à me faufiler entre le papier, le clavier et le combiné et je demande si je peux payer par chèque. Le sourire me répond vertement que les chèques ne sont pas acceptés, ni d’ailleurs les dollars, et qu’elle m’a déjà demandé si je voulais payer et que j’ai répondu que oui et que je dois l’en remercier... Je dis que je lui suis très reconnaissant et que si je suis venu c’est bien pour payer mais qu’il y a plusieurs modalités de paiement et... mais les mains, le téléphone, le papier, le clavier s’agitent, sonne, crisse, crépite et je me retrouve toujours aussi perplexe. Par bonheur, ma banque étant proche, je m’y rends, retire à tout hasard la somme qu’il m’a semblé entendre et je reviens au deuxième bureau. Ce fonctionnaire-là semble plus posé et je me dis que je pourrais peut-être échanger quelques mots avec lui. Je commence par donner mon nom : il ne le retrouve pas parmi les factures étalées devant lui. Je lui donne mon numéro de téléphone, ça y est, le papier apparaît : mon numéro y est imprimé mais à la place du nom il y a : inconnu ! Mais ça ne semble pas lui poser de problème. Il me donne un chiffre dix fois inférieur à celui qui a résonné à mon oreille. Je m’étonne, lui aussi... Il me demande le chiffre que la dame m’a donné. Je lui dis que je n’ai rien compris parce que la dame a un débit trop rapide pour moi. Il paraît désarmé, un peu perdu, farfouille, pianote, tente timidement un mot, un regard vers sa collègue, en vain... Nous décidons d’un commun accord mais sans aucune conviction de nous contenter de régler la somme inscrite... Quant à l’avenir, Dieu est grand ! Dans mon métier, il m’arrive d’être fasciné par le mystérieux déroulement d’une communication qui cherche à s’établir et qui parvient, parfois laborieusement, à réunir deux personnes. Au ministère qui porte si mal son nom, l’écoute est illusoire, le dialogue numérique, la compréhension énigmatique et la communication totalement absurde. Mais peut-être que le mal est encore plus profond...
J’ai été, l’autre jour, régler ma facture de téléphone au ministère des P. et T., bureau d’Antélias. Il y existe deux guichets. Au premier, une dame opulente et souriante paraît très efficace : elle manipule avec une enviable dextérité le clavier de son ordinateur, y envoie en un clin d’œil les numéros de téléphone puis vous annonce le montant de la facture. Mieux encore, elle parvient à réaliser l’extraordinaire exploit d’être avec vous sans vraiment l’être : les appels téléphoniques auxquels elle répond sont incessants et chevauchent ses manipulations et réponses aux clients de telle manière que la frontière entre une activité et l’autre est indicible. Je suis tellement admiratif devant ses performances que j’ai besoin de quelques secondes pour les assimiler. Ses yeux me font alors...