La police japonaise a questionné lundi les responsables du complexe nucléaire de Tokaimura sur les circonstances du grave accident de jeudi, vraisemblablement provoqué par une série d’incroyables dysfonctionnements et de négligences. Des enquêteurs, réunis au sein d’une équipe spéciale formée durant le week-end, se sont rendus sur le site, à 120 km au nord-est de Tokyo, ainsi qu’au siège de JCO Co, filiale du groupe privé Sumitomo Metal Mining, dans la capitale japonaise. Ces locaux ont également été visités par des experts de l’Agence des sciences et des techniques, qui supervise les activités nucléaires du Japon. «Nous pensons que le suivi des procédures de travail sur ce site a été exécrable», a simplement indiqué un officier de police de la préfecture d’Ibaraki, où est implantée l’usine pilote de fabrication de combustible nucléaire. Au terme de l’enquête, les responsables de JCO pourraient être poursuivis sur le plan pénal pour négligences professionnelles. Ils ont notamment reconnu que «l’usine a fonctionné pendant quatre ans selon des normes dont nous savions qu’elles ne répondaient pas aux exigences légales», selon Hideki Motoki, un porte-parole de la société. De nombreuses interrogations demeuraient lundi sur les conditions du déclenchement de la réaction nucléaire incontrôlée et sur la réalité des dérèglements l’ayant provoqué, qui apparaissent à certains observateurs comme «inimaginables». Les trois employés de l’atelier de décantation où s’est déroulé l’accident n’étaient pas en mesure de donner d’explications, à l’exception de l’un d’entre eux, moins fortement irradié. Il aurait ainsi admis, selon le quotidien Yomiuri Shimbun, qu’il ne connaissait pas la signification du mot «criticité», terme utilisé pour définir une réaction nucléaire non contrôlée. L’équipe aurait par ailleurs abrégé le processus de fabrication du combustible nucléaire «afin de terminer plus rapidement», selon lui. Ses deux collègues étaient toujours entre la vie et la mort dans un hôpital spécialisé de Tokyo. Les médecins devraient tenter d’effectuer mardi sur le plus atteint, Hisashi Ouchi, 35 ans, une greffe de moelle osseuse en provenance de son frère. Les pouvoirs publics et la bureaucratie de Tokyo n’ont pas échappé aux critiques. Le gouverneur de la préfecture d’Ibaraki, Masaru Hashimoto, a ainsi regretté publiquement lundi qu’«aucun avis ou instruction n’ait été donné juste après l’accident par l’Agence des sciences et des techniques», pourtant en charge du suivi de l’industrie nucléaire du pays. «Nous avons dû décider seuls de toutes les mesures, y compris de celle sur l’évacuation des habitants», a-t-il expliqué. La lenteur dans la circulation des informations et la mauvaise coordination entre les différentes administrations ont été une nouvelle fois relevées par la presse, comme après le violent tremblement de terre qui avait tué plus de 6 000 personnes à Kobe en 1995. De son côté, l’organisation écologique Greenpeace a mis en doute l’affirmation du gouvernement sur le retour à la normale des taux de radioactivité aux alentours immédiats du complexe de Tokaimura. Elle a ainsi souhaité qu’une route, située à 30 mètres des grilles, soit fermée par les autorités «tant que les taux de radiation restent supérieurs à ceux constatés» avant l’accident. Le Premier ministre Keizo Obuchi, qui a promis une remise à plat rapide de la sécurité du secteur, va tenter de mettre la crise derrière lui en annonçant mardi un nouveau gouvernement, dont ne devrait plus faire partie l’actuel ministre des Sciences et des Techniques, en charge du nucléaire.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La police japonaise a questionné lundi les responsables du complexe nucléaire de Tokaimura sur les circonstances du grave accident de jeudi, vraisemblablement provoqué par une série d’incroyables dysfonctionnements et de négligences. Des enquêteurs, réunis au sein d’une équipe spéciale formée durant le week-end, se sont rendus sur le site, à 120 km au nord-est de Tokyo, ainsi qu’au siège de JCO Co, filiale du groupe privé Sumitomo Metal Mining, dans la capitale japonaise. Ces locaux ont également été visités par des experts de l’Agence des sciences et des techniques, qui supervise les activités nucléaires du Japon. «Nous pensons que le suivi des procédures de travail sur ce site a été exécrable», a simplement indiqué un officier de police de la préfecture d’Ibaraki, où est implantée l’usine...