Les habitants de Grozny ont réappris à vivre sans eau, sans gaz et sans électricité : ils vont remplir des seaux aux puits et font chauffer leurs repas sur des feux de bois depuis cinq jours comme à la pire époque de la guerre russo-tchétchène de 1994-1996. Dans les principales villes, les caves ont été nettoyées pour servir d’abris aériens. À la vue d’avions dans le ciel, un enfant de 2 ans est parti de lui-même se réfugier dans une cave, sans dire un mot, dans le district de Naourskaïa (nord-est), centre de violents combats entre Russes et Tchétchènes. «Ce n’est plus la peine d’expliquer aux enfants ce qu’il faut faire en cas d’alerte aérienne. Ils vont tout seuls dans les abris», explique Aslanbek Adoukadyrov, père de 4 petits enfants. Faute d’électricité, les ascenseurs ne fonctionnent plus à Grozny et les habitants doivent monter jusqu’à neuf étages à pied avec leur provision d’eau. Le gaz a été coupé à la république rebelle le 30 septembre, a confirmé à Moscou le patron de Gazprom, Rem Viakhirev. Il a assuré que cette coupure n’était en rien liée à l’offensive russe mais avait été décidée en raison des dettes de la Tchétchénie à Gazprom qui s’élèvent à un milliard de roubles (40 millions de dollars environ). Quel que soit le motif de cette décision, la population de la capitale tchétchène en est réduite à faire des feux de bois dans les rues ou les cours d’immeubles pour faire chauffer ses repas. Le prix des denrées alimentaires est en hausse. La miche de pain qui valait 4 roubles avant les bombardements russes sur Grozny, qui ont commencé le 23 septembre, vaut aujourd’hui 5 ou 6 roubles (un quart de dollar environ), lorsqu’on peut en trouver, de nombreuses boulangeries ne travaillant plus faute d’électricité. Les prix des denrées sur les marchés auraient grimpé de 15 à 20 %. Le prix du lait a augmenté de 20 %, celui de la viande de 15 % et celui du sucre de 5 %. Dès le début des frappes contre la Tchétchénie, le 5 septembre, la population avait commencé à faire des réserves. «Nous avons acheté quatre sacs de farine, un demi-sac de sucre, un sac de riz et de l’huile. Cela devrait nous suffire pour 2 ou 3 mois. Après, je ne sais pas ce que nous ferons», confie Heïda Magomadova, 28 ans, institutrice qui fait vivre une famille de quatre personnes. Les bus et les autres moyens de transport se sont raréfiés dans la capitale, obligeant la population à marcher. Les écoles sont fermées ainsi que de nombreux ministères, à l’exception du ministère de la Santé et de ceux chargés de la défense de cette petite république indépendantiste du Caucase du Nord. Le ministre de la Santé Oumar Khambiev a affirmé avoir adressé une demande d’aide en médicaments et en matériel médical aux organisations françaises Médecins sans frontières et Médecins du monde. Il a fait état d’une pénurie de pansements tandis que son ministère évoquait un risque d’épidémie en raison du manque d’eau. Même pendant la guerre, le manque de médicaments n’était pas aussi aigu selon lui, car la Tchétchénie recevait alors une aide humanitaire internationale. Selon Grozny, les bombardements contre la Tchétchénie ont fait 590 tués et plus de 3 000 blessés depuis le début des frappes. Grozny, dont la population était estimée à 185 000 personnes en 1996, doit en outre supporter le poids de plusieurs milliers de déplacés qui se sont réfugiés dans la capitale. La plupart d’entre eux ont été accueillis par leurs familles, d’autres ont trouvé refuge dans des écoles ou des bâtiments administratifs. Ils sont plus de 8 000 à Grozny et plus de 10 000 dans la région de Goudermès (est de la Tchétchénie), selon les autorités locales.
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