Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Tintin chez les maronites

Quand un druze du Chouf se rend en visite dans un Kesrouan très chrétien auprès de prélats maronito-mariamites, il vient tout de suite à l’esprit des gens simples qu’il se fourvoie. Ce ne fut pas exactement le cas du maître de Moukhtara qui, jeudi dernier, monta jusqu’à Ghazir pour rencontrer le supérieur de l’Ordre des moines maronites, le père Jalkh, pour redescendre jusqu’au monastère mariamite de Loueizé, où l’attendait le père Eid, puisque cette double visite était annoncée et sa sécurité assurée. Mais on comprend que le président du PSP se soit senti dépaysé devant l’abondance des clochers qui flanquaient sa route et jusque par les prénoms de ses deux interlocuteurs : Athanasios (pour bien rappeler l’ancienneté des chrétiens d’Orient) et François (pour bien marquer la persistance de la menace «isolationniste»...). Que notre homme ait éprouvé le besoin de prendre ses jambes à son cou, ayant sacrifié en quelques minutes ici et quelques autres là au protocole le plus abrégé possible, on le comprend aussi : le bey ne se sentait pas dans son élément et l’on s’étonne que sa mauvaise humeur n’ait pas été prévue par son principal conseiller, M. Ghazi Aridi, qui apparaît malheureusement, avec le temps, comme le seul élément cohérent de l’entourage proche de Joumblatt mais ne faisait pas partie de l’expédition en territoire ennemi. On dira que les mouvements d’humeur ne sont pas rares chez le chef druze mais on a le tempérament qu’on peut et, après tout, en ce qui concerne la politique confessionnelle de la main tendue, le geste était fait, que le raïs ait délibérément ou pas tourné le dos à un banquet mariamite, pour aller ou pas donner l’accolade à M. Sleiman Frangié. Digne d’un Tintin en pays maronite, ce déplacement, avec sa suite de députés biconfessionnels, qui de Aley, qui d’un autre village, tous membres d’un même bloc parlementaire et répétant en chœur (et en langue de bois) ce qu’il convenait en sortant d’avoir croisé plus de soutanes qu’à leur tour, ce déplacement valait son pesant d’or et de drôlerie. Mais là où, vraiment, on n’a plus du tout envie ni de rire ni de ménager Walid Joumblatt comme on le ferait pour un irresponsable, ce qu’il n’est pas malgré la complexité du jeu auquel il est astreint, c’est d’abord la lourde charge – aux deux sens du mot – dont il nous abreuve tous les jours quant à la mainmise des services secrets de l’armée sur nos vies, nos biens, nos libertés. Parce que, de deux choses l’une, ou bien cette mainmise existe ou bien elle n’existe pas. Si elle existe, Joumblatt sait qu’elle ne peut s’exercer que dans l’intérêt de ses amis politiques, ceux que L’Orient-Le Jour qualifie pudiquement du terme de «décideurs», et alors à qui s’en prend-il ? Si elle n’existe pas, à quoi joue le député sinon à s’enfermer un peu plus encore dans l’absurde répétitif ? À moins que ce ne soient ses souvenirs d’enfance, ceux d’une époque où le Deuxième bureau de l’armée, que son père a bien connu, outrepassait ses droits, qui le travaillent ? Mais, depuis jeudi dernier, voilà que s’ajoute, dans l’esprit de notre Tintin, la feinte (?) certitude que chaque journaliste est affilié à un service secret. Il vaut mieux, ici, s’abstenir de commentaire faute de donner dans un corporatisme de circonstance. Dommage. Nous n’aurions pas aimé nous résigner, comme la plupart, à considérer Walid Joumblatt sous sa seule écorce de trublion. Comme nous n’aurions pas souhaité voir Marwan Hamadé dans son seul rôle de grand chambellan. Mais chacun a droit à ses humeurs, et le couple finit par agacer. Le premier moins par ses foucades que par ce qui reste en lui de sectarisme familial. Le second parce qu’on a longtemps vu en lui des qualités d’élite avant qu’il ne s’enlise dans le fossé politicien où nous le trouvons. Cela dit, surtout comparé aux autres leaders du Mont-Liban, ils ne sont guère antipathiques, ce Don Quichotte et ce Sancho Pança du druzisme politique. Mais quelle idée de grimper chez les saints hommes du Kesrouan pour y jouer les fantômes en un temps deux mouvements ?
Quand un druze du Chouf se rend en visite dans un Kesrouan très chrétien auprès de prélats maronito-mariamites, il vient tout de suite à l’esprit des gens simples qu’il se fourvoie. Ce ne fut pas exactement le cas du maître de Moukhtara qui, jeudi dernier, monta jusqu’à Ghazir pour rencontrer le supérieur de l’Ordre des moines maronites, le père Jalkh, pour redescendre jusqu’au monastère mariamite de Loueizé, où l’attendait le père Eid, puisque cette double visite était annoncée et sa sécurité assurée. Mais on comprend que le président du PSP se soit senti dépaysé devant l’abondance des clochers qui flanquaient sa route et jusque par les prénoms de ses deux interlocuteurs : Athanasios (pour bien rappeler l’ancienneté des chrétiens d’Orient) et François (pour bien marquer la persistance de la...